‹ Œuvres, précédées d'une noticeChapitre 12 sur 114 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Certain berger avait apprivoisé -'y

Un louveteau de race carnassière , .(,èà> inV

Mais qui n'avait pas exercé Sa dent , trop jeune encor, sur la gent moutonnière :

Hors l'appétit , qu'il conserva glouton , Le louveteau lui-même était un vrai mouton. Le berger dans la bergerie Sans défiance le laissait j Et le troupeau , dans la prairie , Sans crainte autour de lui paissait.

Dans ce troupeau , brebis jeune et folette , Égalant , surpassant en fraîcheur tendre herbette , Neige en blancheur , Lait en douceur , La Vénus des brebis , l'honneur de la houlette , Brillait parmi toutes ses sœurs , Comme le lis parmi les fleurs. Plus belle, elle devait être aussi plus heureuse; Elle l'était : sa mère , attachée à ses pas ,

POÉSIES DIVERSES. (o3

A lui complaire était industrieuse :

Si quelque part l'herbage était plus gras ,

Dans un endroit si Tonde était plus pure ,

Mère brebis courait le découvrir ,

Et promptement revenait pour l'offrir

A sa chère progéniture 5

Et puis elle la caressait.

Lui souriait et la baisait....

Comment?.... qu'importe la manière?

C'étaient des baisers , des souris

A la manière des brebis.

Presque autant que l'aimait sa mère ,

Le berger paraissait l'aimer :

C'était caresse sur caresse .

Du nom de Mimi sa tendresse

Se complaisait à la nommer.

Du troupeau le gardien sévère

S'adoucissait en la voyant ^

Pour ses compagnes vrai cerbère,

Pour elle doux et caressant :

Par quelque saut divertissant ,

Toujours empressé de lui plaire ^ Près des autres Lubin aboyait de colère ,

Près d'elle il jappait de plaisir.

io4 POÉSIES DIVERSES.

Qui Teût cru que menant une si douce vie, A peine ayant le temps de former un désir ^ Par une aveugle fantaisie, A tant d'objets dignes de la fixer, Mimi pût préférer la sauvage tendresse

D*un louveteau ?. . . . Pauvre jeunesse î N'est-ce qu'en l'abusant qu'on peut l'intéresser? Déjà la pauvrette préfère Le hurlement de ses amours ^ Aux soins d'une amitié sincère y Le mal augmente tous les jours.

Elle oublie enfin pour toujours Et les caresses de sa mère , Et de Lubin les jolis tours.

Et du berger la gentille musette. 0

Pour mieux jouir de sa conquête , Un beau jour l'enlant des forêts Au fond d'un bois l'entraîne... 0 douleur! ô regrets! Le berger s'élance après elle , Il court, il la voit, il l'appelle j Mais l'ingrate ne l'entend plus , Ou plutôt ne veut plus l'entendre.

En bêlemens plaintifs , et non moins superflus , Sa mère abandonnée, hélas ! mais toujours tendre.

POÉSIES DIVERSES. io5

Exhale sa vive douleur :

Lubin , qui la suit à la piste , La rappelle au bercail , la rappelle au bonheur* A tant de vœux Mimi résiste, Et dans l'antre du louveteau S'enfonce en se flattant du destin le plus beau. Les premiers jours furent des jours de fête : Par mille soins , l'animal ravisseur Si bien de sa compagne avait monté la tête , Que le regret n'effleura point son cœur. Mimi pourtant dut se trouver nourrie Un peu moins bien que dans la bergerie ; Mais son bonheur était complet Avec une tête aussi chère :

Auprès d'un convive qui plaît , S'aperçoit-on de la mauvaise chère?

Comme un songe léger ce grand bonheur passa : Louveteau devint loup 5 bientôt il se lassa

De sa moutonnière femelle ; L'air des bois lui rendit sa haine originelle : 11 commença par la faire jeûner, Puis les gros mots, et puis les coups de patte, Et puis les coups de dent, et puis la bêle ingrate , Un beau matin , en fit un déjeûner.

Il est bien des Mimi , non des Mimi bêlantes , Qui laissant surprendre leur cœur Aux amorces trop séduisantes r^h^i i,Â^

D'un sentiment qui promet le bonheur , Aux feux follets d'un louveteau parjure »'- M Ont regretté d'avoir sacrifié - ' '

Les caresses de la nature Et les plaisirs de l'amitié.

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