TOS. VJ
f.li CO.NCILK
Que par ces fautes, Sainte-Eglise Est aujourd'ui ainsi bas mise.
Elle a voulu à tous complaire, Et par ainsi je n'ay pu faire Mon office, par quoy languist Paix, et chrestienté périt.
En général qui losast dire Et quoy qu'en soit, en ont du pire Aucuns païs, ù part : c'est France
Et Boesme, qui sans doubtance
Ont grant besoin d'avoir secours.
On le crye cy tous les jours :
Plaise à Dieu qu'à temps en souviengne ;
Car s'il advient (que jù, n'aviengne!)
Qu'en ces choses on ne pourvoye
Je ne voy point par quelque voye
Que homme revoise en sa maison
Honnestement, s'il a raison.
Et qu'il ait pu cy prouffiter.
PAIX
Si chascun se veut acquitter
Comme vous, au moins comme il me semble
Encor demourrons-nous ensemble
Soubs l'Église nous deux et brief
Il ne me chaura plus de grief
Comme m'ait, ains je vous supplie ;
Quelque chose que je vous die,
Pardonnez-moy, ne vous desplaise.
Chascun en dit bien à son aise.
Qui n'auroit vu nuls vents venter, De peu le vouldriez contenter.
Femmes dieut ce qui leur plaist.
Quant est de moy, il me desplaist Des maux qui courent, mais je tien Que tout sera pour notre bien A la fin et laissons Dieu faire.
Qui bien regarde saint Hylaire ' En ces dits de la Trinité Au livre un, en vérité, L'Eglise reconforte fort, Quoy qu'elle endure en droit ou tort : Hoc, inquit, proprium est ecclesics, ut Tune vincat cîcm laditur, tune Intelligat cum arguitur, tune OUineat mm deseritur.
L'Église est de telle nature Que s'on la blesse, d'avanture.
Lors elle vaint, et s'en l'argue, En mieux son entendement mue, Et quant d'elle toute on ne tient Et c'on la laisse, lors obtient.
Ainsi le dit le saint preud'homme ; Et pour tant si l'Église de Rome Et autre part en pluseurs lieux Souffre, je croy que c'est son mieux Que le dit saint Hylaire advise.
l'église.
C'est petit confort pour l'Église Si vous ne dites autre chose.
Vous semble-il que je me repose?
Il y a des gens hors et ens
• Saint Hilaire , évoque do Poitiers, a composé un traité en douzo livres sur la Trinité.
Qui sèment que depuis trois ans Et plus, le Concile n'a riens fait .
Qui cousidérast bien mon fait Et les destourbes que j'ai eus, Tel en parle qui se fust tus.
Est-ce riens d'avoir fait venir • Les Boesmes et convenir Tellement qu'au plaisir de Dieu, Ains que je parte de ce lieu, Hérésie d'eux sera hors?
HÉRÉSIE
Oyez par la foy de mon corps :
Pluseurs ont grant faim com notre oste ; Mais je croy qu'ils comptent sans l'oste, Me cuidans ainsi débouter.
Tout fut perdu, n'en faut doubter Par tous pays, pour abrégier ; Le peuple croit trop de légier, Mesmes en France ' , qui se vante Conques n'issi de droite sente.
Tant que notre foy peut toucher Ne lui vueil riens reproucher ; Elle a assez d'encombrement, Et en fièvres dernièrement N'ay-je pas eu à luy herson *'' Du Pape, cel conclusion En concil telle ne fu faite, Ce me semble, qui bien y guette. Mais c'on avise la besogne
• Y a-t-il ici quelque allusion à Jeanne d'Arc? Cf. tome II, p. 203 et la Recollection des merveilles que nous publierons dans le tome VII. - N'ai-ja-pas eu affaire à elle?
Sans faiute et sans quérir eslongne Et que chascun voit droite voie.
