‹ Œuvres, précédées d'une noticeChapitre 46 sur 114 · PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX · texte numérisé non relu

PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX

CHEZ LES CITOYENS DUBOIS ET LOYSEAV, ISSTITtJTBUKS, RTTE BIGOT,

Le 25 fructidor an 9.

TOYENS,

Ceux qui ont daigné suivre avec quelque intérêt les divers examens qui ont précédé cette séance solennelle, ont pu s'apercevoir que notre marche n'avait pas été tout-à-fait la même que les années dernières. Autrefois, ces examens se prolongeaient jusqu'au yf moment destiné à couronner les vainqueurs 5 le jour du triomphe était lui-même signalé par des combats : la lice était ouverte à des athlètes de tout genre : les élèves en littérature, circonscrivant à leur gré le champ de bataille, s'y présentaient munis d'armes qu'ils avaient pris le tems d'aiguiser et de polir, et ils osaient, ainsi préparés, ramasser le gant qui leur était jeté par les littérateurs les plus distingués. Au milieu d'un cercle où les grâces siégeaient à côté

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des talens , les sciences abstraites avaient aussi leurs champions ; le rudiment lui-même avait les honneurs de la séance , et les termes barbares de la syntaxe retentissaient à des oreilles accoutumées à des sons plus doux.

Cette année , sans appareil , sans préparations qui pussent interrompre «le cours des études , interrogés par des juges plus attachés au fond qu'aux formes, en présence des seuls spectateurs que de pareils combats pouvaient intéresser, nos élèves , dans des examens détaillés, ont rendu un compte exact de leurs divers travaux. Ces examens terminés , quatre d'entre eux seulement, pris dans la classe de littérature française , ont cherché à répandre quelque agrément sur cette séance, en récitant des morceaux choisis et développés par eux avec plus d'étendue et plus de correction qu'ils ne l'auraient pu faire dans les examens où ils étaient obligés d'en parler d'abondance.

Cette marche nous a paru plus conforme au mode d'enseignement suivi dans cette maison : je crois prévenir le vœu des parens qui nous honorent de leur confiance, en entrant dans quelques détails à cet égard.

Pardon, jeunes élèves, je vais retarder encore de quelques minutes le moment du triomphe : vos cœurs en murmurent 5 celui de plus d'une mère maudit en secret l'orateur importun qui retient en quelque sorte le laurier que son impatience veut placer sur un front chéri. Mais, avant de couronner les athlètes vainqueurs , j'ai cru qu'il était utile pour vous-mêmes de reporter un instant vos regards sur la carrière que vous venez de parcourir j et, avant de vous être agréable , j'ai promis de vous être utile.

Depuis que sur les ruines de l'anarchie s'est assis un gouvernement feripe et réparateur, depuis que la paix, en consolidant le nouveau pacte national, a permis aux arts et aux sciences de reparaître , et de faire des prosélytes, toutes les idées, tous les vœux ^sont tournés vers l'instruction publique. On sent qu'il faut remplir une effrayante lacune , et conserver le bienfait dont nous jouissons , en donnant à l'édifice politique, miraculeusement rétabli, toutes les vertus pour base , et en l'environnant de toutes les lumières. Chacun a son plan d^éducation, qu'il croit le meilleur possible , mais je ne crains pas de dire :

. Que cet heureux plie'nix est encore à trouver,

peut-être parce qu'on ne le cherche pas de bonne LUCK. II. 14

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foi ] on né consulte que son orgueil, on n'écoute que ses préjugés.

Les uns , trop semblables aux stupides adorateurs du grand Lama , attachés par un zèle superstitieux aux anciennes institutions , veulent qu'on en respecte jusqu'aux abus les plus généralement avoués , regrettent l'intelligible ergotisme que l'on appelait logique ^ regrettent le temps perdu sur les bancs de la Sorbonne , et dans les arts , qui furent le beau côté des universités , nous contestent le pouvoir d'améliorer ce qui a été bien , et , quand nous reconnaissons l'excellence du fond , voudraient nous ôter le droit de perfectionner la méthode.

