LA GUERRE D'ORIENT
sur le théâtre de l'opinion, fut colorée, je pense, par do hautes considérations gouvernementales.
COMMENT SOUS LE DEUXIÈME EMPIRE ON PRÉPARAIT LA GUERRE LA GUERRE D'ORIENT
J'ai dit ailleurs que l'empereur Napoléon III était pénétre de l'inébranlable foi que l'apparition des aigles sur nos drapeaux était pour l'armée française comme la permanente consécration de la victoire dans toutes les guerres éventuelles de l'avenir.
Cette sorte de fétichisme napoléonien s'expliquait théoriquement, sentimentalement si l'on veut, par les éclatantes gloires du passé dont l'empereur était l'héritier et le représentant parmi nous. Il était pratiquement injustifiable , plein de périls, et j'affirme, me bornant à envisager par ses grandes lignes la destinée du second empire, que ce fétichisme devait être et fut la cause la plus effective de son effondrement et de notre ruine. Cet incurable et fatal aveuglement avait gagné l'impératrice, la cour, l'entourage militaire, les ministres, tout le monde un peu, par conviction quelquefois, par intérêt plus souvent, par imitation et par mode. De ceux qui me savaient le contradicteur obstiné de ce chauvinisme, les malveillants me tournaient le dos. Les bienveillants , en souriant malicieusement , me disaient :
a Vous savez , nous avons , malgré vos dires , la première armée du monde, d
Cette formule admirative : la première armée du monde , ('Liit celle du temps de paix. A dater de 4854, au temps des guerres continues, elle fut remplacée par la formule encore plus décevante et dangereuse : Nous sommes prêts.
Dans cet état d'esprit d'un gouvernement qui pouvait tout ce qu'il voulait, l'armée, de 1852 à 1854, fut soumise, sous des effectifs très restreints qui répondaient à la célèbre déclaration : L'empire c'est la paix, à des transformations profondes. Toutes furent improvisées, c'est-à-dire réalisées aussitôt que prescrites , dans un travail fiévreux qui surprit , sans les accabler, les bureaux de la guerre tenus en état de perpétuelle alerte.
Ces innovations allaient modifier tout à la fois la constitution, les traditions, les habitudes et jusqu'à l'équilibre moral de l'armée française. La plus importante fut la création d'une garde impériale, formant par voie de choix la tête d'un grand corps dont les membres furent énervés par les emprunts d'élite, en officiers, sous -officiers et soldats, que leur faisait incessamment cette tête privilégiée. Il y eut une aristocratie et une démocratie militaires , et les esprits , dans des sens très divers, dans le sens des ambitions et des convoitises en particulier, furent livrés à une agitation qui avait jusque-là sommeillé.
Il y eut le retour à la rémunération de la Légion d'honneur, dont la gratuité avait pénétré depuis longues années dans les mœurs de l'armée, au profit de la dignité de l'institution, et il y eut la création, — mesure très populaire, — d'un degré inférieur de rémunération et d'honneur, la médaille militaire. Il y eut enfin la loi sur l'exonération du service, qui enlevait au remplacement le caractère de déconsidération traditionnelle qu'il avait dans l'armée, et l'élevait devant l'opinion à la hauteur d'une institution militaire. Cette loi, suggérée par un avocat de Paris qui avait Y oreille de l'empereur, avait fait son apparition au ministère de la guerre avant le départ du maréchal de Saint -Arnaud et le mien pour la guerre d'Orient. Vivement combattue, elle n'avait pu aboutir qu'après. Si j'avais été encore en fonctions, j'aurais certainement recommencé, au sujet de ce grave contre-