PAIX
Concile, vous me faites de joie Trèstous les esprits remuer ; Dieu vous donist bien continuer !
A ce coup seray-je remise, Si Dieu plaist, par toute l'Église, Dont je me doy bien resjouir; Mais plaise vous un mot oïr Que j'ai dessus le cœur, bel sire.
Nous ne cessasmes huy de dire Une chose que je ne puis Oublier, c'est que je ne suis En estât, sinon par justice, N'elle aussi sans moy, que son office Est tout réformer, sans esloingne.
Saint Augustin cecy tesmoigne Assez sur les mots que dits sont :
JustUia et Fax osculata sunt.
Du(B sunt amiœ Justitia et Fax.
Tu forte unam vis et alteram Non facis : non enim est homo Qui non vellet pacem, sed non Vellet operarijîisticiam. Interroga Omnes liomines : vis pacem? uiio Ore respondet tiU genus humanum :
Opta, cupio, amo, vola, amo Justitiam. Qua dua arnica sunt, Justitia et Fax osculantur. Si Âmicampacis non amaveris, non Te amahit ipsa Fax, nec unient Ad te. Augustinus super psalmum
38 l-K «:().\(:iLK
Octogesimum quartum.
Desquels dits en brief vueil retrair»
Que uul ne me peut attraire
S'il ne se laisse réformer :
Je le dy pour vous informer
De mon pouvoir; en vérité
Pour ce ait de vous autorité
Réformation sur cliascun
Ou Justice, ce m'est tout un,
De rechief s'elle n'en a assez.
Paix, pour néant, vous vous lassez,.
De ce m'osé-je bien vanter.
Toutesfois, pour vous contenter Et d'elle donner cognoissance.
Sachez qu elle a telle puissance, Je ne vueil qu'elle espargne homme^ Tant soit le saint père de Rome, Cardinal, patriarche, évesque, Abbé, prélat, clerc, n'arcevesque, Advocat, procureur, notaire.
Juge ou autres, et laissez braire.
Je vueil c'on réforme la court, Chascun en droit lui, bref et court.
Et généralmeut tous estas Depuis le chef jusques au bas :
Autrement tout ne vaudroit rien.
l'église.
Sans faute, vous dites très-bien.
Par ce moyen régnera paix.
Qui est plus grant bien que jamais Homme en ce monde puisse avoir.
Chascun le peut assez savoir
Par ce que saint Augustin dit
En un lieu, et vecy son dit :
Taie honum est lonum pacis
Q/uoniam in relus creatis
NicMl gratiosms solet audiri,
Nil delectaUlius concîcpisci, et
Nicliil utïlius possideri. iSpiritus enim
Humanus nunpiam vivificat memira,
Nisifuerint tmica. Sic Spiritus Sanctus minquam
Vivijcat ecclesia memira, nisifuerint
Inpace nnica. Augustinus de Civitate Dei.
Le bien de paix est un tel bien
Qu'en ce monde mortel n'a rien
Plus gracieux, plus délitable,
N'a posséder plus proffitable ,
Et met une sollicitude
Que nul n'ygnore, s'il n'est rude ;
Sicomme l'esperit humain
Ne vivifie pied, ne main,
N'autres membres, si bonnement
Ne sont unis : semblablement
Le Saint-Esprit qui fait vivre
L'Église, la laisse à délivre
Sans donner à ses membres vie
S'ils ne boutent d'eux hors envie
Et ayent paix en unité
Par bonne amour et charité.
C'est en brief mou intention.
RÉFORMATION
Parlera Réformation Un mot sur ce, ne vous déplaise.
Sans doubter, je seray bien aise Si paix par moy peut estre asseur
Et rbgnc, mais j'ai trop grant peur
Par fausse paix ne vienne enjeu.
