‹ Œuvres, précédées d'une notice sur sa vieChapitre 32 sur 34 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

Un des grands bienfaits de la révolution qui venait de s'opérer en France , était de rendre au peuple une existence civile et politique , qu'il avait perdue depuis tant de siècles, et dont il est privé sous la plus grande partie des gouvernements. On a dit trop long-temps que le peuple est fait pour être gouverné par un sceptre de fer ; qu'il est incapable de connaître ses véritables intérêts; que la grossièreté de son éducation et de ses travaux ne permet pas qu'il s'occupe de la chose publique ; et qu'il faut que le soin de le conduire soit confié à des hommes d'une classe supérieure, qui connaissent ses intérêts mieux que lui-même. Dans la révolution de France , on a appuyé ces sophismes de l'exemple. Les violences auxquelles le peuple s'est porté en divers lieux , non-seulement contre ses oppresseurs , mais même quelquefois contre des hommes innocents et qui ne lui avaient jamais fait directement de mal, ont servi d'argument pour prouver qu'il devait être éloigné de toute influence dans l'administration de la chose publique.

Mais , outre qu'il est barbare de tirer avantage de l'ignorance d'un peuple que le gouvernement même sous lequel il vivait rendait ignorant , d'une

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grossièreté, fruit de la politique qui consistait à l'abrutir , et des vices de la servitude, dont il faut le plaindre et non le blâmer, puisqu'on la lui avait donnée malgré 1^ nature qui y répugne, il est aisé de voir que les maîtres des hommes ne tiennent ce langage que parce qu'ils aiment l'autorité.

D'ailleurs, rien ne peut justifier la violation des droits des sociétés et l'injure universelle faite aux hommes , lorsqu'un ou plusieurs d'entre eux prétendent avoir le droit de les gouverner, et de propager de père en fils leur tyrannie. Le contrat social, qui d'abord les avait tous réunis comme des égaux, ne conférait à aucun d'eux le gouvernement exclusif de tous les autres. La chose publique était la chose de tous; et les lois n'étant, après tout, que des conventions, il est évident que les intéressés doivent tous y participer. Et quand on prétend qu'un seul connaît mieux qu'eux ce qui leur convient, c'est avancer une imposture que démentent presque toutes les» histoires des rois. Combien qui n'ont songé qu'à jouir , qu'à satisfaire leurs passions, qu'à grossir leurs revenus et accroître leur puissance, qu'à sacrifier leurs sujets pour agrandir leur territoire, et à faire couler le sang de leurs voisins et de leurs peuples pour obtenir le titre menteur de grand! Si les sujets eusr sent été consultés , auraient-ils voulu être gouvernés ainsi?

Le bon sens et l'expérience s'accordent à prouver que, lorsque le peuple a été admis à gouverner ses propres affaires, ill'a fait avec raison et in^

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lélligence. C'est que ce genre même de gouvernement l'appelle à s'instruire de ses intérêts, et qu'il apprend à les connaître quand on ne le force pas à s'en reposer sur autrui. T/ignorance est le ressort ' des gouvernements despotiques ; l'universalité des lumières est celui des gouvernements libres. Pour obéir aux lois des premiers, il faut que le peuple ne sache rien; pour obéir aux derniers, il faut qu'il sache tout : mais lorsque tous les despotismes se réunissent pour se soutenir réciproquement et pour avilir le peuple qui les soudoie et les nourrit, la calomnie dont on veut le noircir retombe sur la tyrannie même qui l'insulte. En vain les prêtres disent aux peuples qu'ils sont abrutis , que la puissance de leurs tyrans est une puissance divine, et qu'il faut baiser la verge dont ils nous frappent : on .sait qu'ils ne prêchent cette doctrine que lorsque les tyrans sont leurs amis.

