XIV
]e proîei des gouverneurs , qm , au lieu<l accorder une liberté entière pour la traite, en limitait ledroU a l\.sa-e des cultivateurs , des métayers et des mineurs, pour^'r exploitation des objets dont je viens de parler, ce qui change entièrement , comme on voit , 1 état
de la question. . .
D'un autre côté , les idées et les opmions religieuses et morales de ce temps-là restaient muettes devant un usage universel , introduit quatre-vingts 3n. auparavant par les Portugais , et qm était imite nar les Espagnols , sans que personne en eut jamais dénoncé l'injustice. Qu'il me suffise de faire remarquer à cet égard que la proposition de don Bartbélemi fut approuvée par le cardinal Adrien que ses vertus élevèrent plus tard à la papauté , et dont l'histoire fait remarquer la douceur et l'humanité. Prétendre juger l'opinion de l'année iSiy par les principes que la philosophie de notre siècle a si bien établis sur le droit naturel et sur celm des gens , c est comparer la lumière d'un jour pur et sans nuage a lalueur indécise du crépuscule pluvieux du mois de ianvier. La vertu s'associait alors très bien avec une foulo d'erreurs qui ne peuvent être défendues auiourd'hui que par la mauvaise foi , par l'ignorance des droits de l'homme et des nations , ou par les préjugés de l'enfance qu'aucune instruction solide n'a pu dissiper.
Le roi d'Espagne ayant approuve la demande des gouverneurs de V Amérique, le licencié Barihélemi de LasCasas songea à recruter en Espagne un certain nombre de laboureurs pour les emmener dans les.
Intles , persuadé qu'il leur serait accordé des encourageinens et. des privilèges. 11 obtint lout ce qu'il voulut , et le roi le nomma son chapelain, afin de l'encourager à exécuter le plan qu'il avait formé de convertir et de soumettre les Indiens sans avoir recours à la voie des armes. Las Casas s'associa un certain Berrio , auquel il fit donner le titre de capitaine , et il le chargea de recruter des colons. Son délégué se rendit en Caslille , mais échoua dans son entreprise, parce que le connétable de ce royaume s'opposa à l'émigration. Las Casas fut plus heureux à Antequera et dans quelques autres points de l'Andalousie , où il parvint à en réunir deux cents : ils partirent pour Séville , et de là pour Saint -Dotningue. Si le plan de Las Casas n'eut point l'effet qu'il s'en était promis (i), il serait injuste d'en faire un motif d'accusation contre lui. Un des articles de son traité accordait aux cultivateurs espagnols des terres du domaine : on sut depuis que les moines administrateurs les avaient vendues. Las Casas avait demandé qu'ils fussent nourris et entretenus pendant un an aux dépens du trésor : l'évcque de Burgos s'opposa à cette mesure, qui fut rejetée par le conseil royal des Indes comme trop onéreuse au gouvernement, et ce fut le concours de toutes ces circonstances qui fit manquer entièrement le projet si sa^^e et si pliilanthropique de don Barthélemi (2).
, I ; llen-era , dcc. a , liv. 2 , cL. ai. (-1) Uerrera , dcc. a, liv. \ , ch. 2.
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I ies soins de l'/îxpédiiion dont il s'agit l'occupèrent penilant deux ans. Toujours plein de l'idée qu'il fallait sauver les Indiens , ce héros de l'humanité demanda en 1 5i 9 qu'il lui fût concédé cent lieues de terres, où il serait défendu de faire aborder aucune expédition de soldats , parce qu'il voulait y établir le régime de l'Evangile avec le secours des pères dominicains ; il ne doutait pas qu'ils ne fussent bien reçus des naturels, et que leur ministère ne fût avantageux à la religion et au roi. Malheureusement ce nouveau plan fut rejeté parles ministres.
Las Casas, voyant alors que les ministres flamands et quelques uns de ceux qui étaient espagnols , tous partisans de ses maximes, ne voulaient approuver que des entreprises lucratives, demanda la permission de pénétrer dans le pays de Cumana avec cinquante hommes de son choix, qui seraient vêtus de drap blanc, et porteraient des croix rouges semblables à celle de Calatrava , et d'autres morceaux de même couleur sur chaque bras , afin que les Indiens , les prenant pour des honmies d'une autre caste, leur permissent de descendre sur leurs terres, avec l'espoir d'en être bien traités. Il annonça que, si son entreprise réussissait comme il avait Ijeu de le croire , ces cinquante missionnaires j)Ourraient former avec le temps une société religieuse sous l'aulotisation du pape et du roi ,* ils conserveraient leur costume , et seraient employés à convertir par les voies de la douceur les Indiens a la religion chrétienne. Voici les avantages temporels que Las Casas espérait obtenir de ce nouveau projet.
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On complerait au bout de deux ans dix mille sujets de plus au roi d'Espagne parmi les Indiens de celte partie de l'Amérique , si Sa Majesté daignait mettre à sa disposition , sans lo concours de la force militaire et des conquérans employés aux découvertes, mille lieues de côtes depuis la rivière des Aruacas jusqu'à cent lieues au-dessus de Paria , dans la direction de l'ouest à l'est et au nord. La troisième année il serait levé dans ce pays quinze mille ducats de contributions au profit du trésor public , et ce produit augmenterait annuellement , en sorte que la dixième année il serait possible d'envoyer au roi soixante mille ducats. 11 promettait de fonder à cette époque trois colonies, avec trois forteresses sur les trois points les plus susceptibles de défense , et d'établir au milieu des naturels qui habiteraient les trois villes cinquante familles espagnoles. 11 promettait de découvrir, sans efï'uslon de sang et sans répandre la terreur , toutes les rivières riches en paillettes d'or , afin qu'on put les exploiter immédiatement au profit du trésor royal.
Las Casas s'engageait à tenir toutes ses promesses, à condition : i° que don Pèdre Arias Davila, gouverneur de la Terre-Ferme , n'aurait aucune part dans l'entreprise; i" qu'on lui accorderait douze religieux domirifcains et autant de franciscains pour prêcher , et fonder des couvens partout où il jugerait convenable ; 3" qu'on lui permeltraii de choisir à Saint-Domingue six Indiens de confiance , et de les emmener où il voudrait pour son service ; 4* qu'on mettrait à sa disposition tous les Inrlicns
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'[ui auraient été volés ou faits prisonniers sur cette cote , et qu'on aurait transportés à Saint-Domingue ou sur tout autre point soumis au roi d'Espagne , afin qu'il put les ramener clans leur pays , les rendre à leurs familles , et inspirer par là plus de confiance aux liabitans; 5^ que les cinquante hommes qu'il aurait emmenés avec lui jouiraient de la douzième partie de ce que la colonie paierait au roi, avec la faculté pour chacun d'eux de transmettre sa part à quatre héritiers; 6' qu'ils recevraient le diplôme de chevaliers de V Eperon et or , et que leurs descendans seraient exempts des contributions qu'on payait au roi , et de tout tribut personnel; 7° qu en cas de décès de quelqu'un des membres de 1 association , à lui seul appartiendrait le droit de le remplacer ; 8" et enfin qu'aucun Indien ne pourrait être vendu, donné, ni confié à titre de dépôt , mais qu'ils resteraient tous libres et sujets immédiats du roi d'Espagne.
Les ministres ûamands approuvèrent le projet de Las Casas , avec une seule restriction, qui consistait à rîe lui accorder que trois cents lieues de côtes jusqu'à Sainte-Marthe , au lieu de mille qu'il avait demandées. Le roi ordonna que le mémoire et les plans de don Barthélemi fussent mis sous les yeux du conseil des Indes, et qu'on prît toutes les meures nécessaires pour leur exécution. Cet ordre du roi fut signé à Barcelonne; mais le conseil mit tant de lenteur dans son travail , que Las Casas vit avec la plus amère • louleur que son projet avait les conseillers même? pour adversaires. Quelques prédicaleurâ du roi
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exposèrent devant le conseil leurs vues sur la répression des abus qui se commettaient :i l'égard de la liberté des Indiens ; mais on les soupçonna d'agir à l'instigation de Las Casas , que celte calomnie mettait encore plus mal dans l'esprit de beaucoup de personnes. Celui-ci, qui s'en aperçut, eut le courage de s'en plaindre au roi , et récusa le conseil des Indes , spécialement l'évéque de Burgos. Cette démarche de don Barthélemi ne lut pas inutile ; Sa Majesté nomma une commission spéciale de conseillers d'état connus par leur impartialité, leur prudence et leur sagesse , et ils opinèrent pour que la proposition de Las Casas fut exécutée.
