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CHAPITRE m

Différentes manières de posséder la terre : en communauté^ en féodalité, en sootéraineté ou propriété. — Examen des deux premières modes : rejet.

La terre peut être posséAtette trois manières différentes : en communauté, en féodalité, en propriété. Ces modes, en se combinant, donnent lieu aune grande variété d'applications : nous nous bornerons à Retracer les caractères généraux.

I. — La communauté n'a rien en soi d'injuste. Son principe est celui de la famille même, le principe de fraternité. C'est l'esprit du patriarcat, de la tribu, du clan, de tous ces groupes élémentaires nés du sol qu'ils cultivent, et dont les plus vastes États ne sont que des développements. L'Église chrétienne primitive fit de la communauté presque un dogme, obéissant aux idées de Platon, de Pythagore, reuouvelées de Lycurgue et de Minos, et alors en faveur. Bientôt cependant le monde laïc lui échappa : le régime communiste n'existe plus aujourd'hui que dans les

couvents et chez les Moraves. Naguère, en France, la communauté était assez usitée dans certaines provinces, comme mode d'exploitation agricole : le Code civil Ta consacrée sous le nom de Société universelle de biens et de gains ^ et en a tracé les règles. C'est sur le principe de cette société que Cabet essaya, au Texas, de réaliser son utopie icarienne. Actuellement elle est fort rare : je ne sais pas même si Ton en citerait un seul exemple.

La possession et Texploitation du sol par indivis, rationnelle, juste, féconde, nécessaire même, tant que la société exploitante n'excède pas les limites d'une proche parenté, — père, mère, aïeul et aïeule, enfants, beaux-fils et belles-filles, domestiques, oncles et tantes; •— est aussi solide que la famille même. En même temps qu'elle constitue pour chaque membre de la famille une communauté, elle peut être, et elle est presque toujours, vis-à-vis des étrangers, soit une propriété, soit un fief. Ce double caractère, joint à l'exploitation par la famille, est ce qui donne à l'institution la plus grande moralité et la plus grande force. Effet des contraires, que le génie social se plait à unir, tandis que la raison individualiste ne sait le plus souvent que les mettre en discorde ! Mais dès que les familles se multiplient au sein de la communauté primitive, la divergence s'introduit, le zèle de la communauté, par suite le travail se relâche; la société universelle de biens et de gains se change en une société de biens seulement, et tend à se rapprocher de jour en jour de la société de commerce, de la

7d DIVERS MODES DE POSSEIffiR :

société d'assurance mutuelle ou de bienfaisance, de la simple participation; c'est-à-dire que la communauté s'évanouît.

Ce phénomène de dégradation inévitable, que l'on a observe à toutes les époques et dans tous les pays où s'est instituée la communaulé, nous met sur la voie des inconvénients, des abus et des vices propres à ce régime.

L'homme, en vertu de sa personnalité, tend à l'indépendance : est-ce de sa part une mauvaise inclination qu'il faille eombattne, une perversion de la liberté, une exorbitance de Tégoissine, qui mette en danger l'ordre social, et que doive r^rimer i tout prix le législateur? Phisîeurs Tonl pensé^ et Ton ne saurait douter que telle ne soit au fond la vraie doctrine chrétienne. L^esprit de subordination, d'obéissance et d'humilité peut être appeié une vertu théologale^ autant que la charité et la foi. Bans ce système, qui, sous vue fonne oh sous um M(re, est encore celui qui réunit le plus grand nombre de suffrages, r Autorité s'impose comme loi. Sm idéal, dans l'ordre politique, est le posvoir absolu; dans l'ordre économique, la communauté. Devant le pouvoir, l'individu est zéro ; dans la commnnanié, il ne peut rien posséder en propre : tout est à tous, rien n'est à personne. Le sujet appartient à l'État, à la cenmunaaté, avant d'être à la famille, avant de s'appartenir à lui-même. Tel est le principe, disons mieux, tel est le dogme.

Or, remarquez oeci : l'homme étant supposé réfractaire à l'obétssasoe, comme il l'est en effet, il en ré-

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suite que le pouvoir, quebcoiumunauté qui Tâbsorlie ae subsiste point par elle-ioêiw; elle a besQÎo, .pour ^ bure acoepter, de raisous ou moiÊk qui agissent sur la volonté du sujet et qui te déterminent. Chez l'enfant, par exeaiple, ce sera Va^aour des parents, la confiance, la dodlUé et Tiiupéritie du je.une âge, le sentimeut de to fanaiUe; plus tard, chjçz Fadulte, ce sera le motif de religiou, Te^pw de§ jrécpjoipenses ou la terreur des châtln&eats^

Mais la déférence filiale faiblit avec Tâge. Le Jour •où le jeune homme songe à former à son tOiUr une uauveÛe faoïUle, cette défér»ce dinfpaxaît. Chez tous les peuples, le mariage ^jst synojttyuie d'émancipation; les parents eux^mênaes y iBvitejut leuRs enfants. Chez le citoyej», laïc ou fidèle, la religion faiblit ausai, ou du moins elle se raisonne. Toute xeligion a son levain de protestantisme, en vertu duquel rhomme le plus pieux se lève tôt nu tard^, et dit-, du ton le plus candide et avec la plus entière bonne foi : J'ai en moi Tesr prit de Dieu; Tadoratew* en esprit et en vérité n'a hesjoin ni de prêtre, ni de temple, ni de sacrements.... Quant mx considérations tirées de la force ou du sa^ laire, elles impliquent toujours que l'autorité qui le3 ea\ploie£at une. autorité sans principe, et. que la communauté n'existe pas^

Ainsi, qu'on pen^e ce qu'on voudra «de la rébellion humaine; qu'on en iasse un \ûce<de nature on une suggestion du. diabiefl il jesite toujours que contre cette grave afifection de notre :humanité il n'y .a pas de .remède ; que l'autorité et la communauté ne peuvent

juslifief de leurs droits; qu'elles n'ont lieu que pour des cirAnstances particulières, et avec un renfort de conditions qui, venant à cesser, rendent l'autorité îl* légitime et la communauté nulle.

En deux mots, il n'y a d'autorité légitime que celle qui est librement subie, comme il n'y a de communauté utile et juste que celle à laquelle l'individu donne son consentement. Ceci posé, nous n'avons plus qu'une chose à faire : c'est de rechercher pour. quelles causes l'individu peut retirer son consentement à la communauté.

L'homme est doué d'intelligence ; il a de plus une conscience, qui lui fait discerner le bien du mal; il possède enfin le libre arbitre. Ces trois facultés de l'âme humaine, l'intelligence, la conscience, la liberté, ne sont pas des vices, des déformations causées à notre âme par l'esprit du mal : c'est par elles, au contraire, que, selon la religion, nous ressemblons à Dieu; et c'est à elles que la communauté ou autorité publique fait appel, quand elle nous intime ses décrets, distribue ses Justices et ses châtiments. La responsabilité que la loi nous impose est le corollaire de notre libre arbitre.

S'il est ainsi, la communauté ne peut pas faire autrement que de laisser à l'individu qu'elle rend responsable une liberté d'action égale à sa responsabilité ; le contraire impliquerait tyrannie et contradiction. La communauté a même intérêt à cette liberté qui la dispense d'une surveillance onéreuse, et n'est pas un médiocre moyen de moralisation pour l'indi-

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