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l'accusèrent de prêcher et d'écrire que Sa Majesté manquait de litre légitime pour (aire occuper et retenir sous sa puissance les royaumes dont ses sujets s'étaientemparés en Amérique, et ils assuraient qu'en propageant cette doctrine il préparait des révoltes et des malhenrs incalculables, (letle imputation, qui tendait à perdre don Bartliélemi flans l'esprit de l'empereur et du piance Philippe son fils , gouverneur du royaume pendant son absence , n'était qu'une infâme calomnie , puisqu'on voyait clairement par tous ses mémoires qu'il ne refusait point au roi d'Espagne le droit d'acquérir et de conserver la souveraineté des terres de l'Amérique , mais seulement celui de s'en rendre maître à main armée et d'y répandre le sang. Il avait dit au prince plusieurs années auparavant , en lui présentant la Belation de la destruction des Indes : « Témoin de tant de )) maux , très puissant Prince, et considérant les » perles inouies dont ils devaient être suivis dans )) ces vastes et nombreux royaumes , ou pour mieux » dire dans ce Nouveau-Monde des Indes , que » Dieu et son Eglise avaient concédé et confié » aux rois de Castille pour le gouverner , le con- » venir et assurer sa prospérité spirituelle et tem-
» porelle w (i)
Quoique les ouvrages publiés par don Bartliélemi fussent une apologie complète de sa conduite, cependant la distance où il se trouvait de la métro-
(i) Remesal, Hisf. Hrl obisp.iùo de Chiapa , !iv. 8, ih. 5.
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pôle Ht planer des soupçons sur sa léle ; en sorte qu'il fut décidé , malgré sa vieillesse , qu'on lui ordonnerait de venir rendre compte de sa doctrine et de sa conduite pastorale. Ce grand homme n'hésita pas un moment à obéir ; mais , craignant que son troupeau ne souffrît de son absence , à cause des événeniens qui pouvaient survenir pendant le voyage , il offrit sa démission , qui fut acceptée , et eut avant son départ la consolation de voir un religieux de son ordre, le père François Casillas , lui succéder, (i)
Don Barlhélemi arriva en Espagne en i547 , pour la septième et dernière fois ; il y arriva comme im accusé , conduit par les suppôts de la justice ; et telle était la récompense de quatorze voyages mariimies , d'une foule d'autres , exécutés pendant quarante-neuf ans, sans repos et sans interruption , dans des régions immenses , désertes , inconnues, brûlantes , au milieu du danger toujours imminent de tomber entre les mains des Caraïbes ou de porter la peine des cruautés que les conquérans et les commandeurs avaient commises. Souffrir et ne jamais jouir, telle paraît être la destinée de la vertu, de l'héroïsme et du vrai mérite. Colomb découvre le Nouveau-Monde , et Corjlès soumet le Mexique à son roi : l'un et l'autre sont persécutés par l'envie; ils meurent dans la disgrâce. Pizarre, qui a découvert et conquis le Pérou , périt malheureusement , et son
'i) Torqucmada , Monaïqtii.i in'Iiana, tom. 3 , liv. 19, ch. 32.
Ixsvij ti-ère Gonzale , compagnon de sa foriune , d'une manière honteuse. L'immortel Cervantes finit ses jours dans la pauvreté , et la haine le poursuit jusque dans la tombe, Le vénérable Las Casas , plus digne du nom de grand et de héros que tous ces Espagnols, devient martyr de la charité dans un âge où beaucoup d'honmies robustes ont déjà termmé leur carrière. Avouons cependant que la Providence console dès cette vie ce jnodèle des évêques ; elle ne permet })as qu'il succombe aux fatigues d'un long voyage , ni aux persécutions de ses ennemis : il va triojupher des attaques des médians qui ontjuré sa perte , et nous le venons jouir pendant vingt ans des victoires qu'il aura remportées sur eux dans les discussions politiques et religieuses.