D'autres, non moins fanatiques, et plus coupables, parce qu'ils sont ingrats, se déclarent ennemis irréconciliables de l'ancien enseignement ; ils veu-'V lent que l'on n'en conserve aucun débris. A les entendre, il n'y a que dix ans que la lumière est sortie du chaos : avant la révolution , tout était ténèbres, tout était délire ou cagotisme; et la raison, dans tous les grands hommes qui ont précédé cette époque, fut presque un prodige. S'ils se contentaient d'exalter les progrès véritablement prodigieux que nous avons faits dans les sciences exactes , quoique le génie de

d'Alembert ait eu runiversitë de Paris pour berceau , quoique les Lagrange et les Laplace fussent déjà fameux quand nos réformateurs n'étaient pas nés encore , leur enthousiasme ne trouverait point de contradicteurs. Mais déplorer sans restriction l'esclavage de l'esprit humain!.... Toutefois ne précipitons pas notre jugement; attendons les résultats. Le but de l'instruction n'est pas seulement de former l'espril et le goût : « On doit, dit le vertueux La Chalotais , re- « chercher encore avec plus de soin ce qui regarde « les mœurs j ce qui constitue la 'vertu, la reli- « gion. » Si dans quelques années les détracteurs de l'ancienne méthode parviennent à former, avec la leur, des écoliers supérieurs aux Bossuet, aux Pascal, aux Fénélon, aux Racine, aux Boileau, aux Molière, aux Montesquieu, aux Buifon, nous serons trop heureux , s'il en est temps encore , de retourner nous-mêmes à l'école.

En attendant, nous avons pensé que, pour travailler avec quelque succès , nous devions nous garantir également et d'une admiration exclusive, et d'une .prévention injuste : j'oserai même dire que le sort nous a mis dans la situation où il faut être pour faire un choix exempt de préjugé et de partialité.

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Presque tous employés honorablement dans l'ancienne instruction, employés honorablement dans la nouvelle , n'ayant pas plus d'intérêt à exalter l'une qu'à décrier l'autre , nous avons pu apprécier , par notre propre expérience, leurs avantages ou leurs désavantages, et saisir ce juste milieu qui dans tout est la mesure , sinon delà perfection , au moins du mieux possible.

Les bornes que je me suis prescrites ne me permettent pas de vous présenter , dans tous ses détails , le plan d'études suivi dans cette maison, et vous avez d'ailleurs entre les mains un prospectus qui ne laisse rien à désirer à cet égard. Je dirai un mot des objets principaux qu'on peut regarder comme la base essentielle de toute éducation libérale : ces objets sont les mathématiques , les langues anciennes et la littérature. Quant aux mathématiques , je ne m'y arrêterai point, et parce qu'on sait depuis long-temps que, dans cette maison, la plus grande partie du temps , trop de temps peut-être est consacré à celte science de première nécessité, et parce que sa marche constante et uniforme, ne laissant rien à. l'arbitraire, n'est guère susceptible d'innovation dans la méthode : pour prouver avec quel succès et avec quel

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zèle on l'enseigne , il me suffirait de nommer le citoyen Dubois et les professeurs distingués qu'il s'est agrégés pour cette intéressante partie.

J'entrerai dans quelques détails sur les langues anciennes , dont les chefs de cet établissement ont de tout temps reconnu l'importance : cette année, le vœu de la majorité des parens s'étant trouvé conforme au leur, ils ont cru devoir donner une attention particulière à cette étude qu'ils souffiaient de voir négligée. Le nombre des professeurs a été augmenté , les leçons ont été multipliées, et les élèves classés de manière qu'elles fussent graduées sur leur intelligence, et pussent être utiles à tous. Nous avions deux excès 4 éviter. Nous n'avons point la prétention de ces professeurs magiciens qui se flattent de pouvoir , par des méthodes nouvelles , enseigner parfaitement le latin en trois , quatre , ou tout au plus six mois, comme s'ils avaient d'avance la mesure exacte de l'intelligence de tous leurs élèves , ou comme si cette intelligence , dont on sait que la nature a toujours fait les portions si inégales , devenait entre les mains créatrices de ces docteurs un instrument maniable à volonté , et que , nouveaux Amphions , ils eussent le privilège d'animer et de faire matcher les