11 arriva dans le même temps à Barcelorme plusieurs Espagnols qui revenaient d'Amérique : lorsqu'ils surent ce qui venait de se passer , ils représentèrent au nouveau grand chancelier, le docteur Mercurin de Gatinara de Milan, que le plan de Las Casas leur semblait impossible dans son application. Leurs rapports donnèrent lieu à de nouvelles conférences dans le conseil d'état ; don Bartliélerai y fut appelé , et répondit à trente objections qui lui furent proposées , en même temps que d'aiUres personnes otfrirent des moyens dilférens de procurer plus d'argent au roi, pourvu qu'on leur accordât les mêmes conditions.
Sur ces entrefaites , Juan de C^uevedo , évéque du Darien, arriva à Barcelonnc. Cette circonstance engagea le r.oi à assister en personne à une séance du conseil d'état où le prélat devait cire entendu , ainsi que Las Casas, et un moine franci:,cain qui avait
vécu longtemps à Sainl-Domingiie. Sa Majesté voulut que l'évéque parlât le premier, et fît connaître la situation des Indes et l'état moral des Indiens, sur lequel il existait des rapports peu favorables. Quevedo assura que les deux gouverneurs du Darien avaient fait un mal infini dans cette partie de l'Amérique , mais que les Indiens étaient (( esclaves par ■)) nature , et très avares de leurs trésors, dont il » était fort difficile de s'emparer. » Il assurait que ce qu'il avait entendu dire au Darien et dans les pays qu'il avait traversés s'accordait entièrement avec ce qu'il venait d'exposer sur les Indiens devant S. M.
Le grand chancelier, ayant pris les ordres du roi, dit : Maître Barthëlemi , Sa Majesté ordonne que "VOUS parliez. Alors le licencié Casas s'exprima en ces termes : (( Très haut et très puissant roi et sei- » gneur , je suis un des premiers qui ont abordé » sur les terres du Nouveau-Monde, et il y a bien » des années que j'y suis employé : j'ai été témoin » de tout ce qui s'y est passé , et c'est ce que j'ai vu » qui m'a fait prendre la résolution de revenir en » Espagne , non que je sois meilleur chrétien qu'un » autre , mais parce que les maux des Indiens ont » excité ma compassion naturelle. Ce fut pour en » informer le roi catholique que je quittai ces » royaumes. Son Altesse, que je fus trouver à PJa- » sencia, m'écouta avec bonté, et m'ordonna d'aller » l'attendre à Séville , où elle devait porter remède » à un si grand mal. Ce prince mourut au milieu de )) son voyage, en sorte que ma requête et sa résolu-
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» lion furent inutiles. Après sa mort je m'adressai
» aux gouverneiu^s du roj^aume , le caidlnal d'Es-
)) pagne , François Ximenez, et le cardinal de Tor-
» tose, qui prirent d'excellentes mesures; et depuis
)) que Votre Majesté est arrivée c'est à elle que j'ai
)) adressé des mémoires dont l'effet eût élé in-
» faillible sans la mort .de son grand chanqi;-
)) lier.
» Je poursuis de nouveau ma première entreprise ;
)) mais il existe des ministres de l'ennemi de toute
» vertu et de tout bien qui meurent d'envie que
» j'échoue dans mon projet. 11 importe d'autant
» plus à Votre Majesté de m'entendre , et de com-
» mander que les auteurs du mal soient confondus,
» qu'indépendamment de ce qui peut intéresser sa
)) conscience je puis assurer qu'aucun des états
)) qui lui sont soumis , ni même la totalité de ses
)) royaumes , ne peut être comparée à la moindre
)) partie des biens de ce Nouveau-Monde. En in-
» formant de ceci Votre Majesté , je suis assuré de
» lui rendre plus service qu'aucun sujet ait jamais
» pu faire à son roi ; et cependant je n'ai en vue ni
» les grâces ni [les récompenses de Votre Majesté ,
)) parce que je n'agis point pour son service, sauf
» l'obéissance et le dévouement que je lui dois
)) comme son humble sujet , mais parce que je
» suis convaincu que je dois à Dieu ce grand sa-
)) crifice ; car ce maître souverain est si jaloux de
>) son honneur et des hommages exclusifs de toutes
)) ses créatures , que je ne puis faire un pas dans
)) celle entreprise que pour lui seul, ei que cest
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)) iiniquejiienl pour sa gloiie que j'ai pris l'enj^^age- » ment de travailler sans relâche à procurer à Votre y) Majesté les biens et les avaniages les plus esli- » niables ; et , afin de confirmer ce qu'elle a bien » voulu me permettre de lui apprendre, je dis et je )) déclare de nouveau que je renonce d'avance à ))« toute grâce et à toute faveur temporelle ; et s'il r> m'arrive jamais de réclamer directement ou par )) des voies détournées la moindre récompense , je )) consens qu'on m'accuse de mensonge et de félonie » à l'égarfl de mon roi.
» Au reste , très puissant prince , les hommes w qui peuplent ce Nouveau -Monde , si riche en » tout , sont très capables d'embrasser la foi chré- )) tienne , et susceptibles , si on leur donne des » leçons de morale et de doctrine , de s'attacher à » la venu et de vivre chrétiennement : la nature » les a faits libres , et ils conservent leur liberté avec » des rois et des seigneurs naturels qui gouvernent » leurs cités. Quant à l'opinion du révérend évêque )y qui les croit esclaves pa/^ Jiature , je pense qu il )) fait allusion à ce que le philosophe dit au commen- » cément de sa Politique ; mais entre ce qu il faut » entendre par là et ce que le prélat veut dire , la )) différence est aussi grande qu'entre le ciel et la » terre.
)) D'ailleurs, en supposant même que le révé- )) rend évéque eût raison , il ne faut pas oublier que » le philosophe était païen , et qu'il brûle aujour- » d'hui dans les enfers ; ce qui prouve qu'il ne faut y\ user de 'a doctrine qu'autant qu'elle est d'accoid
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y) avec noire sainte foi et avec les usages delà reli^noii n chrélienne.
» Noire religion est une, et peut convenir à )) toutes les nations du monde ; elle les reçoit toutes y) dans son sein, et n'enlève à aucune sa liberté ni )) ses maîtres ; elle est surtout bien éloignée de » vouloir qu'on rende les peuples esclaves sous pré- » texte qu'ils sont nés pour cela , comme le prétend » le seigneur évéque. Que Votre Majesté daigne )) donc , au commencement de son règne , témoi- » gner hautement son mépris pour cette mauvaise » doctrine , et désavouer ses conséquences. »
Lorsque Las Casas eut terminé son discours le religieux franciscain prit la parole ; il dit que les mauvais traitemens qu'on faisait souffrir aux Indiens auraient les suites les plus funestes aux intérêts du roi si on n'y portait remède. Le grand cbancelier avertit ensuite l'amiral Diègiie Colomb d'exposer tout ce qu'il savait de la situation des Indes , et celuici confirma par sa déclaration ce qui avait été avancé par les religieux et par d'autres sujets du roi sur la mauvaise administration de ce pays , dont il ajouta que la perle était infaillible , à moins que l'on ne vînt promptement à son secours. 11 avoua que personne ne perdrait plus que lui à cetlL' révolution , puisqu'il n'avait d'autre moyen poiu- soutenir sa maison que les revenus de l'Améri({ue , et que ce motif l'avait engagé à 'revenir en Europe pour faire connaître ces vérités, et préserver l'Etat d'un si grand mallieur.
