‹ Œuvres posthumesChapitre 31 sur 43 · SOCIETE DE L*£XPOSITION PERPÉTUELLE · texte numérisé non relu

SOCIETE DE L*£XPOSITION PERPÉTUELLE

lége de prêtres de déterminer la fin et le commencement de chaque année. Fonction d'utilité publique, s'il en fut jamais, et qu'on n'eût pas soupçonnée de pouvoir devenir l'objet de spéculations particulières et de prévarications arbitraires, opposées à l'intérêt public. Qu'arriva-t-il cependant? C'est que les pontifes allongeaient ou raccourcissaient l'année selon les pots-de-vin que leur payaient les fournisseurs de l'État dont les baux duraient un an, ou la faveur des consuls et autres magistrats dont les fonctions se réglaient aussi à l'année. Une chose qui dépendait du soleil était devenue l'objet d'un abominable trafic, jusqu'à ce que Jules César, aidé du mathématicien Sosigène, y eût mis ordre.

Une des plus belles créations de la Révolution française fut la réforme des poids et mesures. Nul doute que si on eût chargé de cette réforme une Compagnie en commandite, elle aurait trouvé le moyen de trafiquer et gagner, nonseulement sur la fabrication des monnaies, des pots, boisseaux et balances, mais sur la délimitation de l'unité primordiale, et jusque sur la mesure du méridien.

Il en sera ainsi du Palais de llndustrie et de la fondation dont il doit être l'instrument monumental et central, si l'Empereur, suivant la voie battue du favoritisme et de l'appropriation, en fait l'objet d'une concession comme toutes celles qu'il a jusqu'ici décrétées, au lieu de se décider d'après une conception diamétralement opposée el nouvelle.

Ce sera d'abord, comme l'Exposition de 1855, une affaire de curiosité et de mode, moyen de spéculation et d'agiotage; puis bientôt un organe du monopole contre lequel se roidit k conscience du pays; un suçoir de plus pour la féodalité parasite et financière qui pèse sur le pays et sur l'État; un pendant du Crédit mobilier, aujourd'hui condamné de tous les amis du peuple, de la Révolution et de la liberté; à moins que ce ne soit un analogue du Crédit foncier, des Docks et autres établissements de même nature, que l'autorité impériale a bien pu décréter, mais auxquels elle n'a pu conférer la vitalité ni l'existence.

Résumons-nous et concluons :

Puisque, d'un côté, dans une institution de l'ordre économique, rÉtat ne peut ni ne doit substituer son action à celle du pays; — que, d'autre part, dans un établissement d*utilité publique, il ne saurait, sans trahir ses intérêts les plus précieux, procéder par voie d'appropriation , individuelle ou collective; mais qu'au contraire il doit maintenir avec force la propriété universelle, c'est-à-dire la communauté de l'usage et l'égalité du bénéfice ; que néanmoins, pour rendre cet usage possible, la formation d'un organisme spécial, soit d'une Société, est nécessaire; un seul parti reste à prendre.

C'est d'appeler à faire partie de la Société nouvelle, sans limitation de nombre ni de délai, tous ceux qui, par leur travail, leurs échanges, leur consommation, les besoins de leur industrie, etc., sont intéressés à l'institution nouvelle; en autres termes, c'est de prendre pour commanditaires de la Société ceux-là mêmes qui doivent en devenir les clients.

Ainsi constituée sur le droit commun, supérieur à toute idée d'appropriation, ouverte à tout le monde et toujours, et n'excluant aucun, ne demandant pour elle-même ni monopole ni privilège ; ayant la science pour principe «t l'égalité pour loi; profitable à tous, et ne faisant mal à personne, en ce sens du moins que nul ne peut légitimement considérer comme mal fait à sa personne et atteinte à sa propriété, la suppression des abus dont il profite ; aussi favorable à la stabilité de l'État qu'à la paix sociale et à la sécurité des citoyens, la Société de l'Exposition perpétuelle réunit tous les caractères d'une institution véritable, et ne possède aucun des inconvénients des concessions ordinaires. Ce que la Banque de France devra'^ ('■Vj, et n'est pas,

pour la circulation banquière;

Ce que la Société du Crédit foncier devrait être, et n'a pu devenir, pour le crédit foncier et sur hypoiLèque; Ce que le Crédit mobilier, foyer d'accapaiement et d'à-

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giotage, devrait être, et n'est pas devemi, pour la commandite industrielle;

La Société du Palais de rindusirle k sera à la circulation des produits, à la police du commerce, à rextcnsioD du débouché, à la garantie de la cQasominatioa, du tratail, du salaire, et, par suite, au crédit agricole et industriel luimême*

Le mode d'institution économique, ou, pour nous exprimer plus exactement, d'organisation sodétaire que nous préconisons ici, n'est point une conception qui nous soit particulière et personnelle : elle est indiquée par toutes les tendances de l'époque, et par ses manifestations les plus auttientiques ; c*est elle qui inspire tous les projets d'association pour le crédit, l'échange, le débouché, que chaque jour et chaque ville voit éclore.

Nous nous bornerons à citer ici :

1 . Les associations pour la cmaonmation, telles que la Ménagère, boucheries sociétaires, boulangeries sociétaires, etc.;

2. Les cités ouvrières, et toutes les Compagnies formées pour la construction de logements d'ouvriers, en Prusse, à Mulhouse, Marseille, Paris, etc., parmi lesquelles nous dis* tinguerons la Sociéfé des palais ée famille;

3. Les Sodélés d'échange, dont une multitude existent en France, à Pans, Lyon, Marseille, Nantes, et parmi lesquelles il. suffit de rappeler la Réforme monétaire, de M. Mazel, devenue V Epargne et la Banque foncière, de Mazel et Gie; — la Banque de compensation; — le Comptoir d'échange et de commission; — la Société générale de crédit privé; — la Monnaie auxiliaire de Desclée et G«; — A[a Banque déchange de Paris (La Châtre) ; — le Comptoir général déchange de Lyon; — FUnUm régiontde, de G. Dumont, Aug. Jourdan et Gie ; — la Réforme commerciale par Vassociation de la production et de^la consommation, par le docteur de Bonnard; — la Banque régulatrice des valeurs de Bruxelles; — le Comptoir et escompte de Nantes, par

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M. Ondet; — la Banque GàUês de RouMi, par HM. Beslay, Hocmelle, Lejettoe^ etc. ;

4. Les Âsê^ciations osvrtèrM » dMl plusievrs sont parvenues à vivre et prospèrent, telles qve celle des menai- «iers en fauteuils et en TOilares^ ées tourneurs, faicteurs de pianos, ferblantiers -lampistes, éliénistes, fabricants de limes, boulangers, maçons, fonoiefs, ele.

Ces exemples suffisent pour déoMiairer aux esprits le? moins clairvoyants, aux consciences les plus timorées et leâ plus prévenues, que Tldée a mûri.; que le pouvoir, en prenant en main sa réalisation, ne fera autre chose que répondre à un besoin aussi généralement compris'que pro- £iMidément éprouvé, et qu'en faisant du Palais de l'Industrie ]6 point central autour duqu^ rayonneront tous les essais l^rticukers, ceux du moins que leur spécialité empêcherait 4e venir s'y confondre, il ne fera autre chose que donner le mot d'ordre, l'impulsion et la direction à tout un système de farces, maintenant éparses, et qui demain s'aggloméreront dans une irrésistible unité, pour peu qu'elles y trouvent la aatisfaction du principe qui les a produites : la garantie et la H^erié.

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