Oi^anisation communale et provinciale
L'Etat se compose : 1^ de la fédération des propriétaires, groupés par districts, départements et pro* vinces; 2° des associations industrielles, petites républiques ouvrières ; 3* des services publics (à prix de revient); 4° des artisans et marchands libres. Normalement, le nombre des industrieux, artisans, marchands, est déterminé par celui des propriétaires fonciers. Tout pays doit vivre de sa propre production ; par conséquent la production industrielle doit être égale à l'excédant de subsistances non consommé par les propriétaires.
Il y a des exceptions à cette règle : en Angleterre, par exemple, la production industrielle dépasse cette proportion, grâce au commerce extérieur. C'est une anomalie temporaire ; à moins que certaines races ne soient vouées à une éternelle subalternisation. Ailleurs il existe des productions exceptionnelles partout demandées : celles delà pèche, par exemple, celles d'une exploitation minière. Hais, calculée sur le globe entier, la proportion est telle que je le dis : la quotité des subsistances est le régûlau *r; par conséquent, l'agriculture est l'industrie primordiale et prépondérante.
En constituant la propriété foncière, le législateur a voulu une chose : c'est que la terre ne fût pas aux mains de l'État, communisme et gouvemementnlisnie dangereux, mais sous la main de tous. La tendance est, en conséquence, on ne cesse de nous le dire, à
l'équilibre des propriétés, et ttltérienrement à celui des conditions et fortunes.
C'est ainsi que, par les règles de l'association industrielle, qui tôt ou tard, à l'aide d'une législation meilleure, comprendra de vastes corps d'industrie, chaque travailleur a la main sur une portion du capital.
C'est ainsi que, par la loi de diffusion du travail et la répercussion de l'impôt, tout le monde doit payer sa part, à peu près égale, des charges publiques.
C'est ainsi que, par une véritable organisation du suffrage universel, tout citoyen a la main sur le gou<vemement ; c'est ainsi encore que, par l'organisation du crédit, tout citoyen a la main sur la circulation, se trouve à la fois commanditaire et commandité, escompteur et banquier devant le public.
C'est ainsi que, par l'enrôlement, chaque citoyen a part dans la défense ; par l'éducation, part dans la philosophie et la science.
C'est ainsi enfin que, par le droit de libre examen et de libre publicité , chaque citoyen a la main sur toutes les idées et les idéalités qui peuvent se produire.
L'humanité procède par des approximations :
\^ Approximation de l'égalité des facultés par l'éducation, la division du travail, le dégagement des aptitudes ;
â^ Approximation de l'égalité des fortunes par la liberté commerciale et industrielle ;
3^ Approximation de l'égalité de l'impôt ;
4^ Approximation de l'égalité de propriété ;
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5« Âpproxifliafiioii de Yan-archde ;
6^ Approximation de la non-religicn, oa noiïm jsticfêne ;
7® Progrès indéfiai dans la science, le droit, la liberté, l'honneur, la justice.
C'est une prearre qu« la fatalité ne gouverne pas la société ; que la géométrie et les proportions arflbmétiquesne régissent pas ses mouremeats, comme la minévalogie et la ckioiie; qu'il y a là une vie, une âme, une liberté qui échappe aux mesures préeses, fixes, gottveniafnt b matière. Le matériaHsme^ en ce qui touche la smété, est absurde.
Ainsi, sur cette grande question, notre critîqtte lu hni reste la même, et aos conelnsîons sont toujours les mènes : mvs voulcns Tégafité de plus en plus approximée des conditions et des fortunes, conaflie nous voulons l'égalisation de plus en plus approximée des charges» Nous repoussons, aveete gouvernement talisme, le communisme sous toutes les formes ; nous voulons la définition des fonctions officielles et des fonctions individuelles; ées services publies et des services Mbres. H n'y a qu'une chose nouvelle ponr nous dans notre thèse : c'est que eette même propriété, dont le principe contradictoire et îujarieux soulevait notre improbation, nons l'acceptons anjourd'bni tout entière, avec sa réserve également contradictoire: Dommiwm e$tju9 utenâi et ahutendi re sud, quatenus juris ratio p^aiiur. Nous amns compris enfin que cette opposition de deux absoh», dont un seul serait irréroiséblement condamnable ; qui Ions deux
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«Dsemble devraient être rejetés, s'ils mardxaient séparément, cette apposition est le fondement même de l'économie sociale et du droit public : sauf k nous à la gouverner et à la faire agir selon les lois de la logique.
Que faisaient les apologistes de la propriété ? Les économistes de Técole de Say et de Malthus ?
Pour eux, la propriété était un sacrement qui subsistait seul et par lui-même, antérieurement et supérieurement à la raison d'État, indépendamment de l'État, qu ils déprimaient au delà de toute mesure.