I/évèque du Daiien voulul r('[)rèndie h\ paioji^ ;
mais on l'engai^ea à composer un mémoire »le ce qu'il avait à dire. Le prélat en présenta deu^L ; le premier était dirigé contre don Pèdre Arias Davila, gouverneur du Darien ; le second contenait l'exposition des moyens que l'évéque proposait pour faire cesser les malheurs de la Terre-Ferme , et dans le nombre était un bon système de gouvernement pour les naturels. Interrogé sur ce qu'il pensait du projet de Las Casas , il répondit qu il le croyait digne de l'attention des ministres ,* cependant le roi ne prit alors aucune résolution déiinitive sur les affaires du Nouveau-Monde, et quitta la ville de Barcelone pour se rendre à la Corogne, oii les Cortès devaient s'assembler, (i)
Don Barthélemi suivit le monarque, afin de poursuivre la grande affaire qui occupait toutes ses pensées. 11 y déploya tant d'activité qu'il eut enfin lé bonheur de voir approuver son entreprise , ei iqu'il obtint pour l'expérience qu'il voulait faire les deux cent soixante lieues de cotes qui s'étendent depuis la province de Paria jusqu'à Sainte-Marthe. Sa commission fut signée le 19 mai i520 , et Ijas Casas partit pour Séville, où il réunit les laboureurs et les navires nécessaires à son expédition, et emprunta sur son crédit les fonds dont il as ait besoin dans celte ville, qui était alors aussi imporianie pour \c commerce que le port de Cadix l'est aujourd'hui. (2)
Enfin , Las Casas partit en i520 de la côte d'Es-
(1) Hencra, dcc. 2, In . 6. ch. -i, 3, 4 et 5.
(2) Herrera , dtc. ù , li^ . y , i h. 8.
pagne pour faire son quatrième voyage en Amérique ; il aborda à San-Juan de Puerio-Rico , où il eut le ebagriu de rencontrer de nouveaux obstacles imprévus., que lui avait préparés la perfidie d'un Espagnol , nommé Alpbonse de Ojeda , qu'il ne l'aut pas confondre avec le conquérant de ce nom , mais qui était peut-être son fils ou son neveu. Cet ennemi des Indiens s'était rendu à l'île de Cubagua et de là à Cumana pour la pêclie des perles , et avait trompé deux caciques et quelques autres Indiens en les attirant sur son bord, et en les transportant ensuite sur une autre côte pour les vendre connue esclaves. Cette trahison fut le signal d'une révolte. Les naturels de Cumana , Caria ti, Neveri , Unari, Tajeres, Cbiribiclii , Maracana , et de plusieurs autres points de cette province, se mettent en mouvement ; ils fondent sur le couvent de Cliiribicbi , qu'ils réduisent en cendres, massacrent un religieux missionnaire , et poursuivent les autres, qui ne trouvent leur salul que sur une petite embarca^ tion. Les autorités constituées de l'îie de Saint-Domingue, l'amiral, qui était déjà de retour, et l'audience royale, décidèrent qu'on enverrait le capitaine Gonzale de Ocampo avec un corps de troupes pour réduire les rebelles. Cette expédition renversa tous les plans de Las Casas; il avait compté tirer le plus grand parti des religieux dominicains et des franciscains des deux couvens deSanla-Féet de Chiribirln, qui n'existaient plus.
Afin de prouver néanmoins qu'il tenait à remplir ses promesses , il présenta sa commission et ses
pouvoirs au capilaiiie Ocanipo , et voulut rempêcher de pénélrer dans un pays où lui seul désormais avait le droit d'exercer la juridiction, en l'assurant que sa présence et celle de quelques.religieux suffiraient pour rétablir promptement la tranquillité. Ocampo lui répondit qu'il ne pouvait se dispenser d'obéir à ses supérieurs , et qu'au reste, dans l'état do rébellion où était la province , l'exécution de son plan devenait impossible.
Don Barthélerai se procura un navire avec une somme de cinq cents pesos qui lui fut prêtée , et se rendit à Saint-Domingue. II mit ses pouvoirs sous les yeux de l'amiral .et de l'audience royale , leur annonça que les laboureurs qu'il devait employer dans son expédition l'attendaient dans l'île de Puerto- Rico , et demanda que Gonzale de Ocampo fût rappelé; mais ce capitaine avait déjà châtié les révoltés et rétabli l'autorité du roi dans le pays, (i)
De grands débats eurent lieu parmi les autorités constituées de Saint-Domingue sur la manière dont il fallait exécuter les ordres que le gouvernement avait donnés pour l'entreprise de Las Casas ,• il fut enfin convenu que l'on s'associerait avec lui pour mettre à profit la pêche des perles et l'exploitation des mines et des métairies , et que le produit de tous ces objets serait divisé en vingt-quatre paris, dont six pour le trésor royal , six pour don Barthélemi et ses cinquante chevaliers de l'Eperon d'or, trois pour
i) Ih'rreia , déc. j., liv. i^ , cii. f^, 9 et 10.
l'amiral , quatre pour les auditeurs de l'audience royale , trois pour le trésorier , le maître des comptes et le contrôleur des deniers , et deux pour les greffiers de la chambre des Indes ; mais il fut arrêté en même temps que tous ceux qui devaient avoir part aux bénéfices de l'expédition en supporteraient les dépenses. En' conséquence on mit à la disposition de Las Casas les navires de l'escadre de Ocampo , avec cent vingt bomnies d'élite ; on les chargea de vivres et d'une infinité d'objets de fantaisie dont on espérait tirer parti pour gagner la confiance des Indiens , et se procurer plus facilement de l'or et des perles; enfin, Las Casas fut autorisé à prendre dans l'île de Mona, pour son usage, onze cents charges de pain de cassave. Ces préparatifs étant terminés , Barthélemi fit voile de Saint-Domingue, dans le mois de juin de l'année 162 1 , pour San-Juan de Puerlo- Rico , afin d'y prendre les deux cents laboureurs qu'il y avait laissés ; mais il n'y trouva personne , le besoin les avant contraints de se disperser dans les habitations du pays. 11 continua néanmoins son voyage pour la Terre-Ferme, et arriva à Toledo , ville qu'avait fondée Gonzale de Ocampo , et où il s'était arrêté avec sa petite armée après avoir pacifié la province. Ce capitaine s'offrit à Las Casas pour commander ses cent vingt hommes ; mais celte proposition ne fut agréable à personne , et Las Casas manquait de pouvoirs pour obhger ses compagnons à servir contre leur gré , en sorte qu'ils s'en retournèrent presque tous à Saint-Domingue. La ville de Tolédo devint à peu près déserte, puisqu'il n'y resta
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que les amis et les gens aitachés au service de don Barlliélemi , quelques autres particuliers que l'on fit consentir, à force de prières , à se mettre à la solde de l'expédition, et les religieux de Saint-François qui s'étaient sauvés du couvent de Chiribichi , et en avaient fondé un autre dans le nouvel établissement .
Le capitaine Ocampo partit aussi pour Saint-Domingue , après avoir témoigné à Las Casas ses regrets de le laisser presque seul pour une entreprise dont il était plus capable que personne de prévoir les difficultés.
Ce contre-temps n'affaiblit point le courage de don Bartbélemi : il fit construire et fortifier une grande maison pour y conserver ses vivres et tous les objets d'écbange qu'il avait apportés ; il s'occupa ensuite de bâtir une petite forteresse à l'omboucbure du Rio de Cumana , pour mettre les Indiens à couvert des incursions que les Espagnols de l'île de Cubagua pourraient faire de ce côté. Ces mesures de précaution étant terminées , il commença à établir des relations avec les naturels , soit par le moyen des religieux franciscains de Tolédo , soit avec le secours d'une Indienne qui tenait un rang distingué parmi les siens , et s'appelait dona Maria. Il fit annoncer aux Indiens qu'il était envoyé parle nouveau roi d'Espagne pour leur dire qu'ils seraient mieux traités à l'avenir, et qu'on les ferait jouir de beaucoup d'avantages , surtout de la religion, dont ils ne pouvaient se passer, et qu'on la leur enseignerait avec bonté. Mais pendant que Las Casas voyait fructifier
les premiers efforts de son zèle , les Espagnols de Cubagua réussirent à lui enlever le maçon qui conduisait les travaux du fort,- en sorte que Yéiablissement de Toledo continua d'être exposé , ainsi que les Indiens , aux attaques des Européens ses ennemis, qui n'avaient que sept lieues de mer à faire pour arriver sur la côte et enlever les liabiians. Ce fut inutilement que Las Casas voulut empêcher les relations des Espagnols de Cubagua avec les Indiens de Cumana ; quelques réquisitions qu'il fît à cet égard auprès du gouverneur et des autres autorités de l'île , il ne put rien obtenir ; en sorle qu'après en avoir délibéré avec les religieux de Toledo , il alla a Saint-Domingue se concerter avec l'amiral et Tau- . dience royale pour réprimer les actes d'insubordina-
* tion dont les Espagnols de Cubagua se rendaient coupables. 11 laissa en partant le commandement de Toledo à François de Soto , pour tout le temps qu il serait absent, et lui recommanda expressément de ne disposer sous aucun prétexte de deux navires qui étaient dans le port , parce que leur destination immuable était d'y rester pour offrir, en cas de nécessité , un asile aux Espagnols , et un moyen de salut pour leurs provisions et leurs objets de commerce. Malheureusement François de Soto ne suivit pas les instructions de son chef ; à peine Las Casas fut-il parti que ce lieutenant crut pouvoir profiter de
1 occasion pour envoyer de ses gens échanger sur ces navires de l'or et des perles , et qu'il laissa ainsi la ville et ses habitans exposés à un danger qui ne tarda
* pas à devenir imminent. Je suis obligé de présenter
ici quelques anliv^s Imls j)OHr l'iiilelligènco de Vévénemenl (loin il est question.