Las Casas comparut devant le conseil des Indes, et répondit verbalement à tous les griefs qu'on avait préparés contre lui. Chargé d'expliquer par écrit sa doctrine, il s'engagea sur le champ à le faire, ef commença par VJpologie do la doctrine continue dans un petit livre ayant pour titre le Confeso- NARio , ou Avis aux confesseurs de repêché de Chiapa y mais , informé que le conseil demandait un mémoire peu étendu, ï\ suspendit la rédaction de son Apologie , et se contenta de présenter alors un traité fort succinct , en trente propositions qui contenaient la substance de la doctrine sur laquelle il fondait celle de son Avis aux confesseurs , etc. Il les fit imprimer à Séville en i552, avec ce titre fort étendu : « Ici sont contenues trente proposi- » tiens juridiques où l'on examine sommairement et
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)) tl iiik; manière succincle plusieurs points relatifs » au tlroit dont TE^^lise et les princes chrétiens )) jouissent on peuvent jonir sur les infidèles , de )) quelque espèce qu'on les suppose ; où l'on établit )) spécialement le véritable et très solide fondement )) du titre et de la jouissance suprême et universelle î) que les rois de Castille et de Léon possèdent sur » le pavs que nous nommons les Indes Occidentales; » litre par lequel ils sont (Hablis seigneurs univer- )) sels et empereurs sur un grand nombre de rois du )> même pavs; et enfin où l^on traite également » de plusieurs cho es arrivées dans ce ]\ouveau- » ?vIonde, d'une grande importance et dignes d'être » lues et connues. »
On voit par les trente propositions qui composeTil l'ouvrage deltas Casas, et qui forment l'essence <le sa doctrine , qu'il admettait comme un litre suffisant et pérenq^loire la bulle d'Alexandre VI , dont 1 objet , suivant lui, n'était pas de conférer aux rois (1 Espagne un droit direct de propriété , mais seulement de les autoriser à envoyer des prédicateurs aux babitans du Nouveau-Monde pour leur annoncer la religion chrétienne , et de les faire jouir ensuite, à titre de récompense , de la haute souveraineté sur les pavs qui auraient reçu le bienfait de la prédication évangélique. Toutefois celle concession n'était ni absolue ni sans restriction ; ainsi les souverains naturels devaient être maintenus, et les propriétés particulières respectées, et 1 on ne pouvait v envover d'armée ■^)^^\^y roiKpK'nr ]c. pavs ni pour eu s nniK'ttre les baliitans. On voit aussi que T^as f.asas
liiali (le la nirnie IjulJe la consétjtH'ncf cnio les rois r]'Esj)ai;ne avaient le droil tle recevoir la souveraineté injiJiédiale des provincescpiise sonnielt raient, voloiilairenient à leur gouvernenienl, après avoir été converties parles missionnaires, sans reconnaître né.a;juoins dans cjs princes la lacullé de les faiie attaquer à main armée en cas de résistance, allendvi que la bulle du pape ne l'accordait pas.
f jCS principes établis dans les trente prOj)osilions de Las Casas sont entacbés d'nllramontanisme , et reconnus aujourd'hui pour faux partons biS théologiens, les jurisconsultes, \m ])hilosophes et les publicisies qui respectent la saine critique , connue supposant dans le souverain pontife le pouvoir direct et li'injHjrel de dis[)Oser des trônes, des royaumes et descouionnes ; de donner les pays oii l'on professe ou dans lesquels on a ])roicssé autrefois la religion . chrétienne, dont le p;;pe est le prince et le chef; de faire envover ])ar les souverains des prédicateurs de rEvangile dans les contrées oti il n'a jamais en* annoncé , en leur oflrant la récompense lempor<Ole <lont il a été (juesiion , et enfin i\c dc'fendre à tons les autres d'employer ni force armée, ni agcns, ni missionnaires sur les points déjà conc<'dés parle pape, attendu que nul ne peut avoir de semblables vues sur des royaumes ou des provinces dont le souveram pontife a d(^ja disposé en laveur d'im auti'e.
