‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 2)Chapitre 37 sur 62 · POUR FIN DE LIVRE · texte numérisé non relu

POUR FIN DE LIVRE

0 très-clirestien roy des Frans, très-noble et très-excellent roy Charles , que tant ont vu hommes en affliction dure, tant circui à tous lez d'impugnation ennemie, qui conduit toutesvoies tousjours et non relenqui de la main de Dieu, as vaincu tout et suppédité par vertu, as triumphé sur la moqueresse fortune en constance, et tirant fruit de ton vertueux persévérer en labeur , es monté glorieux et tout sage en la sublimité de la roue , là où te regarde par admiration confuse celle qui te soloit faire la moue jadis, en desrision costumière! 0 très-glorieux roy doncques, roy esmerveillable et prodigieux , roy plein de mistères et de divines ostentions, que sens ne parataignent, ne entendemens à comprendre suffisent ! ici preste bénignes oreilles, droit-cy atourne tes royales clémences, et qui congnois toutes précieuses jQeurs croistre sur estocq humble, dévale doncques ta précieuse nobilité un peu envers ma personne, qui suis, comme le poulieul ' de la terre, tout povre , et toy le précieux cèdre de Lyban , là où convenience ne peut avoir aucune, proportion nulle, ne confor-

' Ce mot manque dans les glossaires.

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mité, sinon d'autant que ta liautesse se pourra humilier envers ma basseur et me prendre en grâce non digne.

0 le soleil des princes , ciel reluisant sur les mortels Hommes, plein de dyaprure céleste, plein de glorieuse impression divine , plein d'exaltation de fortune, plein de faveur et de dilection de nature, qui tout le précieux de son contenir rue à tes pieds, tout l'abscons de son cloistre te présente en service, et non ayant riens autre que or précieux et gemmes en dignité emprès toy, les estime non comparables !

0 perle des roys, roy très-clair et luisant, roy juste par succession légitime, mais plus roy encore par dignité de personne , qui as en toy mœurs et conditions royales, et vertus à régalité requises, et par lesquelles non-seulement ta personne , mais les liautesses et dignités du haut nom de- roy sont décorées! Roy très-humain, roy trèsexpert et prudent, roy exalté plus par vertus que par fortune , roy régissant et régnant , roy que non nom seulement mais fait glorifie : moy ton très-humble orateur, serviteur indigne et scabeau de tes pieds, requérant grâce et merci , miséricorde et clémence, non pas seulement de pardon , mais de bening ascout, à vue déclinée en terre , aujourd'hui, à genoux revérens et maius jointes, h voix souspirant et à larmes missives , viens aourer ta face , viens rouver ta bénignité intériore, viens exclamer et requérir ta toute humble débonnaireté et bénivolence , laquelle, par grâce, non par mérir, mais par noblesse de bonté propre je exore que me soit donnée !

N'es-tu l'exemple des vertus humaines? n'es- tu le coffre de toutes mœurs et conditions nobles? u'es-tu la balance du vrai poids et équité du monde? sy es, voir! Donc, sans ce que tu soies l'estoilc des roys très-claire, sy

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os-tii la roche incxpiigriahlo uusfçy et invincible que rodoubtc fortune, que fortune craint et frémit de alierdre ; comme qui vaincue est en ta vertu , matée et ruée à l'envers; et rompue confusément et froissée entre tes mains, s'est rendue à ton sceptre ancien et t'a abandonné clef et escliielle de sa roue.

0 roy très-noLle et clément , roy de cui bonté et vertu tant se sont perçu d'hommes, tant se sont seutu et expérimenté diverses créatures , roy proprement insécuteur de divine condition qui est miséricorde et bénignité, modestie et clémence, espargne de sang et tardivité à fureur : par peur aucune qui m'est prise que ne puisse avoir offensé ton regard, commu aucunement tes roj'ales entrailles, pour icellcs, si ainsy estoit, remettre en leur paix , pour à toy exhiber gloire et laudations condignes, pour procurer au monde salut et transquillité , et à moy propre justification libéralement ascoutée, après l'exposition de mon livre droit-cy que Entendement a fait du tout et en tout, je m'en viens mettre en tes mains, je m'en viens rendre en ta correction et chastoy; et qui, par prendre peut-estre mes paroles plus aigres que je ne les ay pensées, as pu avoir sang altéré de toute la corrosiveté d'icelles , j'expète miséricorde , protestant devant Dieu et toy, que riens n'ay dit et escript que à intention de bien, à affection de salut et de paix, et par condoléance de l'austère marastre fortune d'aujourd'hui , qui toy et mon maistre, ton humble frère et parent , ton léal vrai cordial serviteur et ami, tient et a mis en question , en frivoles et murmures ensemble , et en froideurs et dampnables diffidences, de quoy les expectations du monde sont de mauvais espoir, et à moy causes de mon aigre escrire.

Donc, et afin que tu pardonnes à ma fragilité, congnoisses

aussy la bouté de ton léal humble parent, et à toy-mesme tu profites et vailles en honneur et salut, quérant union et concorde entre toy et mon nourrisseur, transquillité par le univers siècle, en rudes et mal assis termes viens exorer ta bonté, imi^lorer ta grâce et clémence, et suadant paix et retour de ton ire , présenter à ton oye aucune en moy conception fructueuse.