Los Indiens de Cuniana ainutienl passionnément le vin d'Espagne , et les colons de Cubagua enlreienaient avec soin ce goût dépravé , qui leur valait beaucoup d'or, de perles et d'esclaves. Pour s'en procurer , les naturels de Cuniana se mirent à enlever dans Tintéricur du pays des enfans qu'ils éclîangeaicnt pour du vin avec les Espagnols de Cubagua. L'établissement d'une forteresse aux bouches du Rio de Cumana devait mettre de grandes entraves à cette espèce de trafic , dé})]airepar conséquent aiut Espagnols, cl surtout aux Indiens, qui résolurent de détruire le fort , et même de tuer les religieux de Saint-François , qu'ils n'auraient jamais cessé d'aimer et de respecter si les Espagnols de Cubagua n'avaient pas eu le plus grand intérêt à rester seuls maîtnr di! commerce de la cote de Terre Ferme, ce. qui devait élre impossible -tant que la ville de Toledo serait habitée et bien défendue.
La conjuration s'était fermée pendant l'absence de Las C;isas , -et les Indiens se préparèrent à Texécutér lorsque François de Solo , saciifiant la sûreté du poste qui lui était confié à Tenvie de se procurer dés' perîias et de l'argent, eut fait sortir du port les deux bâiimens que Las Casas lui avait confies. I^es religieux la découvrirent trois jours avant la catastrophe , et résolurent de s'éloigner avec les autres Espagnols , en profitant d'iui naviie qui était à la 'côte ])«)ur le commerce de l'or , des perles et <les | esclaves i mais , le capitaine ayant re!'us(' de les rcce- j
vT)lr , il ne leur resta plus d'autre parti que de se mettre en état de défense dans leur petite forteresse. Ils visitèrent leurs provisions de poudre, et la trouvèrent si humide qu'elle était hors d'état de servir. Le lendemain , pendant qu'ils l'exposaient au soleil, une troupe d'Indiens vint fondre sur la maison, et y mit le feu , massacra le frère Denis , blessa mortellement François de Soto, qui mourut trois jours après, et n'eût épargné personne si, pendant qu'elle était oc cupé à incendier la maison, croyant que tous les Espagnols y étaient renfermés, ceux-ci n'eussent gagné la côte , d'où ils aperçurent à deux lieues , dans les salines de la pointe d'A raya , une embarcation vers laquelle ils coururent chercher un asile.
Sur ces entrefaites Las Casas eut un autre malheur à essuyer. En approchant deSaint-Domingue son pilote ne reconnut pas le pays , et , le prenant pour l'île de Puerto-Rico , il dépassa de quatrevingts lieues le port de Saint-Domingue, et alla jusqu'à Yaquimo , où il eut à lutter pendant deux mois contre les courans, qui étaient irèsviolens dans cette mer.
Le bâtiment étant arrivé à 1 île de Cuba , don Bartbélemi pénétra à neuf lieues dans l'intérieur , et jusqu'à la Yaguana , pour y prendre quelques jours de repos et réPiéchir sur ce qu'il avait à faire. II y était encore lorsque les religieux et les Espagnols de Toledo arrivèrent à Saint-Domingue avec ceux deCubagua, auxquels les Indiens avaient aussi déclaré la guerre, à l'instigalion de quelques naïurelsqui voulaient se veng(;r du mal qu'ils .-mi avaient
reçu ; el comme on if^norait à Saiiil-Dumin^ue ce (^n'était devenu don Barihélemi , le bruit se répandit qu'il avait péri de la niam des Indiens : I^as Casas en fut instruit pendant qu'il approchait de Saint- Domingue avec quelques autres Espagnols. Lorsqu'il fut arrive il rendit compte de tout ce qui s'était passé depuis son départ de la Terre-Ferme. L'amiral , l'audience royale et les autres autorités supérieures firent partir une nouvelle expédition pour punir et réduire les Indiens, et repeupler la côte et l'île : quant à l'objet pour lequel Las Casas avait couru tant de dangers et montré tant de covi— rage , ils refusèrent de s'en occuper , malgré les instances qu'il ne cessa de faire pendant plusieurs mois.
Dans des circonstances si critiques , et pendant que Las Casas manquait des choses les plus nécessaires à la vie , cet ami des Indiens ne trouva de consolation qu'auprès des religieux de Saint- Dominique. Ce fut pendant ces liaisons avec ces missionnaires que le père Dominique de Belanzos, prieur de leur couvent, l'engagea à prendre l'habit de l'ordre pour partager leurs travaux apostoliques. Don Barihélemi n'eut pas de peine à associer son sort à celui de ces hommes respectables y qu'il regardait déjà comme ses frères. Herrera place cet événement à l'année i52i , et prétend que Las Casas avait quarante-sept ans; mais le dominicain Remesal , auteur presque contemporain , dit que don Barihélemi ne lit profession qu'en i525. Gonzale Fernandez d'Oviédo et François liOpez de Gomara ont avancé beaucoup d'er-
In,
rcurs sur le compte de Las Casas et sur sa conduite pendant sou ministère (i).
Mais qu'a-t-on à reprocher à un homme de bien lorsque des obstacles aussi imprévus qu'invincibles font échouer ses desseins? Peut-on lui imputer la désertion de ses deux cents laboureurs ? Le rendrons-nous responsable de l'insubordination des babirans et des Espagnols de l'île de Cubaçjua ? La conduite de ces dernierset laperfidiqd'Alphonse de Ojeda irriièrentles Indiens, et en firent des ennemis; lorsque Gonzale de Ocampo vengea les Espagnols et imposa un nouveau joug aux naturels de la cote de Cumana , on ne devait attendre de leur part que de la haine et du ressentiment. Tous ces événeraens causèrent une extrême méfiance parmi les Indiens , et firent naître des embarras auxquels Las Casas ne séiait point attendu. Le seul moyen de vaincre toutes les résistances était de témoigner une extrême <louceur aux naturels, et d'exécuter scrupuleusement tout ce qu'on leur avait promis ; en suivant pendant longtemps ce svstème, auquel on eut associé des mesures de précaution pour n'être point surpris , on les eût infailliblement ramenés à l'ordre et à la soumission ; mais François de Soto rendit inutile cette sage combinaison en envoyant au loin les deux navires, au moment où l'ofTense faite aux Indiens était toute récente, et où il était permis de craindre Iciu- vengeance. L^as ("asas fut-il la cause de ce mal-
^i) finiria , lU'r. j , Iiv. -i , cl». 3, \ el .'!.
]iv
heur? Peul-on en rien coiicluie coiilre la sagesse de ses vues et la pureté de ses intentions ?
