SCENE I
AG ATHOPHILE, seul. Il paraît un instant enfoncé dans de
profondes réflexions. * '■
Non.... c'est trop immoler le bonheur au diSYôir :
Je n'ai plus de vertu quand je n'ai plus d'espoir
Que dis-je ? la vertu règne-t-elle en une âme
Qui trahit lâchement l'intérêt de sa flamme ?
Amour , reprends tes droits sur mon cœur égaré !
Le plus doux des penchans en est le plus sacré.
Je vais à Périandre ouvrir mon âme entière -,
Mes transports lui peindront ma flamme et ma misère ,
Et s'il n'en a pitié , si d'un cruel refus
11 accueille mes vœux , je ne le connais plus.
Moi je renoncerais au délice suprême
De m'unir à l'objet que j'adore , qui m'aime !
Je pourrais , quand l'hymen m'ofTre un destin si beau ,
Indigne de ses dons , repousser son flambeau ,
Pour qu'un usurpateur.... Poursuis, Agathophile;
Dans ce même palais qui t'offrit un asile ,
Outrage l'amitié , frappe ton bienfaiteur,
Des traits de la vertu pare ton déshonneur :
Ingrat!.... sans ton amour, tu rougirais de l'être.
Cet amour, le hasard, un coup d'œllTa fait naître ,
Et c'est à ce tyran que ton cœur abattu
Immole le devoir, l'amitié , la vertu.
A tant d'objets sacrés pour te rendre infidèle ,
Qu'a fait Diocharis ? elle t'a paru belle....
Belle. . .Ah ! pardonne, ôtoi, dont mon cœur enchanté.
Bien moins que les vertus , adore la beauté ;
Toi , l'espoir de Corinthe et l'honneur de la Grèce y
Toi , libre sans orgueil et tendre sans faiblesse ,
Digne de tout l'amour que tu sais inspirer ,
Un cœur athénien pour toi peut soupirer,
Si, pouvant t'obtenir, quelque obstacle m'arrête.
Que je méritais peu cette belle conquête !
Trop sévère amitié, cède enfin à Tamour....
Allons.... mais quoi! déjà Philotas de retour!
H soupire : des pleurs inondent son visage....