ACTE II, SCÈNE V
Prendre pour un bienfait la fin d'une injustice -, Voyez-le, à votre aspect, se lever, tressaillir, Semer vos pas de fleurs , vous chanter , vous bénir, Et Corinthe , idolâtre en sa reconnaissance , Par des jeux solennels marquer votre naissance.
PÉRIàNDRE, ému.
Eh bien?...
PHILOCLÈS
Achevez.
PÉRIÀNDRE.
Quoi ! d'un vain fantôme épris , Trahissant les objets que j'ai le plus chéris , De ta mère, ô mon fds, j'affligerais la cendre! Et quelle mère ! hélas ! je crois encore entendre
(A part.)
Ces mots... « De mon trépas j'exige au moins le prix. » Je ne puis consentir à dépouiller mon fils. Philoclès , écoutez : votre vertu sévère Réclame pour Corinthe un bien imaginaire ; Croire qu'A n'est de lois qu'avec la Uberté, C'est l'excès , c'est Terreur d'une aveugle fierté ; J'ai rétabli ces lois qu'on prétend que je brave -, Le peuple m'obéit , mais il n'est point esclave : Que snis-jc, qu'un prytane avec le nom de roi ?
Un vain titre doit-il inspirer tant d'effroi ? Voulez-vous replonger Corinthe enfin tranquille Dans les gouffres sanglans de la guerre civile ? Souvent , vous le savez , d'imprudens Philoclès Sur les débris du trône ont élevé Proclès.
PHILOCLÈS
Sans doute la vertu qu'un noble espoir anime, Lente à le soupçonner, quelquefois sert le crime. Le chemin de la gloire est celui du danger; Mais un triomphe injuste est toujours passager. Des droits les plus sacrés pour fonder l'édifice , Il faut du sang , des pleurs , et plus d'un sacrifice -, Mais je vois l'édifice , et non les fondemens 5 Mais le sang , mais les pleurs , mais les ressentimens , Tout s'efface en disant : a J'ai reconquis mon être , « Je ne crains que les dieux , et j'ai laloipour maître. » Sans doute un scélérat , que protège l'erreur , Peut, souverain d'un jour, régner par la terreur; Mais le peuple, indomptable en sa haine éternelle , Obéit aux tyrans sans leur être fidèle : Quels que soient les forfaits dont un vil factieux ^ Un Proclès a souillé le plus beau don des cieux, "Vous jugez mal l'esprit qui domine à Corinthe, Si , de la liberté croyant la flamme éteinte ,