Las Casas, qui, en prenant l'habit de Saint- Dominique, avait déjà atteint sa cinquantième année , aurait pu jouir dans le sein du cloître d'un repos si nécessaire à l'état de son corps et de son esprit après tant de voyages et de traverses ; mais il avait adopté les Indiens pour ses enfans spirituels , et sa tendre afiection ne, lui permettait pas de voii* avec indifférence les vexations et la tyrannie qu'on exerçait contre eux. 11 ne se crut jamais dispensé de plaider pour cette sainte cause , m de continuer ses justes dénonciations contre des hommes qui prétendaient introduire la foi parmi les Indiens avec du fer et des soldats. Ce fut alors qu'il composa son traité De unico vocationis modo , dans lequel il voulut prouver aux hommes de la cour d'Espagne et aux magistrats de l'Amérique qu'il ne pouvait y avoir d'autres moyens de conversion pour les Indiens qu'un système de paix et de bienveillance.
La ville de INicaragua étant devenue le siège d'un évêché,et don Diègue Alvarez de Osorio y ayant été nommé en i5i5, avec le titre de protecteur des Indiens, ce vénéral)le prélat voulut avoir Las Casas auprès de lui conmie son principal coopérateur dans le ministère épiscopal. Barthélemi obtint la permission , ou pour mieux dire reçut l'ordre de son prélat, prieur de Saint-Domingue , de se rendre auprès de l'évêque , et s'occupa immédiatement , avec quelques autres religieux de son ordre , de fonder dans INicaragua un couvent de dominicains ^
don lies membres fareiit employés avec le pins ^rand succès à prêcher l'Evangile dans la province , cl à faire cesser une par lie des maux dont les naliirels étaient depuis longlemps accablés (i) [)ar les Espagnols.
Bartbélemi se rendit ensuite dans le pays de Gualimala, oh il convertit elbapiisa une mullilude innombrable d'Indiens ; de là , avec plusieurs missionnaires dominicains^ dans celui de Vera-Paz , où la moisson évangëliquene tut pas moins abondante, et où ils engagèrent les babitans d'une co^itrée de quarante-huit lieues de long sur vingt-sept de large à se soumeltre volontairement au roi d'Espagne j événement que Las Casas cita comme ayant eu lieu sans le secours des soldats lorsqu'il eut à réfuter en i55o, devant le conseil royal des Indes, les propositions et les argumens de Juan Gincs de Sé~ puivéda : c( Eu oulrc , disait-il, le docteur devrait )) mieux savoir que jamais les Indiens n'ont fait de )) mal aux Espagnols, à moins qu'ils n'eussent élé » provoqués par les plus indignes iraitemens ; et )) même on ne les a point vus en pareille cucons- )) tance offenser nos religieux , lorsqu'ils avaient pu )) reconnaître la différence qu'il y avait entre eux et )) les laïques, et combien l'objet que les mission- )) naires se proposaient était éloigné de celui que les )) colons avaient toujours en vue. Cette disposition » des Indiens est l'effet de leiu- naturel pacitique et
(t) Jkiixra , 'K( . \, liv. i , ch. 9,
» ennemi de loule violence. Le 1res respectable » docteur devrait considérer aussi qu'il est contraire ^) à la raison et à la sagesse de prétendre pacifier )) les Indiens et se mettre en mesure de les convertir » en pénétrant dans leur pays comme des tyrans à » la tête de soldats cruels et dévastateurs, pendant » que ces peuples, naturellement si soumis, sont )) horriblement scandalisés , et gémissent sous le )) poids des malheurs qu'ils ont éprouvés ; et qu(; )) le seul moyen , au contraire , de sauver tani )) d'àmes, c'est de confier le soui de les visiter aux » religieux qui sont établis dans ]cs> provinces liml- » trophes soumises aux Espagnols , et qui comw menceront cette sainte entreprise en envoyant » aux idolâtres d autres Indiens convertis dont ils » connaissent la fidélité , et qui ont l'expérience né- )) cessaire pour s'acquitterutilement de leur mission. » C'est ce que nous fîmes, les pères dominicains et » moi, dans le pays de (juaiimala , où nous conw vertîmes un si grand nombre d'habitans , cir- » constance ignorée du révé|Ênd docteur , et sans » ([uc la paix générale y fut un instant troublée ; » avantage qui valut à ce pays l'honneur d'èlre 0 nommé la province de la Vera-Pax par Sa Majesté )i le roi d'Espagne. Cette contrée avait une po[)u- )) ialion irritée contre les Espagnols, et toujours prèle )) à les combattre, parce qu'elle se souvenait encore » de leurs injustes guerres. Le premier qui y pénétra » en ramenant la tranquillité ce fut le bienheureux V père Louis, qui fut tué par les Indiens dans la y> Floride, événement dont le docteur Sépulvéda
Ivij
» veut tirer parti dans la question présente ; mais
w cet accident ne prouve rien pour lui , parce que,
1) en supposant même quHls eussent massacré tous
)) les religieux de Saint-Dominique , et saint Paul
» lui-même , on n'eût pas été pour cela plus en
» droit qu'au pavavant de s'emparer par violence
» de leurs biens et de leurs personnes ; car dans
w le port où les pêcheurs le débarquèrent , malgré
» l'ordre qu'on leur avait donné de s'en éloigner ,
)) on avait vu descendre quatre armées de tyrans qui
)) y commirent des cruautés inouïes, et désolèrent
)) plus de mille lieues de territoire : aussi les In-
)) diens auront-ils un très juste sujet de guerre contre
)) les Espagnols, et même contre tous les chrétiens,
« jusqu'au jour du jugement. Comme ils n'avaient
» jamais connu les religieux, ils ne pouvaient savoir
» qu'ils avaient affaire à des hommes de bien , sur-
» tout lorsqu'ils les voyaients'avancer dans leur pays
» avec les mêmes hommes qui leur avaient fait tant
» de mal , portant comme eux une longue barbe cl
)) des habits semblables ; mangeant , buvant et
» riant ensemble comme des compagnons et des
» amis, et parlant tous la même langue. Silesma-
» telots avaient débarqué le père Louis (Cancer) au
)) point que nous avions indiqué, et que ce vénérable
T) missionnaire voyait devant lui, les Indiens nel'eus-
» sent point fiiassacré , car il paraît que les autres
)) religieux ses compagnons avaient dit à leur pilote
)) d'aborder plus bas ou dans quelque autre f)ro-
)) vince ; mais les matelots , sous prétexte d alh-r
)) auparavant faire provision d eau, voulurcntgagner
Iviij
)) l'île de Cuba , el débarquèrent ensuite à la Nou- » velle - Espagne où ce nialbeur devait arriver. » Torquemada rapporte un événement semblable arrivé à Yucatan. Las Casas le lit valoir dans ses mémoires à la cour d'Espagne (i).
Barthélemi fit plusieurs autres missions évangéliqnes dans différentes provinces de l'empne du Mexique.: ce fut alors qu'il acquit du père Andres de Olmos , religieux franciscain , un livre composé en langue mexicaine , et dont l'auteur était un Indien idolâtre; c'était un recued d'exliorialions adressées par une mère à sa lîlle pour l'engager à la pratique des vertus morales. Le père Jean de Torquemada dit, dans son Histoire de la Nouvelle -Espagne , qu'il lit l'acquisition de ce livre , et que ni Las Casas , ni Olmos , ni lui-même , ne purent jamais traduire exactement les métapbores dont l'aulcui s'était servi dans sa langue (2;.
Quelques auteurs ont écrit que Las Casas revint en Espagne en i53o.pour solliciter une ordonnance qui défendît de l'aire des esclaves dans le Pérou ; ils ajoutent qu'il obtint ce qu'il demandait , et même plusieurs autres dispositions favorables aux Indiens. Cependant François Pizarre, marquis de Charcas, n'entreprit rien contre le Pérou jusqueu i53i ; la loi qui défendait de faire des esclaves. était portée depuis longtemps , et ^plusieurs fois
(ij '1 orqiii luadii , Monarqnia imlian.i, loiiic j. lis, 19, cii. 1^ (2) Ibnl-, tome 2, liv. i3, chap. 36.