(Cependant, quoique toute cette doctrine soit Irrs fuisse, et fonindiemont contraire à celle de Jésn^- Cl'.rist , qui n'a ni accordé ni voulu accorder à saint }*ierre, et encore moins à ses successeurs, aucun pou-
voir UMUporel , mais Jaisseï- les affaires de ce monde dans Findépendanceoù elles étaient lors de sa venue, il serait impossible d'y trouver le moindre sujet d'inculpation contre l'évêque de Chiapa , ni rien qui soit capable d'affaiblir l'opinion favorable que sa conduite et ses écrits nous donnent de son caractère. 11 est juste en effet de reconnaître que sa doctrine était celle de la plupart des catboliques de son temps , parce que la saine critique n'avait pas encore porté sa lumière sur ces objets , et que la cour de Rome conservait toujours cette prépondérance d'opinion qui, ne permettant pas de remonter aux véritables sources, imposait comme articles de foi toutes les décisions qui intéressaient sa politique.
Il n'est pas moins juste d'avoir égard à la position difficile où Las Casas se trouvait alors , et qui l'obligeait de défendre les doctrines de son siècle pour ne pas perdre le droit de refuser aux rois d'Espagne la faculté d'acquérir et de garder la souveraineté immédiate des vastes contrées de l'Amérique à titre de conquête et par la force des armes , afin de forcer son gouvernement d'en faire valoir une qui parût légitime , juste et suffisante ; or il n'était pas facile ni peut-être possible d'en trouver d'autre , si ce n'est dans l'obligation même qu'il imposait aux Indiens de reconnaître l'autorité du roi d'Espagne comme une conséquence naturelle de la prédication de l'Evangile que la bulle du pape avait ordonnée.
Le conseil des Indes fut très satisfait de la défense de Las Casas; mais ce grand bonmie avait tant
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Sepulveda envoya plusieurs copies manuscrites de son Traité aux universités de Salamanqueetd'Alcala, et à plusieurs personnes; et il écrivait dans la suite, à Pedre Serrano, que son écrit avait obtenu de grands éloges en Espagne , à Rome , et dans tout le monde cbrétien (i). 11 est néanmoins certain qu'il l'avait présenté au conseil des Indes sans pouvoir obtenir la permission de le f\»ire imprimer. Ce refus l'engagea à écrire à Cliarles-Quint , alors absent , pour lui demander que son ouvrage fût soumis au conseil de Castille : cette grâce lui fut accordée en i547 , au
(i) Scjmheda , cpist. gi et «ja.
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jrionient où Las Casas arrivait à Araiicla (Je Diicro , où la cour avait lait un voyage. Le conseil royal soumit l'écrit deSepulveJa à l'exanien des universités d'Alcala et de Salamanque , qui en portèrent un jugement si peu favorable que la défense de l'imprimer fut maintenue (i).
Sepulveda eut alors recours à Rome ; il y fit parvenir son Traité avec une apologie sous le litre de Second démocrate , pour la distinguer d un aulre écrit qu'il avait déjà composé et intitulé Le démocrate, ou De la légitimité de la profession militaire. Sepulveda avait pour ami dans la capitale du monde chrétien le célèbre Antonio de Aguslin , auditeur de Rote , qui fut successivement évëque de Lérida et archevêque de Tarragone ; ce fut par ses soins que l'ouvrage y fut imprimé en i55o. Charles- Quint en fit défendre l'introduction et la vente dans le rovaume (2} ; ce qui fut cause que 1 auteur en composa uu abrégé en langue espagnole, et ne négligea rien pour le répandre. Il fut accueilli avec empressement par tous les Espagnols qui étaient intéressés à voir triompher sa doctrine , soit pour jouir sans remords des richesses qu'ils avaient acquises ou qu'ils espéraient acquérir dans les guerres contre les Indiens, soit pour que leurs parens ou leurs anus qui en avaient amassé les possédassent tranquillement.
(i) Casas , Opuscule dr la ilispute avec Sepuhoda , dans l'avantpropos de l'oiivrage.
(2} Casas , n!)i siipià.