Ainsi la haine qui s'est manifestée en France contre les ordres privilégiée était fondée sur leur intelligence avec la cour, qui s'efforçait de maintenir le despotisme. Le peuple a vu que ces trois puissances antiques ne se soutenaient réciproquement que pour l'écraser avec plus d'avantage, et se nourrir de ses sueurs et de son sang. Mais qUand la révolution a été avancée, quand le glaive a été tiré du fourreau , et que les privilégiés ont publié en France et dans toute l'Europe qu'ils allaient tirer une vengeance éclatante des outrages qu'ils croyaient avoir reçus, la nation n'a vu en eux que des ennemis déclarés. Les citoyens alarmés se sont

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représentés les proscriptions affreuses qui tomberaient sur leurs têtes si cette triple alliance l'emportait: ils ont vu Paris nageant dans le sang et dépeuplé , les échafauds dressés dans toutes les parties du royaume, et les représentants du peuple livrés au fer des boureaux; ou, si la nation se livrait à l'énergie qu'elle avait développée, ils la voyaient plongée dans toutes les horreurs de la guerre civile , et finir par l'anarchie ou la servitude. Enfin, quand les privilégiés, ne comptant plus sur leurs forces, parcoururent toutes les cours pour appeler les rois à leur aide, les Français détestèrent la tyrannie davantage. Ils s'étonnaient que sept ou huit hommes ou femmes de l'Europe se crussent en droit d'ensanglanter la France parce qu'ils portaient une couronne. Ils comparaient la conduite des rois , à qui tout prétexte est bon pour porter le fer et la flamme chez leurs voisins , à celle d'une nation libre et juste , qui met le respect pour ses voisins au rang de ses premiers devoirs. Ils déploraient le sort des nations soumises à la volonté arbitraire d'un seul homme, toujours disposé à sacrifier des milliers d'hommes comme lui à ses intérêts mal entendus. Mais la noblesse surtout leur devenait de plus en plus odieuse. Ils regardaient comme des traîtres à la patrie des privilégiés qui , se déshonorant pour reconquérir un faux honneur, ne s'occupaient que des moyens de déchirer leur pays et de le livrer aux horreurs de la guerre civile. Ne pouvant croire au désintéressement des rois , il leur semblait les voir se concerter pour dépecer la France

et se la partager. Ils voyaient I^ouis XVI, ce roi que les bons Français s'obstinaient à maintenir contre ses prétendus amis, privé peut-être de la couronne, et céder la place à des princes qui joueraient un rôle plus éclatant que lui. Ils déploraient son malheur d'être entraîné par des conseils perfides , et de ne pas s'apercevoir que cette conjuration était contre lui; qu'on ne voulait que se servir de son nom pour couvrir des barbaries et le faire régner sur des déserts. Alors la révolution fut justifiée. On s'estima heureux d'être débarrassé de tels maîtres ; et leurs menaces et leurs vengeances firent apprécier les bienfaits et les services dont ils se vantaient. On sentit plus que jamais le prix de la liberté; elle devint l'idole de tous les cœurs ; et tous les citoyens furent disposés à vaincre ou mourir pour elle.

L'assemblée nationale , de son côté , n'en sentit que mieux la nécessité de consolider une constitution qui devait préserver la France de toutes les sortes de tyrannie. Elle avait proclamé la déclaration des droits de l'homme et du citoyen dans un temps où , n'étant pas encore suffisamment affermie, elle ignorait si elle aurait celui de poser les lois qui découlent de ces principes. Elle avait donné aux citoyens la connaissance de leurs droits, comme un père malade et peii sûr de vivre long- temps remet à son héritier les titres de ses possessions et de ses créances. Ensuite , à mesure que le temps et ses travaux curent établi et justifié l'autorité du corps constituant, il 'fixa les droits civils des citoyens, l'égalité des contributions, de l'admission

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aux emplois, des récompenses et des peines ; la liberté des actions, des discours, des écrits, des opinions , des religions et des cultes sous la protection de la loi, qui ne punit que les torts faits à la société ou aux individus. Il entoura chaque citoyen de toutes les précautions qui garantissent sa liberté individuelle , et qui le préservent des actes arbitraires, de l'autorité et de la vexation des tyrans subalternes , souvent plus cruels et toujours plus insupportables que leurs chefs.