UL
j'cxéculioa en avait élé recoiuiiiaiidée , mais presque toujours inutilement ; les autres lois particulières relatives au Pérou ne parurent qu'en i554 , à l'époque du voyage de Hernand Pizarre en Espagne (i). Torqyemada prétend que le père Jean de Zumarraga , religieux de Saint - François et premier évoque de Mexico , an iva en Espagne en i532 , mais qu'avant d'y venir il avait écrit au roi , d'accord avec d'autres religieux , en faveur des Indiens , et demandé qu'il fùi déiendu de les donner comme esclaves , et que pendant ce temps-là les mêmes instances étaient faites auprès du gouuer- Jiemeni par réwêque de Chiapa , don Bart/iélemi de Las Casas y ce qui donna lieti à des lettres patentes de l'impératrice , qui furent signées en i55o; avant l'arrivée de l'évêque de Mexico (2).
Ce qu'il y a de certain, c'est que don Bartl)élemi était d(3 retour à Saint-Domingue, de son cinquième voyage en Espagne , dans l'année i553 , où la paix fut conclue avec le cacique Henri , qui avait soutenu la guerre contre les Espagnols pendant un grand nombre d'années pour venger les nombreuses injusdces dont les autorités de Saint-Domingue s étaient rendues coupables à l'égard de son peuple et de ses alliés. Las Casas , qui était son ancien ami , alla le voir , et lui donna de si bons conseds que la paix s'en suivit ; il mena ensuite ses Indiens dans la
(1) Heticia , cléc. "i , liv, 6, ch. lo.
(•-?) Torqucinada , Monaïqiiia infliatia, totn. 3, Ii\. io , tl». 3o.
ville de Azua, leur prêcha l'Evangile , en baj)ilsa une mullilude , leur dit la messe , les conitnunia, et les quitta après leur avoir fait promettre qu'ils ne se révolteraient plus , à moins qu'ils ne fussent attaqués de nouveau. Les auditeurs de l'audience royale de Saint-Domingue furent très méconlens de cette expédition de don Barlhélemi ; ils craignaient que l'affection qu'il avait pour les Indiens ne lui fit prendre des mesures contraires à leur système ,* il en fut vivement réprimandé ; mais sa réponse fut celle d'un héros par la franchise et la vérité qu'il y mit: lorsqu'on sut ce qui s'était passé , les magistrats parurent satisfaits de sa conduite, quoique honteux de l'avoir si durement traité (i).
Il est probable que ce fut peu de temps après l'époque dont il est question que Las Casas fit un voyage au rérou : des lois favorables à la liberté des Indiens avaient été publiées par le gouvernement espagnol , et les abus qui se commettaient dans celte partie de l'Amérique étaient si révoltans et rendaient les habitans si malheureux , que le zèle de Las Casas ne lui permetlail guère de rester tranquille dans lîle Espagnole. '
De relour du Pérou, il s'arièla à Mexico, en i5o6, avec l'autorisation expresse du roi pour prêcher l'Evangile dans la province de Nicaragua et les pays voisins , de concert avec l'évêque don Diègue Alvarez Osorio. Ce pavs avait alors pour i^ouverneur don Rodrigue de Contreras, qui se dis-
;i) Herrrin , cicc. 5, Ih. '> . (îi. 5.
posait à le parcourir avec une armée : don Barlhélenii s'y opposa de toutes ses forces, en déclarant que le roi n'avait chargé que lui de découvrir l'intérieur de ces terres, et d'y prêcher la foi. La manière vive et touchante dont Las Casas parlait des Indiens fit une impression profonde sur un grand nomhre de soldats de Contreras et sur d'aulres Espagnols, en sorte que ce général se vit bientôt presque seul. Les discussions furent vives, sérieuses et multipliées. Le gouverneur fit procéder à une instruction sommaire contre Las Casas pour prouver qu'il n'était qu'un artisan de troubles, et qu'il soulevait contre lui le peuple qu'il était chargé de gouverner. L'évêque qui avait entrepris de concilier les esprits mourut sur ces entrefaites , et le gouverneur profita de cette circonstance pour exécuter son premier dessein , en parcourant le pays avec cinquante hommes, qui ne devaient faire néanmoins que ce qui leur serait commandé ; mais , comme il leur était défendu de piller et d'emmener des esclaves , le voyage de Contreras n'eut presque aucun succès. 11 écrivit au roi contre I^as Casas, et le dénonça comme un séditieux et vm homme turbulent qui semait partout la division ; mais notre courageux missionnaire , que son zèle pour la cause des Indiens rendait insensible à tous les genres de peine et de contretemps , partit sur le champ pour l'Espagne avec l'intention de dire la vérité au roi et de procurer la liberté aux Indiens, ses enfans adoptifs (i).
'i \ Hm-rva , c!c.'. 'ï, iiv. i . i-li. 8.
Ixij
Je ne trouve rien (raiulieiillque sur l'époque ou Las Casas relourna pour la sixième fois en Amérique; mais il est probable que ce fut en lÔSy , lorsque Pèdre Anzures de Camporredondo partit de la péninsule avec des dépêcbes du roi dont l'objet était de faire rendre la liberté aux Indiens du Pérou et de la Nouvelle -Espagne, et d'établir de nouvelles mesures pour les progrès de la religion et la sûreté des missionnaire (i).
En i536 Las Casas contribua aussi puissamment au voyage que fit à Rome le père Bernardin de Mina va, prievir du couvent des dominicains de Saint-Domingue, pour détruire dans l'esprit du pape les impression s lâcheuses que la malveillance des conquérans et des commandeurs V avait faites, en persuadant à Sa Sainteté que l'esprit des Indiens était incapable de concevoir et d'embrasser le christianisme , et qu'on pouvait les comparer à des animaux et les employer aux mêmes usages sous le nom (ïescîaues. Ce voyage eut des conséquences extrêmement importantes pour le bien de la religion et le gouvernement du pays : le pape Paul III expédia pour les affaires des Indes différentes bulles ; une entre autres , du premier juin 1557, sur quelques articles de liturgie et de discipline , relatifs à l'administration des sacremens et à l'accomplissement des préceptes ecclésiastiques ; une seconde du 9 du même mois et de la même année, dans laquelle le souverain pontife s'exprimait
(1) l/rnrid ']•'<■. 0 . Ii\. :'. , <li. i i.
Ixti]
ainsi : (( Quelques ministres du démon, poussés par » le désir effréné de satisfaire leur avarice et leurs » injustes passions , osent affirmer chaque jour que » les Indiens orientaux et occidentaux , et d'autres » nations dont il nous a été parlé dans ces derniers y) temps, doivent être traités et assujettis au service )) des Européens comme des animaux et des brutes, )) et ne craignent pas de dire qu'ils sont incapables « de recevoir et de professer notre sainte religion ; )) en sorte qu'après les avoir réduits à la plusaffreuse )) servitude ils les tourmentent et les oppriment au » point que le mal qu'ils font éprouver à leurs bêtes » de somme est peitt-étre moindre que celui dont )) ds accablent ces maliieureuses créatures. Nous , » qui, quoique iudigne , o^^cupons la place de M Dieu sur la terre , et employons tous les moyens w qui sont en notre {)Ouvoir pour trouver les brebis » qui sont éloignées de leur troupeau , afin de les y )) ramener, et d'accomplir le devoir qui nous a été )) imposé; instruit que les Indiens, par leur qualité )) d'hommes véritables, non seulement sont en état » d'embrasser la foi en Jésus-Christ , mais qu'ils la » reçoivent en effet avec le plus grand empressc- )) ment , et voulant remédier aux abus qui nous ont » clé dénoncés , en vertu de notre autorité aposto- » lique, nous déterminons et déclarons, parle con- « tenu des présentes lettres , que lesdils Indiens et yy tous l^s autres peuples qui viendront plus lard à la » connaissance des chrétiens, quoiqu'ils ne con- )) naissent pomt la loi en Jésus-Christ , ne sont ni )) ne doivent élre poiu" cela privé- de leur liberlé ni
» de Ja liberté de leurs biens, ou réduits en servitude; » mais que c'est par le moyen de la prédication de » l'Evangile et par l'exemple d'une vie remplie de » vertus qu'il faut les attirer et les engager à rece - )) voir notre sainte religion : nous ordonnons en )) conséquence que tout ce qui sera contraire à la » présente résolution soit considéré comme nul et >y de nul effet. » (i)
Lorsque don Barthélemi retourna pour la sixième fois en Amérique , en iSSy , il se rendit à Mexico, auprès du vice-roi Mendoza (Antoine) , avec qui il se lia de la plus étroite amitié , parce qu il l'avait trouvé constamment disposé à préférer les moyens de la douceur et de la bienveillance pour convertir les Indiens , aux exécutions militaires que tant d'autres chefs avaient employées. Ils convinrent en i ôSg d envoyer le père Marc le Niza , commissaire général des franciscains , découvrir de nouvelles terres, et prêcher la foi dans le pays de Cibola et les contrées voisines. Cette expédition toute pacifique donna lieu plus tard à celles de François Velazquez de Comado , gouverneur de la Nouvelle-Galice , et de Hernand de Alarcon , le long du fleuve de Buena-Guia (2).