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pierres ! Tout leur secret pourtant est de parler à la mémoire , jamais à l'entendement ^ de semer des mots et point d'idées ; de vendre de la présomption pour de la science 5 et leur triomphe est de rencontrer quelquefois d'heureux perroquets qui, répétant juste, accréditent pendant quelque temps le charlatanisme des maîtres qui les ont siffles. Pour nous , bien convaincus que l'étude d'une langue, et de la langue latine surtout, quand c'est pour la savoir qu'on l'apprend , exige et du travail et du temps ; persuadés d'ailleurs que l'on peut , que Ton doit raisonner même avec l'enfance, pourvu que l'on se plie à sa tendre intelligence , que l'on ménage son tempérament moral, et que l'on fasse, pour ainsidire, badiner la raison avec elle , nous nous sommes hâtés lentement, préférant des succès progressifs et durables à des succès précoces et éphémères : nous avons proportionné la science à la capacité de nos élèves -, nous avons taché de lier et d'enchaîner nos principes de manière que, les faisant toujours passer du connu à l'inconnu , une leçon nouvelle ne fût pour eux que la conséquence de la leçon précédente. Nous avons analysé tout ce qui pouvait être analysé et compris, expliqué tout ce qui était susceptible et digne de l'élre :

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nous évitons, surtout à l'égard de ceux dont l'âge est le plus tendre, de dessécher par une métaphysique aride et minutieuse la fleur naissante de leur imagination. « Toute méthode qui commence par a des idées abstraites, dit encore La Chalotais, « Il est pas faite pour des enf ans y elle est contraire i( à la nature de V esprit humain. » Nous savons qu'on n'est pas un oracle pour en parler le langage 5 et, jaloux des progrès de nos élèves, avares de leur temps, dans le vaste et brillant domaine que nous parcourons avec eux , nous ne nous amusons point à disséquer des insectes. Fixer le sens simple et le sens figuré de chaque expression , observer l'analogie des radicaux avec leurs dérivés médiats ou immédiats, marquer les modifications , les nuances tantôt fortes , tantôt délicates qu'ils reçoivent de tous les mots avec lesquels ils se combinent j analyser les périodes , les . phrases et les propositions dans le sens logique et grammatical ^ comparer par les principes de l'étymologie et de la syntaxe les deux idiomes français et latin , comparaison dont le résultat doit être une connaissance plus approfondie de notre langue ; telle est à peu près la marche que nous nous eiforçons de suivre 5 et c'est pour en assurer le succès que nous

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ne dédaignons pas l'antique méthode de traduire du français en latin, cette invention du pédantisine dont nos réformateurs dans leurs brillans prospectus font un épouvantail à Tenfance, le thème, en un mot , car j'ose encore l'appeler par son nom. La raison , et surtout l'expérience , nous a démontré que par la seule version du latin en français les élèves ne s'instruisaient que superficiellement, qu'ils devinaient plus de mots qu'ils n'en retenaient -, que telle expression qui , mariée à une autre , avait été entendue par eux , cessait de l'être dès qu'on la leur présentait isolée, et que c'était souvent le plus subtil et non le plus instruit qui réussissait dans ces sortes de compositions \ au contraire , eh traduisant du français en latin, l'élève, forcé de se rendre compte et de la signification absolue et de la signification relative de chaque terme qu'il emploie , les connaît à fond , et partant, les retient mieux. Avant de rencontrer l'expression juste dont il a besoin , la construction élégante qu'il cherche , il en fait passer en revue une foule d'autres parmi lesquelles il faut que son goût choisisse -, mais celles même qu'il rejette sont autant de richesses acquises qui restent en dépôt dans sa mémoire , et qui trouveront leur place ailleurs. Si je

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pouvais donner à ma pensée tout le développement dont elle est susceptible , il ne me serait pas difficile de prouver que , dans toutes les langues , le thème le plus mal fait a exercé plus utilement l'élève que ne l'auraient pu faire la meilleure version.