En adoptant le principe de Montesquieu , qu'un peuple ne peut être libre si les divers pouvoirs sont réunis dans une seule main , il plaça le pouvoir législatif dans la réunion du corps des représentants du peuple, qui décrètent , et du roi , qui refuse ou consent; le pouvoir exécutif dans la main du roi , et le pouvoir judiciaire dans celles de magistrats choisis à temps par le peuple. Des juges-de-paix, établis par canton , y termineront les petits différends ; des tribunaux , établis par districts , jugeront les causes majeures : il y aura deux degrés de juridiction, et l'on appellera d'un tribunal de district à un autre : un tribunal criminel sera fixé par département, et les citoyens y seront jugés par leurs pairs. Enfin un tribunal de cassation , qui ne jugera que la violation des formes ou des compétences , couronne l'édifice. Cependant une haute cour nationale et des jurés jugent les crimes de lèse-nation; des bureaux de conciliation et de famille accommodent les différends; l'arbitrage ouvert à tous les citovens est comme le vestibule du

palais de la justice, où siège l'humanité pour arrêter et calmer les passions; et la justice est gratuite. Pour régler l'administration de la chose publique, l'assemblée nationa* statua que le corps législatif fixerait annuellement les contributions et les dépenses ; que le roi , par ses agents , ferait percevoir les unes et rendre compte des autres; que, sous les ordres du roi, une administration par chaque département ferait répartir les contributions et recevoir les deniers, et qu'elle administrerait la chose publique; et que, sous son inspection, une administration par district exécuterait les ordres du roi dans son ressort. La police de chaque ville ou communauté fut attribuée à des magistrats populaires choisis par les citoyens.

L'assemblée nationale ayant distribué les pouvoirs, en régla les fonctions, l'équilibre et les bornes respectives. Elle organisa une force publique pour la sûreté du dedans et pour se garantir des attaques du dehors; et quant à ses relations avec ses voisins, en maintenant les alliances existantes, elle déclara qu'elle n'entreprendrait aucune guerre dans un esprit de conquête. Une foule de lois particulières réglèrent tous les détails de ces lois constitutionnelles. Telle était la constitution que l'assemblée nationale donnait à la France , malgré les oppositions de plusieurs des privilégiés que ce corps renfermait dans son sein, et les obstacles qui renaissaient chaque jour. Plusieurs se sont attachés à soutenir que cette constitution est vicieuse, mais le prodige , c'est que l'assemblée nationale ait pu la faire, composée,

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comme elle était, de deux partis absolument opposés dans leurs intentions. Telle qu'elle est , le corps constituant, après afoia^posé pour principe que la nation est le souverain et que la volonté générale est la loi, soumit à l'examen des peuples, à l'expérience, à la sagesse et aux besoins des générations suivantes , la constitution qu'il avait faite. Il la garantit à la fois et de la précipitation qui se hâte de réformer, et de la paresse qui laisse croître les abus.

L'affermissement de la dette publique fut aussi l'objet de ses soins. Elle avait rejeté avec horreur toute proposition de banqueroute, qui, sous prétexte de liquider la nation en un jour, l'aurait couverte d'ignominie sans la sauver des désordres de toutes les banqueroutes partielles et de la ruine générale qu'elles auraient causée. Elle avait donné pour garantie aux créanciers de l'état les biens ecclésiastiques et domaniaux , évalués à plusieurs milliards. Pour dédommager le clergé, elle avait assigné, sur les revenus publics, soit des traitements aux ecclésiastiques exerçants, soit des pensions aux ecclésiastiques et religieux réformés. La gomme se montait à plus de cent cinquante millions par an : mais les pensions devaient diminuer successivenvnt par la mort des pensionnaires. Elle chargea encore la nation du remboursement de cette multitude d'offices et de charges dont nous avons parlé au commencement de cette histoire , et qui ne j)ouvaient plus subsister depuis que la véiic|îité des charges était abolie. L'assemblée les faisait liquider

et rembourser à mesure. Douze cents millions d'assignats sur les biens nationaux servaient à leur paiement, soit que les titulaires voulussent acquérir de ces biens , soit qu'ils préférassent de garder les assignats comme capitaux pour les répandre dans la circulation.

