VI NOTICE
nommée et de sa vertu , selon l'expression de M. Boissyd'Anglas, l'homme le plus généreux de son siècle, le sage et immortel Malesherbes. Ce fut avec ces nobles appuis que la vérité put se présenter jusqu'au pied du trône et parvenir à s'y faire entendre, malgré les efforts du fanatisme et de l'intérêt personnel pour en étouffer la voix. Louis XVI était digne de l'accueillir, et il l'accueillit...; et l'édit de 1 788 vint commencer d'absoudre la nation de la grande erreur de Louis XIV.... » Les protestants étaient reconnus par la loi nouvelle; protégés , placés au même rang que les autres sujets du roi , et hors de la proscription. Ils pouvaient devenir légalement époux et pères ; et , tout ce qu'ils avaient à réclamer encore, la liberté de leur culte et leur admission à tous les emplois civils , étaient une conséquence inévitable de ce qu'ils venaient d'obtenir, qui ne pouvait pas être long-temps repoussée.
Ce fut pendant le séjour que ces sollicitations, couronnées d'un si heureux succès,obligèrent Rabaut à faire à Paris, qu'il publia ses Lettres sur V histoire primitive de la Grèce, ouvrage qui acheva de fixer sur lui l'attention publique. C'était l'aurore de notre révolution. On convoqua les états-généraux ;Rabaut-Saint-Etienne fut envoyé à cette assemblée , élu le premier des huit députés du tiers-état que nommait la sénéchaussée de Nîmes. Il venait de publier aussi des Considéî'ations sur les droits et les devoirs du tiers-état; cet opuscule
SUU RABAIIT-SA.1JNT-1ÎTIEJVNK. VII
mollira que l'auteur était digne de la confianc^e publique dont il était honoré. Rabaut ne démentit jamais les sentiments qu'il manifeste dans cet ouvrage; il voulait la régénération de la France, mais sans trouble et sans excès. Ses principes étaient modérés , car on peut aimer la liberté sans fanatisme. Ses discours étaient sages, son éloquence douce et persuasive. Il désirait la paix; cependant il demandait que l'ordre social, en France j fût recomposé; mais il demandait une régénération sans secousses violentes; il monta souvent à la tribune, et toujours avec succès. Ce fut lui qui fit décréter, par l'assemblée nationale, l'égalité des cultes religieux. Son discours, à cette occasion, est un des plus remarquables de l'époque.
Il ne fut pas réélu à l'assemblée législative; mais il demeura à Paris , où il travailla au Moniteur ^ , se tint absolument éloigné des affaires, et publia un Précis de l'histoire de la révolution jusqu'à la dissolution de l'assemblée constituante.
Ce fut sans qu'il l'eut aucunement recherché que le département de l'Aube, où il ne connaissait personne, mais où la probité et la sagesse avaient encore quelque Créjit , le nomma l'un de ses représentants à la convention nationale. Nous laisserons parler ici M. Boissyd'Anglas : «Alors la commune de Paris avait en quelque sorte usurpé la puissaiice royale qu'elle venait de
' II avait déjà fondé avec Cerutti la Feuille villageoise.