Ainsi préparé , il peut se promettre des succès dans le cours plus important encore où il apprend à classef et à embellir ses propres idées. Toute la littérature d'un écolier doit se borner , selon nous , à l'art, plus difficile qu'on ne 'pense, d'écrire avec correction et avec élégance. On n'y parviendra point en lui faisant parcourir rapidement le domaine entier de la littérature , dont chaque branche suffirait pour Toccuper plusieurs mois. On n'y parviendra point en surchargeant sa mémoire d'une foule de définitions vagues , trop souvent arbitraires , toujours fugitives , et qui , même en formant son goût , ne suffiraient pas pour former son style. On n'y parviendra point par des dissertations brillantes , ou par la lecture commentée des -ouvrages de nos Quintiliens. Les dissertations littéraires peuvent amuser; c'est le spectacle des hommes instruits , mais ce ne peut être l'école de ceuK'qui veulent le devenir. Pour apprendre à écrire , il faut écrire j c'est ici que la pratique

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est tout. Aussi la composition est-elle l'exercice avec lequel nous familiarisons le plus nos élèves. Un petit nombre d'auteurs , un seul , pourvu qu'il soit classique , nous suffirait pour leur donner la théorie du goût, pour leur enseigner les principes généraux du style. Vous en avez fait l'expérience , jeunes élèves : n'avez-vous pas trouvé toute la rhétorique dans notre bon La Fontaine? Est-il un genre de style dont il ne vous ait fourni l'exemple? est -il une figure qu'il n'ait pas employée ? est- il un ton qui lui soit étranger , depuis le plus simple jusqu'au plus sublime ? Toutes les richesses de la poésie,' tous les secrets même de l'art oratoire-, ne vous les avons-nous point fait admirer dans l'analyse et le développement de ses plus belles fables? Analyser et développer, voilà les deux opérations indispensables à qui veut étudier avec fruit nos grands modèles. C'est avec ces deux iiistrumens que l'on défriche et que l'on peut féconder le champ de la littérature. Par l'analyse, l'élève réduit un discours , une fable, une épître à l'idée -mère 5 il réduit la plus belle phrase, le .vers le plus brillant à l'expression la plus simple ; et parle développement, il suit toutes Ve« progressions d'une idée, toutes ses modifications , toutes ses nwan-

ces, en un mot, la manière dont l'auteur l'a embellie, agrandie, variée : ces deux opérations sont pour i'esprit ce que sont pour les yeux les deux extrémités de cet instrument d'optique qui tour à tour rapproche , éloigne , développe et concentre les objets. C'est ainsi que l'élève apprend lui-même à étendre, à resserrer, à orner ses propres idées; c'est ainsi que , connaissant l'ordonnance du dessin et le sage emploi des couleurs , il peut espérer de rivaliser un jour avec ces peintres sublimes de la nature, auxquels il a , pour ainsi dire , dérobé leur secret.

Voilà l'exposé très-succinct du plan que nous avons suivi-, il n'a rien de fastueux, ni de bien neuf , mais nous le croyons sensé et surtout praticable : il nous a paru propre à accélérer les progrès de nos élèves j l'espoir de leur être utile nous a suffi.

C'est par le. même motif que nous avons désiré que les examens fussent soutenus sans appareil , sans étude préparatoire , sous les yeux de juges sévères , et d'après le tableau rigoureusement exact des objets qu'ils ont étudiés cette année. On est toujours prêt à rendre compte de son travail , quand on a travaillé avec fruit. 11 nous eût été facile d'enfler un programme d'un vain étalage de matières qu'ils n'au-

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raient pas même effleurées ; mais qu'est-ce qu'un luxe emprunte qui ne sert qu'à masquer l'indigence ? Ce sont leurs richesses réelles que nous devons offrir aux yeux de leurs parens. Sans doute , si chacun d'eux avait choisi et travaillé , un mois d'avance , l'objet particulier sur lequel il voulait répondre , nos élèves auraient paru avec plus d'éclat, mais avec moins de fruit : l'importance même qu'ils auraient mise à traiter d'une manière brillante ce sujet de leur choix , aurait nui à l'ensemble de leurs études -, pour un seul morceau d'apparat , ils en auraient négligé un grand nombre dont le fond leur reste , et qu'ils feront valoir un jour j ils auraient acheté leur gloire aux dépens de leur instruction.