L accord parfait qui régnait entre les vues de Mendoza et celles de Las Casas avait assuré le succès de plusieurs incursions pacifiques que don Barihé-
(1) Torquemada , Monarquia indiana , tome 3, liv. 16, ch. y et af)". (3) Heirern , di-c. 6 , liv. 7, cli. 7 cf snivans.
lemi avait déjà faites dans diflérentes provinces , par ordre de ce gouverneur , avec Rodrigue de Andrade et trois autres religieux dominicains. Aussi , lorsqu'en i555 l'adelanlado don Pèdre de Alvarado fut arrivé à Guatimala , et y eut commencé les préparatifs d'une expédition militaire pour le même pays , l'évéque de Guatimala en éprouva le plus grand chagrin , ainsi que les religieux missionnaires ; et don Barihélemi fut engagé à venir en Espagne supplier le roi , au nom des évêques d'Amérique , qu'il fût envoyé dans les Indes un plus grand nombre de religieux ; que les anciennes ordonnances relatives aux Indiens fussent renouvelées, particulièrement celles qui enjoignaient aux gouverneurs et aux vice-rois d'employer des prêtres à la découverte des nouveaux pays , et enfin de décréter d'autres mesures que la situation actuelle de l'Amérique rendait indispensables (i).
Notre infatigable voyageur arriva en effet dans la péninsule avec le père Rodrigue Andrade , en l539 , et quoique Charles V ne fût pas. alors dans le royaume, les deux religieux furent bien accueillis par le conseil. Ils semèrent alors les idées qui, trois ans plus tard , firent établir le meilleur système qu'on eût encore imaginé pour le gouvernement des Indiens , et qui aurait entièrement changé dès l'année 1 543 la situation des Indes si les in-
(i) llerrera , iilii siiprà.
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1 entions du prince ensseni été fifièlenienl exécutées: alors aussi de nouvelles inslruciions , toutes favorabJesaux Américains , furenl envoyées au vice roi du Mexique el aux gouverneiu'S des provinces. On peut en lue le lexle dans 1 liisiorlen Herrera.
Pendant que Las Casas attendait en Espagne le retour de l'empereur , il y composa plusieurs ouvrages relatifs à la situation des Indes* en voici les principaux:
1 . Traité su?- le gouvernement que les rois d'Espagne doivent adopter à Végard des Indes , dans lequel on indique le seul moyen légitime d*y convertir tous les hommes qui ne sojit pas chrétiens. L'auteur publia le même ouvrage en latin , sous le titre T)e nnico lyocationis modo. 11 paraît que cet opuscule n'était coniposé que de soixantetrois feuillets.
2. De la manière légale et chrétienne dont les rois d' Espagne peuvent faire entrer et étendre leur domination dans le pays des Indes. Celui-ci , de soixante feuillets , n'a jamais été imprimé ; mais on en trouve Tesprit dans le huitième jnoyen que nous avons inséré dans cet ouvrage.
3. De la propagation de l'Evangile. Cet écrit ne fut pas impnmé ; mais l'auteur en a reproduit les principes dans tous ceux qu'il publia : on peut les ramènera cette idée fondamentale^ qne la prédication delà parole de Dien doit se faire d'une manière pacifique et sans soldats.
4. Traité sur la puissance des rois , où Von examine si les princes ont le droit de séparer du
Ixvij corps de la monarchie les villes et leurs habita ns pour les donner comme vassaux d des particuliers oupourcn disposer d'une autre manière. Q.aionyvAi'e 1res imporlant fut composé en lalin : j'en ai inséré la traduclionlVançaise clans ce recueil. Don Thomas ïamayô de Vargasen a fait le plus qrand éloge : il est à peine connu en Espaj^neel en France.
5. Traité des trésors. \\ comprend cent quatrevingt-douze feuillets, et est écrit en lalin. Je n'ai pu )ne le procurer; mais je pense que l'auteur y traite de l'or et des autres objets qui furent tiouvés dans plusieiu's tonjbeanx d'Indiens. On trouve dans Hei- )"era dilHerens détails sur ce sujcM.
G. En i54i il commejiça à Valence, et lînlt le 8 décembre lS/^^ , sa Relation très abrégée de la destruction des Indes , donl il présenta la méjne année le manuscrit à Cbarles-Qiiint , et en i 47 au prince des Asluries , Philippe, gouverneur du royaume pendant l'abscpce de son père, avec im appendix qu'il y ajouia pour (conclusion , et qu'il avait composé l'année précédente, 1 5./JÔ. II le fit imprimer à Sévillcen i552 , aHu que le prince que je viens de nonnner, et qui régnait alors sous le nom »le l^blllppe II , put en prciulre connaissance une seconde fois.
En i542 l'enqiercur et roi assista au conseil où Las Casas eut la liberté de faire connaître la situation des Indes ; il lut son ouvrage, convoqua à Valladolid mie assemblét d'évéques, de conseillers, de savans, de jurisconsultes et de tb('ologlciis, qui porlèrenl un jugem/nt lavoiable du Mémoire de doji liarlhélemi,
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et proposèrent au piince d'excellentes dispositions, dont le vénérable défenseur des Indiens avait fourni les principales bases. Charles V les signa comme ordonnances , à Barcelonne , et les fit publier à IMadrid dans le mois de novembre i545 : on en trouve l'extrait dans les Décades de Herrera (i).
Ce fut cette année que l'empereur ordonna luimême à don Bartliélemi d'exposer son sentiment sur les moyens qu'il jugeait les plus propres à établir un bon gouvernement dans les Indes. Las Casas obéit à l'ordre de son prince en présentant un traité qui existe encore dans les archives du conseil des Indes , et qu^d intitula : Remèdes pour les maux qui ont été commis dans les Indes. L'auteur ne fit imprimer que le huitième des moyens qu'il proposait , parce qu'il était la base et la condition sine quâ non de tous les autres ; il y établissait comme indispensable la suppression de l'esclavage et de la domesticité des Indiens , à quelque titre et sous quelque condition qu'ils eussent été établis , et demandait qu'ils fussent reconnus libres , indépendans , propriétaires tels qu'autrefois , et protégés par les tribunaux , par les alcades et les gouverneurs , comme les Espagnols eux-mêmes. Quoique les membres de cette assemblée n'adoptassent pas toutes les propositions de Las Casas , ils tirèrent parti de son ouvrage pour
Ci) La$ Catas , conclusion du premier Mémoire inséré dans re renieil. — Herrera , déc. ~ . liv. 6 , cli. 5.
rédiger des lois utiles qui eurent l'approbation du monarque , mais qui ne furent jamais complètement exécutées.
Ce fut à peu près vers le même temps qu'une révolte éclata parmi les Indiens de Taîisco, aujourd'hui \di Nouvelle- Galice . Le vice-roi du Mexique , don Antoine de Mendoza, parvint à l'apaiser les armes à la main, et il aurait pu, d'après certains articles des instructions qu'il avait reçues, faire sabir aux vaincus la condition d'esclaves, etles vendre comme tels; mais il jugea plus convenable aux intérêts duroi d'accorder une amnistie générale, et se contenta d'employer pendant celte campagne les Indiens à transporter les bagages de son armée d'une province à l'autre, et lorsqu'elle fut terminée il les renvoya dans leurs maisons (i). Las Casas, ami des Indiens plus encore que de Mendoza , ayant connu en Espagne les détails de cet événement, se lia la de publier un nouveau Traité sur la question de savoir s'il était à propos de réduire à la condition d'esclaves les Indiens de la seconde conquête de Talisco , ordonnée par don Antoine Mendoza , uice-roi de la Nouvelle-Espagne , en i54i.