L'évèque Las Casas prévit le mal que pouvait faire l'écrit de Sepulveda à la cause des malheureux Indiens s'il le laissait sans réponse. 11 se crut donc obligé d'en combattre la doctrine dans un nouveau traité , conforme pour les principes à son Apologie de l'Avis aux confesseurs de ï évèché de Chiapa. Les mémoires des deux antagonistes excitèrent une sorte de fermentation dans la capitale , où ils étaient devenus le sujet des conversations de toutes les sociétés . A la cour les opinions se divisèrent , les uns approuvant le syslèrae de Sepulveda , et les autres celui de don Barthélemi. La discussion ayant pour objet un des points les plus imporlans de la morale chrétienne , l'empereur convoqua à Valladolid, en i55o, une assemblée de prélats , de théologiens et de jurisconsultes ; on y discuta, en présence du conseil des Indes , la question de savoir s'il était permis ou non de faire la guerre aux Indiens pour conquépr leur pays, dans le cas où ils ne voudraient point admettre la religion chrétienne ni se soumettre volontairement aux rois de Castille , après en avoir reçu la sommation.
Le conseil manda le docteur Sepulveda , et lui ordonna , au nom du roi , d'exposer les fondemens de son opinion : l'auteur le fit ; et Las Casas ayant été ensuite appelé pour faire connaître la sienne , il lut son Apologie dans cinq séances. Celte respectable assemblée chargea le père Dominiijue de Soto , confesseur de Charles-Quint , et l'un de ses membres, de présenter le sommaire des principnles raisons des deux adversaires , et d'en cnvover des copies à ceux
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qui avaient droit de voter dans ce «^land conseil , afin de les mettre en étal de délibérer et de prononcer. Ceci n'empêcha pas Sepulveda de publier des objections contre les raisons exposées par don Barthélemi dans son Apologie. Celle nouvelle attaque obligea l'évêque de Chiapa de composer un nouvel écrit sous le litre de Répliques : il s'était proposé de donner en dernière analise une idée précise de la seule manière dont 11 croyait qu'il était permis de s'empgrer des provinces du Nouveau-Monde ; il voulait a que des religieux entrassent dans ce pays pour y » prêcher l'Evangile , et qu'ils y fussent reçus volon- )) tairement , parce qu'ils s'occuperaient de rendre » la religion aimable aux habitans , et les dispose- » raient à reconnaître la souveraineté des rois de h Castille sans préjudice de la liberté et de la )) propriété des Indiens , conformément à la bulle 1) du pape Paul III, qui avait expliqué le seul et vé- » ritable sens de celle d'Alexandre VI ; e^, si les » Indiens ne voulaient pas recevoir volontairement » les religieux, la seule chose qui lui parût permise, » d'après les facultés accordées par le souverain » pontife , c'était d'élever des forteresses dans les » pays qu'on aurait déjà soumis et pacifiés , et qui » seraient voisins d'autres provinces encore in- » dépendantes , afin de se mettre par là en relation )) de comliierce et d'amitié avec leurs habitans , à » qui l'on parviendrait avec le temps à inspirer » assez de confiance pour que les religieux péné- » trassent sans obstacle au milieu d'eux , et leur )) fissent aimer par la .prédication de l'Evangile et
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n par leui- bonne conduite l'aulonié du loi d'Es- )) pagne, à laquelle ils ne tarderaient pas à se sou- » mettre. »
Le conseil des Indes reconnut , pendant celle longue et vive discussion , qu'on avait faussement imputé à don Barlhélemi d'avoir dit que les rois de Castille ne pouvaient fonder sur rien leur prétention à la souveraineté des royaumes du Nouveau-Monde, puisqu'il s'était toujours borné à établir , comme il venait de le faire dans l'assemblée, que les rois d'Espagne étaient sans titre pour en entreprendre la conquête par la voie des armes, puisqu'ils n'avaient à se plaindre d'aucune hostilité de la part des Indiens , et que la bulle du pape ne les autorisait à établir leur autorité dans les Indes qu'à la suite de 1 introduction pacifique du christianisme au milieu de ces contrées, et avec le consentement libre et volontaire des habitans , obtenu par une conduite franche et pleine de bienveillance.
Les lumières que le conseil des Indes venait d'acquérir sur le compte de Las Casas dissipèrent entièrement les préventions qui s'étaient formées dans l'esprit de ses membres sur les sentimens cfe ce vénérable évéque; il voulut lui donner un témoignage de son estime en le consultant sur l'espèce de gouvernement qui conviendrait le mieux à ceux des Indiens qu'on regardait encore comme esclaves , «•'est à dire, à ceux qui l'étaient devenus avant l'abolition de ce système, et qui n'étaient point Caraïbes ; à ceux qu'on avait asservis comme appartenant à celte lacc quoiqu'ils n'en fussent pas , cl ouflii aux
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vérilables Caraïbes , wjais auxtjuels il paraîtrail néanmoins juste de rendre la liberté. Las Casas composa alors son petit Traité suj' In liberté (hs Indiens ijui xont encore esclaves , et il le fit imprimer à Séville en i552. L'auteur y annonce qu'il l'a écrit par ordre du suprême conseil des Indes : je l'ai inséré dans ce recueil.
