COMMENTAIRE
On sait que notre 3e régiment de zouaves, mis à la disposition du roi Victor -Emmanuel, arriva à propos, bien que campé assez loin de l'armée piémontaise , pour l'assister si énergiquement et efficacement, qu'il eut les honneurs de la journée.
Admettez qu'à cette assistance partielle se fût jointe celle d'une division de près de dix mille hommes, la mienne, deux fois arrêtée quand elle courait à la rescousse des Piémontais, la journée de Palestro, qui fut un combat réussi, devenait une victoire qui inaugurait brillamment la campagne de 1859.
Mon chef, en refrénant d'abord l'élan traditionnellement militaire qui me poussait « à marcher au canon », en ra'erapêchant ensuite de me rendre à l'appel du roi, avait dit, comme je l'ai rappelé plus haut, à mon envoyé « que nous n'étions pas à la guerre d'Afrique ». J'eus alors, et j'ai gardé la pensée, que c'était lui qui. par la force de l'habitude, se croyait encore à cette guerre.
Incident du môme ordre à Solférino. Ici, c'est le général Niel qui se plaint publiquement de n'avoir pas été assisté en temps utile par le maréchal Canrobert, dont l'irritation est grande. Elle se traduit par un appel sur le terrain et l'envoi au général de deux témoins, qui sont le général Bourbaki et moi-même, en vue d'une rencontre que nous jugeons impossible, bien qu'elle ait été, de part et d'autre, décidée. Elle n'a heureusement pas lieu, et j'ai la fortune d'échapper à une sorte de complicité dans un événement qui aurait été un scandale militaire retentissant et d'un bien mauvais exemple.
Ainsi, dans la guerre d'Italie comme dans la guerre d'Orient, les mêmes causes ont produit les mêmes effets. L'absence de toute préparation a entraîné l'incertitude et le décousu de l'exécution. En réunissant par l'addition ces causes et ces effets dans les deux guerres, on a le tableau de la troisième , la guerre de Prusse. C'est le crescendo fatal que j'ai annoncé.
L'empire, sur le terrain des armes, a commis une autre erreur dont l'étude, très sommaire, sera la conclusion de ces récits.