L'assemblée s'occupa aussi des contributions publiques. Elle avait aboli des impôts devenus odieux au peuple par les vexations dont était accompagnée leur perception , d'ailleurs infiniment coûteuse et compliquée. Elle adopta la noble idée d'affranchir le royaume de tous ces droits incommodes et vexatoires qui arrêtaient le voyageur à toutes les portes de ville et sur tous les chemins. La terre de France devait être libre. Il n'y avait plus de provinces, et le royaume était un. Elle vou|^ que les produits de la terre et de l'industrie pussent désormais circuler partout, et que le voyageur ne fût plus tourmenté sur sa route par des recherches inquisitoriales , ni le citoyen dans sa maison par des visites domiciliaires. Les barrières furent donc portées aux frontières pour y percevoir les droits sur les marchandises des pays étrangers. Il en fut dressé un tarif.'

L'abolition de ces impôts onéreux laissait un grand vide dans les finances , et il fallait le remplir. Il fallait en même temps substituer un mode d'imposition qui pût fournir à des dépenses considérables, quoique réduites, et qui n'étonnât pas le peuple, naturellement disposé à se plaindre de toutes les contributions, quelles qu'elles soient.

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L'assemblée établit une contribution foncière sur les terres , une contribution mobilière sur les fortunes en capitaux, un droit de patentes sur l'industrie, un droit de timbre et d'enregistrement sur les actes entre les citoyens. Mais la lenteur inévitable dans la confection de ce travail, et surtout dans son exécution, dans la formation des bureaux, dans la nomination aux emplois, dans la confection des rôles et la répartition des impôts, en retarda la perception. D'autres circonstances s'y joignirent. Les anciens préposés , sûrs d'être déplacés, ne s'occupèrent plus que de leurs intérêts particuliers ; ils négligèrent le recouvrement qui leur était prescrit, et quelquefois ils espérèrent que leurs délais retarderaient ou détruiraient le mouvement de cette nouvelle machine. Les directoires, surchargés de travaux , ne purenPaccélérer ceux concernant les impositions. La mauvaise volonté des citoyens , en quelques lieux , arrêta souvent les administrateurs. Les malintentionnés se plaisaient à annoncer au peuple qu'il paierait beaucoup plus d'impôts qu'auparavant : et, quoique le contraire fût évident aux yeux de ceux qui peuvent embrasser d'un coup d'œil tout l'ensemble, ils faisaient illusion à cette partie du peuple dont le désir serait toujours de ne rien payer du tout. Enfin plusieurs administrateurs, qui de l'ancien régime avaient passé dans le nouveau, y apportaient assez de malveillance ou de négligence pour retarder les opérations qui leur étaient confiées. Les contributions étaient arriérées. La nation donnait peu et dépensait beaucoup.

Les mécontents et les émigrés la forçaient à faire des frais d'armement pour se tenir sur la défensive. Ils accaparaient ou emportaient hors du royaume le numéraire pour épuiser la nation , et rendaient ainsi le paiement des contributions plus difficile. Nos rapports commerciaux avec les étrangers étant à notre désavantage, et les intérêts de notre dette envers eux devant leur être payés, le numéraire sortait et ne rentrait pas ; le change haussait et les citoyens étaient plus gênés. La nation , inquiète et non pas effrayée de cette situation , s'en consolait en pensant que l'immensité des biens nationaux suppléerait à ces pertes passagères : elle suppléait à la monnaie d'argent, qui s'enfuyait, par de petits assignats qui ne pouvaient pas sortir. Le gouvernement alors indécis, le ministère suspendu et poussé en sens contraire par l'assemblée et par la cour, la cour elle-même décidée à renverser le nouveau régime, empêchaient, par leurs sentiments très - connus , l'établissement du nouvel ordre de choses. Cet interrègne était un chaos. La lutte entre le bien public et les privilèges subsistait toujours , et le mouvement général était suspendu , tandis que les combattants étaient aux prises.