Quoique l'objet des conférences fut terminé , Las Casas ne perdit pas de vue le sort des Indiens, qui occupait encore toute son attention à 1 âge de soixante-seize ans ; son esprit avait autant de vigueur et d'activité qu'à l'âge de quarante ans , et il l'eniplova à faire l'histoire de ce qui s'était passé de son temps , afin que ces détails fussent utiles à la cause des Indiens si jamais de semblables discussions venaient à se renouveler. Déjà , à la suite de ses plaintes et de ses réclamations, Cbarles-Quint avait décrété l'abolition de l'esclavage , diminué le nombre des commanderies , restreint l'autorité des commandeurs , adouci les cbarges des Indiens , augmenté leurs droits 5 et avait ordonné aux autorités de protéger les opprimés., ('es dispositions avaient opéré un changement notable dans l'état des Indiens, et Las Casas s'en applaudissait comme .d'une grande victoire ; il vovait les Indiens et les Espagnols déjà égaux devant la loi , et près de l'être dans le fait si quelque âme courageuse voulait marcher sur ses traces: tels furent le motif et loi )jet des ouvrages suivans :
1". Sommaire de ce que le docteur Sepuheda a écrit contre les Indiens y quatre - \ingt- quatorze
Ixxxvi] feuiiJels.Cel ouvrage, et presque tous lebiiinnuscriti inédits deraulcur, sont conservés dans la bibliothèque du collège de Saint-Grégoire de Valladolid : c'est ce que Kemesal nous apprend dans son ///s^o/re de la proi^i/ice et de Vévêché de Chiapa ; mais Gil Gonzales-Davila croit que Phdippe II le fit déposer en 1598 dans la bibliothèque royale de l'Escurlal. ( Teatro de la iglesia de Chiapa. )
2«. Discussions de Cèvêque de Chiapa avecVévéquedu Uai'ienet le docteur Sepulveda ^ cent quatrevingt-quatre feuillels en douze cahiers. Les deux parties qui forment la division de cet écrit prouvent «^le la njanière la plus claire la différence essentielle qu'il y avait entre les Indiens de l'année i5i7 , époque de la dispute entre don Barthélemi et l'évèque du Darien , et ceux de l'année l55o, qui lurent le sujet de la discussion qui s'engagea entre notre auteur et Sepulveda.
5". Traité de V obligation où sont les chrétiens de porter secours aux Indiens et de les secourir ; gros manuscrit de la bibliothèque du couvent des pères dominicains de laviile de Mexico. (Voir Davda Padilla dans son Histoire de la province de l'ordre de saint Dominique du Mexique. )
4°. Histoire générale des Indes , ou Histoire apologétique abrégée des qualités , de la disposition , de la description , du ciel et du sol des terres de l'Amérique , et de ses avantages naturels et politiques y des républiques, des mœurs et des coutumes des peuples des Indes Occidentales et Mcridiontdes , dont la souveraineté appartient au roi
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d'Espagne , huit cent trente feuillets en trois volumes. INicolas de Antonio , à l'article de Las Casas , son compatriote , dit que ce manuscrit faisait partie de la collection littéraire de don Pèdre de Guzman , comte de Villaunbrosa , président du conseil de Castille. Herrera en a tiré le plus grand parti , surtout pour les deux premières Décades de son Histoire ^'énérale des Indes.