0 très-humain prince ! et s'il te plaist que présentement ouvrir puisse mon estomac, et que je monstre révéramment à tes yeux ce qui s'y cœuvre , sire , tu y percevras douleur justement causée, et intention bonne et honneste tendant à fin utile. Donc, pour toy attraire bénivolent envers moy, et toy donner à entendre la vérité de ma cause, comment me suis mu et enaigri ainsi, non pas envers toy, mais envers tout autre à qui il touche, sire, mon premier mouvement sy fut : que un jour passé, à mes yeux intériores se présenta en mon estude mou maistre le duc, lequel tout vestu de ses armes, mais d'un manteau long tout noir où estoient tissus dedans multitude de larmes avecques lettres d'or qui disoient : Etcnim sedemnt principes, et adversum me loquehantur; servus autem tuus exercchaiur in pistificationihis tuis '.

Lequel , comme ainsi vestu s'estoit monstre devant moy et que le regardasse ententivement , ne me donnai garde que soudainement le vis cheoir à genoux . Donc , esmerveillié de la cause , et devant qui ce fist, surlevai les yeux un peu. Et me sembloit que de loin visse ta noble personne laquelle il révérendoit , et du doy touchant la lettre du manteau par embas, te monstroit la clause qui vers toy s'udressoit, répandant larmes abondamment avec l'ostcnsion.

' Psalm, cxvui, 23.

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Et moy, prcstcraont privé de ceste vision mentale et glosant sur r.entcndement d'icelle que je compris , et me sembloit piteux en mistère, commençai à plorer atissy par compassion du cas, de qui je tiroie douleur touchant l'une part, et de l'autre grant joye pour son fructueux donner entendre. Car me signifioit la clause première, liaynes et machinations mauvaises à l'encoutre de ton nohle parent, en pleine congrégation des princes : dont, avec autres choses précédentes beaucoup que j'avoie recueillies, je ne pouvoie riens traire fors noises et débas, rumeurs et tribulations misérables renouvelées arrière en ton royaume, que tu si glorieusement avoies purifié. Sy m'en estoit la conjecture finablement dé.sespoir, et l'expectation non autre que de mourir en tribulation povre, comme je fus né. A quoi veullant prévenir par remonstrance, j'en ai un peu vuidié trop légièrement ce que j'en avoie en courage, où toutesvoies la fin de l'intention doit parer Tardant aigreur du procéder.

La seconde clause, sire, qui me donnoit joye et m'estoit fondement très-seur d'un noble édifice , icelle certes je attribuoie à toy, comme j'avoie vu qu'en icelle s'esloit humilié envers toy la personne de mon maistre , qui non content de toy monstrer la lettre une avec son courage, la séella des larmes de ses yeux pour t'en monstrer l'origine ; car lui qui avoit fons véritable, cœur noble et léal, comme prince qui recongnoit Dieu et soy-mesme, qui aime juste opération et fuit blâme, dolant de la charge et malignité de ses hayneux , devant tes pieds se laissa cheoir humble ; et veullant, comme devant son juge et seigneur, remonstrer leur tort, se prononcia; et disoit : Semis autem tuus exercehatuT in justificationihis tuis. Sire , ton serviteur humble a esté toujours net envers toy, ne s'est

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en riens desvoié en ton contraire , mais s'est embesongné toujours vertueusement en ce qui te doit estre agréable et à lui juste. Donc , de l'interprétation que je y conçus , avec la réalité que je congnois estre ainsi, ensemble et que mes yeux virent ceste liumilité cordiale, et voient tous les jours, je l'ai mis second fondement de mon œuvre dont rindig'nation m'a esté causée.

0 très-clément roy! souffre, te prie, que maintenant, en délaissant la cause de mes ruineux escrits de pièça, je te remonstre la cause de mon venir droit-cy et de mon humble et clamoreux parler de si loin, qui ne voy que ta figure comme en un miroir. Sire, te plaira-il de livrer ascout, ne de prester yeux h l'affection d'un si povre homme que moy? Tourne doncques droit-cy ton liumilité, et te rabaisse à entendre ce que ardeur d'amour et prononce.

Sire, la cause de mon clamer droit-cy, sy est paix affectée, et guerre à l'autre lez que je redoubte. Donc, comme paix est une félicité commune en quoy Dieu se sert et se glorifie, le monde prend salut et repos, le bien public se augmente , et le privé se multiplie ; par contraire, guerre est la goule et le gonfle de l'ennemi, qui humaine salut absorbist en son ventre , le monde désordonné et desrigle, félicité désempare, chrestienté mène à perdition, et toute stabilité terrienne démolit et renverse.

Sire, qui est plus expert au monde de ses conditions que toy? Qui est-il qui en est plus sage que ta personne, qui né en la grippe de sa malédiction toute horrible, y as parcru dedans, plein de haulx jours, premier qu'en trouver vuidange, là où les assais d'adversité mainte, lesimpugnations d'austère fortune marastre, te ont fait le plus haut sage roy, le plus expert csvertué prince, le plus purifié en la fornaise d'examination aspre, qui oncques nasijui

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