‹ Œuvres, précédées d'une notice sur sa vieChapitre 31 sur 34 · PRÉCIS DE l'hISTOJERK · texte numérisé non relu

PRÉCIS DE l'hISTOJERK

la nation a daté l'ère nouvelle de la liberté. Le Champ de Mars, à jamais fameux par le rassemblement des troupes qui, l'année précédente, avait menacé la capitale , était le lieu du rendez-vous , comme afin de purifier , par l'encens brûlé à l'honneur de la liberté , une plaine souillée par les vestiges du despotisme. Elle porte aujourd'hui le nom de Champ de la fédération.

Ce champ, qui a quatre cents toises de long, et une largeur proportionnée , bordé à droite et à gauche d'arbres élevés , a pour perspective l'Ecole militaire. C'est là que, sur un vaste échafaud, devaient être placés l'assemblée nationale et le roi , pour que tous les spectateurs fussent témoins du serment qu'ils feraient de maintenir la constitution. On conçut la grande idée de faire asseoir dans le pourtour quatre cent mille spectateurs que devait attirer cette auguste cérémonie. Il fallait enlever plusieurs pieds de terre de la surface et la voiturer sur les bords pour y former des gradins. Douze mille ouvriers, dépourvus d'autre travail, y étaient employés ; mais ce travail mercenaire n'avançait pas, et il était immense. Les Parisiens craignirent que le champ ne fut pas prêt pour le 1 4 juillet, et la commémoration de cette époque leur était chère. Ce fut alors qu'on vit un de ces traits qui caractérisent à la fois et la passion de la liberté et la vivacité de la nation française. Les citoyens se chargèrent eux-mêmes de l'ouvrage. On vit sortir successivement de tous les quartiers de cette ville immense les habitants marchant deux à deux,

chargés de pelles et de bêches , et animés par une musique dont les airs leur rappelaient la passion de la liberté, et leur promettaient la victoire sur ses ennemis. Leurs femmes et leurs filles les accompagnent. Des prêtres et des religieux marchent avec eux. Les ouvriers, les artistes de diverses professions prennent plaisir à se réunir, précédés d'enseignes diverses, qui toutes exprimaient leur patriotisme. Bientôt la terre , remuée par des mains généreuses et libres, fut transportée pour les gradins , ou servit à élever dans le centre l'autel majestueux de la patrie. On voyait avec attendrissement des femmes délicates traîner la brouette, ou manier la pelle. Les mères, en faisant travailler leurs enfants , leur disaient : <c Mon fils , lu diras « un jour aux tiens que tes mains ont contribué à « élever l'autel de la patrie. » Émus de ce spectacle, les fédérés, déjà arrivés des provinces, joignent leurs bras vigoureux à ceux de cette multitude. Dans peu de jours fut entièrement disposé pour la cérémonie nationale le plus immense théâtre qui ait été jamais préparé par la main des hommes.

Enfin elle eut lieu cette cérémonie à jamais mémorable. Les troupes citoyennes des départements, distinguées par leurs bannières, les troupes d'infanterie, de cavalerie et de marine, et les étrangers qui servent sous les drapeaux de France, étant disposés avec ordre, le roi et l'assemblée nationale prêtèrent le serment de maintenir la conslitution ; tous les citoyens armés le répétèrent, et la multi-

tude immense des spectateurs applaudit à leurs engagements. Tous jurèrent aussi de vivre libres ou de mourir. Ce serment fut prononcé le même jour dans toute l'étendue du royaume.

DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. Z'j^

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