Ils voulaient donc la propriété indépendaminent du droit, comme ils veulent encore la concurrence indépendamment du droit; la liberté d'importation et d'exportation, indépendamment du droit ; la conunandite industrielle, la Bourse, la Banque, le salariat, le fernaage, indépendamment du droit. — C'est-à-dire que dans leurs théories de la propriété, de la concurrence, du crédit, non contents de professer une liberté illimitée, une initiative illimitée, que nous voulons aussi^ ils fout abstraction des intérêts de collectivité, qui sont le droit ; ne comprenant pas que l'économie politique se compose de deux parties fondamentales: la description des forces et phénomènes économiques en dehors du droit, et leur régularisation par le droit.
Qui oserait dire que l'équilibration de la propriété, comme je l'entends, est sa destruction même. Quoi donc ! N'y aura-t-il plus de propriété, parce que le fermier p^ticipera à la rente et à la plus-value ; parce
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que les droits du tiers qui a bâti ou planté seront consacrés et reconnus ; parce que la propriété du sol n'emportera plus nécessairement celle du dessus et du dessous ; parce que le locateur, en cas de faillite, viendra avec les autres créanciers au partage de l'actif, sans privilège ; parce qu'entre détenteurs légitimes il y aura égalité , non hiérarchie; parce qu'au lieu de ne voir dans la propriété que la jouissance et la rente, le détenteur y trouvera le gage de son indépendance et de sa dignité ; parce qu'au lieu de n'être qu'un personnage vulgaire et ridicule, M. Prudhomme ou M. Jourdain, le propriétaire sera un citoyen digne, conscient de son devoir comme de son droit, la sentinelle avancée de la liberté contre le despotisme et l'usurpation ? La propriété, transformée, humanisée, purifiée du droit d'aubaine, ne sera plus sans doute l'antique domaine quiritaire ; mais elle ne sera pas davantage la possession octroyée, précaire, provisoire, grevée de redevance, tributaire et subordonnée.
J'ai développé les considérations qui rendent la propriété intelligible, rationnelle, légitime, hors desquelles elle demeure usurpatoire et odieuse.
£t même dans ces conditions, elle conserve quelque chose d'égoïste qui m'est toujours antipathique. Ma raison égalitaire, anti-gouvernementale, ennemie de Tacharnement et des abus de la force, peut admettre, appuyer la propriété comme un bouclier, une place de sûreté pour le faible : mon cœur ne sera jamais à elle. Je n'ai pas besoin, quant à moi, ni pour gagner
mon pain, ni pour remplir mes devoirs civiques, ni pour ma félicité, de cette concession. Je n'ai pas besoin de la rencontrer chez les autres pour venir en aide à leur faiblesse et respecter leur droit. Je me sens assez d'énergie de conscience, de force intellectuelle pour soutenir dignement toutes mes relations; et si la majorité de mes concitoyens me ressemblait, qu'aurions-nous à faire de cette institution ? Où serait le danger de tyrannie ? où le risque de ruine par la concurrence et le libre échange ? où le péril pour le .petit, le pupille et le travailleur ? Où serait aussi le besoin d'orgueil, d'ambition, d'avarice, qui ne se peut, satisfaire que par l'immensité de l'appropriation ?
Une petite maison tenue à loyer, un jardin en usufruit me suffisent largement : mon métier n'étant pas de cultiver le sol, la vigne ou le pré, je n'ai que Jiire d'un parc, ou d'un vaste héritage. Et quand je serais laboureur et vigneron, la possession slave me suffirait : la quote-part échéant à chaque. chef de famille dans chaque commune. Je ne puis souffrir l'insolence de cet homme qui, le pied sur cette terre qu'il ne tient que par une concession gratuite, vous interdit le passage, vous défend de cueillir un bluet dans son champ ou de passer le long du sentier.
Quand je vois toutes ces clôtures, aux environs de Paris, qui enlèvent la vue de la campagne et là jouissance du sol au pauvre piéton, je sens une irritation violente. Je me demande si la propriété qui parque ainsi chacun chez soi n'est pas plutôt l'expropriation, l'expulsion de la terre. Propriélé pariiculière ! Je
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reBCOBlre parfois te irot écril en gros caractères à r«Qtréc d'un passage tjwert, tt qui semble une sentinelle vous défendant de passer, favoue que ma dignité d'homme se hérite de dégoût. Oh ! je suis resté en cela de la religion du Christ, qui recommande le détachement, prêche la niodestie, la simplicité d'âme et la pauvreté du cœur. Arrière le vieux patricien, impitoyable et avare; arrière le baron insolent, le bourgeois cupide et le dur paysan, duru^ arator. Ce monde m'est odieux ; je ne puis Taimer ni le voir. Si jamais je me trouve propriétaire, je ferai en sorte ' que tien et les hommes, les pauvres surtout, me le pardonnent !...