Consolez-vous, jeunes élèves j si vous avez moins* brillé , vous avez intéressé davantage ; votre ,timidité , votre embarras , vos efforts pénibles pour trouver le mot propre, tout cela ne déplaît ni n'étonne à votre âge. Si l'on se plaît à voir un fleuve majestueux promener son onde paisible à travers une vaste plaine , on aime à voir , dans une prairie émaillée de fleurs, un ruisseau roulant avec effort ses petits flots : contrarié par les cailloux , il murmure en luttant contre l'obstacle , et son murinure , loin de

déplaire , est un charme pour l'oreille. L'indulgence des auditeurs encourageait votre essor : plus d'assurance vous eût valu moins de faveur^ un vol plus hardi eût fait soupçonner des ailes postiches. Dans La Fontaine , nous avons ri ensemble de l'audacieuse gloutonnerie du corbeau voulant imiter l'aigle , mais avec quel plaisir, avec quel tendre intérêt nous avons vu les petits de l'alouette ^voletant, se culbutant, et arrivant enfin où les guidait leur mère.

Il faut cependant convenir que c'est surtout aux yeux d'une mère et d'un père qu'un pareil spectacle a des charmes. Un examen fait, pour ainsi dire, en famille , sur les lois de la grammaire , sur les principes arides du calcul, sur les beautés d'une langue morte serait moins un spectacle qu'une fastidieuse répétition pour un cercle aussi brillant, qui , par un juste retour, a droit d'exiger qu'on lui plaise, et vient plutôt embellir un triomphe qu'assister à un combat. C'est ce qui nous a engagés à réserver pour ce jour solennel , où ce ne sont plus des athlètes , mais des vainqueurs que nous devons vous présenter; des exercices, ou plutôt des jeux littéraires auxquels l'indifférence même pût sourire. Quelques élèves se sont chargés de composer, avec un soin

particulier , des dissertations sur plusieurs genres de littérature ; d'autres ont récité des morceaux choisis qui prouvent que le débit entre pour quelque chose dans notre plan d'éducation : vous les avez entendus avec indulgence , et vos applaudissemens flatteurs ont payé leurs efforts.

Maintenant, jeunes élèves, vous allez recevoir, d'une main qui doit vous être chère , les couronnes si impatiemment attendues. Parmi ces couronnes , il en est sans doute , et nous aimons à le publier , il en est qui sont la conquête bien légitime des talens et du travail ; mais il en est aussi qui ne sont données qu'à titre d'encouragement 5 peut-être même a-t-on trop multiplié ces dernières. J'en ai fait l'observation à ceux qui vous les donnent, et ils en conviennent avec moi ; mais cette prodigalité flatte leur penchant favori 5 ils n'y voient que le plaisir de couronner un plus grand nombre d'élèves -, ils voient le triomphe des enfans, ils sentent le bonheur des pères, ils se mettent à leur place 5 et la raison a beau réclamer , c'est un abus qu'il leur est plus facile de condamner que de supprimer.

C'est à vous , jeunes élèves , à redoubler d'efforts pour obtenir tous les succès dont, pour plusieurs,

ces lauriers sont plutôt les garans que la récompense. Vous êles bien sûrs de trouver toujours dans nous le même zèle et les mêmes soins : si tous n'ont pas rëussi également , s'il en est qui se traînent dans la carrière , tandis que d'autres la parcourent à pas de géant , nous avons la conscience intime qu'aucun de vous ne peut se plaindre d'avoir été plus négligé que son heureux rival. La méthode est la même pour tous, pour tous la sollicitude est égale. La différence des succès tient à des causes qui nous sont étrangère^-, elle tient à la différence des dispositions naturelles. Il est permis aujourd'hui d'avouer qu'au moins, sous ce rapport, nous ne sommes pas tous égaux. Elle tient à la différence des occupations. Celui qui embrasse trop d'objets à la fois ne saurait être supérieur dans aucun. Elle tient au plus ou moins de dissipation. Celui qui ne sort que rarement aura toujours un grand avantage sur celui qui , lancé trop tôt et trop fréquemment dans le monde, doit s'estimer heureux quand il n'y a perdu que son temps. Elle tient enfin au caprice de la victoire , qui ne favorise pas toujours le plus habile. Il suffit, pour notre consolation et pour notre gloire, qu'aucun de vous n'ait le droit de nous accuser; il suffit qu'un jour

ceux qui réussiront dans le monde se disent, avec reconnaissance : Je le dois à mes instituteurs t et que ceux qui ne réussiront pas soient forcés de se dire avec regret : Ce n'est point la faute de mes instituteurs I Nous serons également honorés, et par la reconnaissance des uns , et par le regret des autres ; puissions- nous l'être par le triomphe et l'amitié de tous î

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