5". Lettre sur Vétat actuel des Indiens , adressée au père Bartbélemi Carranza de Miranda , résidant à Londres ; autre pièce inédile que je publie , après en avoir pris copie dans la bibliothèque royale de France, sur le manuscrit n° jo, 556, pièce 3 , in-4:° espagnol , semblable au format in-S" français ; relié en parchemin espagnol, et composé de cent trente-quatre feuillets de papier du même pays : il est d'une seule main , et d'une bonne écriture espagnole, petite bâtarde allongée, de la fin du 17' siècle. Ce volume contient deux ouvrages différens : le premierest composé des quatre-vingt-seize premiers ieuillels; j'en parlerai un peu plus loin; le second commence au quatre-vingt-dix-huitième feuillet, et remplit le reste du manuscrit; cV-st la lettre même dont je viens de parler, et qui fut écrite en i555.
PhiUppe II , déjà roi de Naples, de Sicile et de Sardaigne, partit pour l'Angleterre le 1 1 juillet i554, avec le projet d'y épouser en secondes noces sa tante Marie, reine de ce pays. 11 voulut y être accompagné de plusieurs grands théologiens, parmi lesquels nous trouvons son confesseur Carranza de Miranda , provincial des pères dominicains du
loyaiuiie d'Espagne, el qui fut dans la suite archevêque de Tolède. Ce savant religieux avait donné à Las Casas plusieurs témoignages de confiance et d'amitié, surtout en approuvant son Confesonario au milieu même de l'orage que les conquérans , les commandeurs et leurs parens avaient excité contre lui par le moyen de Sepulveda. Carranza exerçait une grande influence sur l'esprit de Philippe : d'un autre côté , quoique la princesse Jeanne d'Autriche fût alors maîtresse du gouvernement d'Espagne, Las Casas n'ignorait pas qu'elle ne s'écartait jamais des plans qui lui étaient tracés par son père Charles-Quint et par son frère le prince Philippe ; ce fut ce qui l'engagea à écrire en i555 à Carranza la lettre qui fait l'objet de cet article, et dans laquelle il rendait compte de la situation présente des Indiens , et lui communiquait les idées qu'il était important de suggérer à ce prince pour les défendre avec succès contre leurs oppresseurs. Il n'était question de rien moins dans ce temps-là que de rendre les commanderies perpétuelles , el il paraît que c'était à Londres et à Bruxelles que la question allait se décider. Don Barihélemi voulait empêcher qu'il ne fût pris à cet égard aucune résolution tant que le prince serait éloigné du royaume. C'est ainsi que Las Casas 'ne passait pas un seul jour à Valladolid sans être utile à la cause des Indiens. La cour étant revenue à Madrid en i562 , il n'hésita pas un moment à quitter son heureuse retraite , malgré son âge très avancé , pour être sans cesse à portée de plaider [)our les hahitans de l'A-
niërique, dont il s'était dc{)uis si longtemps déc'.arc l'agent et le protecteur général , et il est permis de croire que chaque effort qu'il lit pour cela fut un service de plus rendu à cette race, si indignement persécutée, puisqu'il est certain par l'histoire que les ressentiniens cessèrent et que la condition des Indiens en devint plus supportable. Comment les conseillers et les ministres du roi auraient-ils pu voir avec indifférence tant de vertns dans un prélat vénérable dont le zèle était à la fois si ardent et si désintéressé?
Las Casas, parvenu à sa quatre-vingt-dixième année , voulut rendre un service devoir àrimmanité ; il entreprit un nouveau mémoire en faveur des naturels du Pérou. J'en ai pris une copie sur le manuscrit de la bibliotbèque rovale de Paris dont j'ai déjà parlé, et où il remplit les quatre-vingtseize premiers feuillets du volume. L auteur dit dans le vingt-troisième qu'il l'écrit à Madrid, et dans le trente - cinquième que c'est en janvier i56i'. M. Grégoire, ancien évéque de Blois , a connu ce précieux manuscrit , et il en parle dans son Apolologie de Las Casas, lue à l'Institut de France, mais sans le lui attribuer autrement que par conjeclure. Je l'ai inséré dans la collection que je publie comme pièce imporlanie ptjur l'iiistoire ; et , après l'avoir particulièrement examiné , je ne doute pas qu'il ne soit de don Bartbélemi : ce sont les mêmes opinions et les mêmes idées que les siennes ; il y a identité dr.ns le plaîi , dans 'a (l^^ Isioii , dans le style, et dans l'usage où est rautcuf de chari^rr son texte espagnol