Las Casas fît la plus vive impression sur l'esprit de Cliarles-Quint. Ce prince ne douta plus que les Indiens ne fussent les tristes victimes de 1 avarice et de la cruauté des Espagnols ; il ordonna au conseil
(ly Ucrieru, <itc. 7 , liv. 5, ch. i el suiyanj.
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des Indes de Hure une enquête sur la eonduile des employés du gouvernement dans les Indes : celte mesure fit connaître un grand nombre de coupables dont les uns furent destitués , et les autres soumis à des amendes. Le licencié Micliel Diaz de Armendariz se rendit en Amérique avec une commission pour surveiller la mise en activité des nouvelles ordonnances. D'autres résolutions furent prises pour assurer aux Indiens inie solide protection contre la violence de leurs anciens tyrans, et ce nouveau bienfait fut encore l'ouvrage de leur infatigable ami , dont les efforts avaient été partagés par quelques autres religieux de Saint-Dominique.
Les vastes contrées du Pérou s'étaient déjà soumises aux armes de Pizarre, d'Almagro et de leurs compagnons ; mais ces conquérans avaient fait de leurs conquêtes le tbéâtre de la guerre civile , et il n'y avait encore qu'un évêque, dont le siège était dans la ville des rois de Lima, Le gouvernement résolut d'en établir un autre à Cuzco. L'empereur , qui voulait récompenser les vertus et les services de don Bardiélemi , le nomma premier évêque de Cuzco. L'élu du monarque n'ignorait pas qu'il était appelé à occuper un des évêcbés les plus riclies du Nouveau-Monde par sa vaste étendue et par les ressources qu'offrait son territoire ; mais ce fut précisément cette considération qui l'empêcha d'accepter , et le père Jean de Solano fut choisi pour le remplacer (ij.
(i) Heneta , clcc 7 , liv 6, ch. 9.
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Le t;ouvememeiil , qui avait un système arrêté pour l'établissement des évèches dans les pays qui seraient découverts et soumis , jugea à propos d'en fonder un dans la province de Chiapa , dépendante de la Nouvelle-Espagne , quoique ce fut uu pays pauvre , sans métaux , sans perles , sans commerce , en un mot tellement dépourvu qu'on fut obligé de prendre sur les revenus du fisc de quoi fournir aux besoins et à l'entretien de l'évêque. Il n'était pas facile de rencontrer beaucoup de sujets prêts à accepter une mitre aussi j)auvre , pendant que d'un autre côté les travaux de l'instruction cbrétienne devaient être si pénibles et les dangers si éminens pour un évéque après les cruautés que les Espagnols avaient exercées sur les peuples qu'il s'agissait de convertir. En i544 don Bartbélemi avait soixante et dix ans, et cependant, l'empereur lui ayant demandé s'il voulait être évêque de Chiapa , il répondit que cette proposition lui était agréable ; car il voulait prouver que , s'il avait refusé le siège de Cuzco l'année précédente , ce n'était ni la crainte d'un nouveau voyage ni les peines des travaux apostoliques qui avaient motivé son refus.
Le religieux franciscain Jean de Torquemada s'exprime sur le compte de Las Casas d'une manière qui mérite d'être connue (i) : « L'évêché de » Chiapa eut pour premier évêque don Bartbélemi
(i) Torquemada , Monarf(tiia iiuliana, tom. 3 , liv. u), cli.ip. 3a. - Henif.sal , Hist. tUl obispartn (\v Chiapa . liv. ^, rh. t3.
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p de Las Casas, religieux dominicain , à qui tous les )) Indiens el même les royaumes et les provinces » des Indes ont les plus grandes obligations pour » avoir été leur prolecteur infatigable auprès de nos » souverams pendant un grand nombre d'années , )) et avec des peines infinies. ))
Don Bartliélemi fit son septième et dernier voyage en Amérique en i544« Il visita en arrivant le diocèse dont il s'était cbargé, sans que son âge avancé fît rien perdre au zèle et à l'activité qu'il avait montrés pendant sa vie entière. L'idée qu'il ne cessa d'inculquer aux Espagnols dans tous ses sermons fut que ceux '^ d'entre eux qui possédaient des Indiens comme esclaves , même après les avoir achetés , étaient I obligés de leur rendre la liberté sous peine de péché mortel , et qu'on ne pouvait ni ne devait leur donner l'absolution s'ils n'accomplissaient ce devoir avant de se confesser. Cette doctrine lui fit un grand nombre d'ennemis parmi ceux qu'elle obligeait à des actes de restitution ; mais comme son âme était inaccessible à la crainte , loin de se laisser intimider , il composa et fit distribuer dans son diocèse un opuscule intitulé : Confesonario , on u4vis aux confesseurs de féçéché de Chiapa , dans lequel il recommandait aux directeurs des consciences de demander à chaque pénitent s^il avait des Indiens esclaves , et de refuser l'absolution à celui qui en J aurait jusqu'à ce qu''il les eût rendus libres , parce " qu'il ne pouvait les garder légitimement, attendu que les vendeurs les avaient enlevés, ou acquis de possesseurs injustes, en sorte que la mise en liberté
pouvait seule faire cesser le vice radical d'une telle acquisition..
La doctrine de l'évêque de Chiapa fui bientôt connue dans toute la Nouvelle-Espagne, et comme elle y rencontrait de nombreux et de puissans adversaires , on chercha des théologiens et des jurisconsultes qui voulussent la combatlre. Celui qui s'en occupa plus particulièrement que les autres ce fut le docteur don Barthélemi Frias Albornoz, natif de Talavera de la Reina, et professeur de droit à Mexico; il composa im Traité de la conversion et de la conquête des Indiens, lequel fut condamné parles inquisiteurs de Mexico (i), suivant l'historien Davila-Padilla , de l'ordre de Saint-Dominique.
L'empereur avait ordonné en 1 543 à tous les évêques de la Nouvelle-Espagne de se réunir à Mexico afin de s'occuper des mesures à prendre pour le gouvernement spirituel de leurs diocèses(2). Cette assemblée examina l'ouvrage de Las Casas, qui était présent, et qui en soutint la doctrine et la règle avec la plus grande vigueur. Cette réunion d'évcques mexicains n'est pas comptée parmi les conciles espagnols, parce que la convocation n'en fut pas faite d'après les règles canoniques, et que ses actes ne furent point soumis à l'approbation de la cour de Rome ; cependant elle n'en fut pas moins un véritable concile par le
(i) Davila-Padilla , Historla de los fiailcs dominiros de Mtxiro, liv. I , ch. io3.
(2) Ilencra, dcc. 7, !iv. G. rli. 7.
caraclère de sej luembros et [)ai" la nature mènie des objets qu'on y discuta.
Les délibérations des évèques (hi Nouveau-Monde n'ayant pas ou un résultat décisif, Las Casas envoya au suprême conseil des Indes son Avis aux confesseurs. Cet ouvrage fut examiné et approuvé par six maîtres en tbéologie , les plus savans et lc& plus respectables qu'il y eût alors dans l'ordre de Saint-Dominique, savoir : le maître Galindo , professeur de théologie au collège de Saint- Grégoire de Valladolid; le père Barthélemi Carranzade Miranda, qui fui confesseur du prince des Âsturies ( couronné ensuite sous le nom de Philippe II), archevêque de Tolède et primat des Espagnes ; le père Melchior Cano , nommé bientôt après évèque de Canarie ; le père Mancio de Crislo , professeur de théologie à Alcala de Henarès ; le père Pèdre de Sotomayor, confesseur de Charles-Quint, et le père François de San Pablo, directeur du collège de Valladolid dont j'ai parlé plus haut (i).
Les ennemis de Las Casas étaient nombreux et très ouissans , parce que ses principes offraient la critique la plus juste et la plus sévère du système de concussion et de tvrannic qui enrichissait un si grand nombre d'Espagnols. On en vit plusieurs exciter des émeutes populaires jusque dans la ville de Chiapa, et dénoncer même au roi la personne de l'évèque comme traître , parjure et infidèle. Ils
(i) las Citifti , r.ontioTcrsia oon SepuiveHa , f.».' réplique