Véritablement l'histoire ne présente aucun exemple d'une révolution intérieure pareille à celle que la France venait d'éprouver. Elle n'avait qu'un seul principe ; c'était de réformer les abus. Mais comme tout était abus dans cet empire, il en résulta que tout fut changé. En déplaçant les choses on déplaça les hommes ; et la constitution fît dis-

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paraître ceux qui étaient sur la première scène pour en amener de nouveaux. Les plaintes et les cris des premiers étaient fondés sur la perte de leur grandeur précédente. Us ne considéraient pas qu'étant identifiés avec l'abus, la loi qui supprimait l'abus ne pouvait conserver la personne; ou que, si elle conservait la personne, il fallait qu'elle gardât aussi l'abus. Chaque corps avouait la nécessité de réformer les autres et prétendait être respecté : mais lorsqu'ils se virent successivement attaqués, ils voulurent faire cause commune : leurs combats néanmoins ne furent que des escarmouches, et leurs vengeances ou leurs intrigues partielles ne causaient que du désordre et non un retour, devenu impraticable. En faisant le mal général sans profit pour eux, ils justifiaient eux-mêmes la révolution. L'absurdité de leur coalition était frappante surtout quand ils provoquaient à grands cris la banqueroute, à laquelle ils auraient perdu plus que personne, puisqu'aucun d'eux .n'aurait été payé. Tous étaient créanciers ou pensionnaires de l'état; mais ils regrettaient de n'être plus ses maîtres. Et ce qu'il faut remarquer, c'est que la nation, qui payait plusieurs milliards de dette , était contente, et que ceux qu'elle payait ne l'étaient pas. La raison en est évidente : ils voulaient être puissants , et elle voulait être libre.

Les passions et les préjugés ont un terrible ascendant sur les hommes , puisqu'ils les portent à juger souvent contre l'évidence ou contre leurs propres intérêts. La nation française ne voulait pas

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faire banqueroute , et ses propres créanciers^a poussaient à la banqueroute. li est incontestable qu'elle aurait eu lieu sans les états-généraux, et ils maudissaient les états - généraux, tf^e clergé avait avancé qu'il n'avait c[ue cent trente millions de revenu, et il se plaignait de la nation qui lui en donnait cent soixante. Elle remboursait plusieurs centaines de millions aux titulaires , et les titulaires regrettaient l'ancien régime, qui aurait fini par ne pas les rembourser. Ou écliauffait les étrangers contre l'assemblée nationale, et celle-ci garantissait à plusieurs d'eux le capital et les intérêts d'une créance immense. Ils redemandaient tous l'ancien gouvernement, qui les aurait incontestablement ruinés, si l'on en excepte peut-être le clergé, accoutumé à se tirer de partout. A la vérité, le roi de Prusse prédisait, il y a trente ans, que les prodigalités de la cour de France l'amèneraient à prendre les biens du clergé pour payer les dettes du roi : mais aucun roi n'aurait eu assez de puissance. Cependant la France se présentait aux spectateurs et aux étrangers qui y voyageaient sous une face bien différente de ce qu'ils l'avaient vue autrefois ; tout était changé. Cette cour si fastueuse était momentanément éclipsée, et le château de Versailles était abandonné. La multitude des pensionnaires titrés, qui assiégeaient le trône pour en épuiser le trésor, avait disparu. Des jeunes gensj moitié courtisans et moitié militaires, avaient cédé la place à d'obscurs plébéiens. Il n'y avait plus de pairs, plus de ducs, plus de marquis, plus de-

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