J'ay vu saint Bernart : en un lieu
Met de fausse paix trois manières ;
Dit ainsi com je vi nag-uères
Falsœ pacis très sunt species :
6'cilicet pax œstimata,
Fax sigillata et fax imperata ;
yEstimatur a nescientibus ; sigillaiur
A non habentïbus ; imperatur a non tenentiùus.
Ces trois paix sont : paix estimée
Et paix fainte et paix commandée.
La première ont simples qui oient
Parler de paix et de fait voient
Les grans aultrement à paix faire,
Et souvent advient le contraire.
L'autre paix qui est dite fainte,
Règne buy en compaignie mamte ;
Car pluseurs font de paix manière
Et ils traïssent par derrière.
L'autre paix ont les souverains
Qui mettent loys et font.
De telle paix, nous ga. ...
Sy règuent-elles en
En siècle et en
PAIX
C'est bien
Mais
Se
Par
' Ici et dans d'autres parties du manuscrit quelques feuillets sont incomplets.
HERESIE
Vous dites ce que bon vous semble,
Mais certes, vous n'aurez jamais
Quoy c'on die, parfaite paix.
Tant que deux points seront sur terre
Qui souvent renouvellent guerre.
L'Église pièca l'a cy dit ;
Elle l'a pesché en un dit
De Sénèque; aussi ai-je. De moy
Je n'en disse rien, mais je voy
Que chascun sy parle latin ;
Je décliqueray un tatin ' .
Quietissimam vitam agerent hoinines,
Si hcBc dm a natura omnium rerum
Tollereniur, meum et tuum. Seneca,
In lïbro : moralibus.
Si mien et tien fussent ostés,
Paix pust régner de tous costés ;
Mais je vous jure et vous afferme.
Tant que durront, ne sera ferme.
Je le vous dy pour autruy.
c'est yci à meshuy,
sans rien besonguer,
eslongner.
PAIX
Commençons au plus nécessaire.
Dieu nous doint en tout bien préfaire!
Nous avons des cas bien pesaus.
' Je frapperai un coup.
nÉFOUMATION.
Commençons au plus nécessaire :
Despùchons ceux qui sont présens.
HÉRÉSIE
Je proteste que je me rens Devant tous sans aller plus loing- Au cas qu'il en seroit besoing. Je croy bien votre intention, Oyez-vous, Réformation ?
Laissez-moy et despôchez France.
KÉFORMATION.
As-tu peur de mener la dance, Qui ainsi brais à la volée?
Pièca, dussez estre brûlée, Car tu ne fais que te moquer.
Si te voulsisses révoquer De bon cœur, tu eusses mercy.
HÉRÉSIE
Attendez que reviengne cy L'ambassade qui est en Boesme, Et, foy je doy Dieu et mon proesme.
S'ils se rendent, je me rendray.
S'il vous plaist, je les attendray.
Vous savez qu'ils estoient défendeurs.
Je suis en mains de revendeurs ; Je ne leur sçay comment leur complaire.
KÉFORMATION.
Regardez que vous voulez faire ; Vous oyez ce qu'elle respont.
Si ne fust pour rompre le pont Par où les uns doivent venir, Je la fisse bien court tenir ; Mais il leur faut garder passage.
FRANCE
Sans faute, c'est dit d'homme sage :
Melius est ignoscere Quam post victoriam pœnitere.
Mieux vaut estre doux, sans mentir. Qu'après rigueur soy repentir; J'appreuve très-bien votre guise.
PAIX
S'elle est en la main de l'Église Qui est miséricors et bonne Tant qu'elle n'excepte personne , Tous prent à mercy, bons et mauvais.
RÉFORMATION
Vous dites ce qui vous plaist. Paix, Mais encor ne l'avez-vous mie.
Vous estes trop douce , m'amie ; Je le vous ay dit autresfois,
l'église.
Vous dites bien, mais toutesfois,
Quoy que dit Réformation,
Je me tiens de l'oppinion
Du Concil : c'est le mieux d'attendre
Afin c on ne nous puist reprendre
De justice trop rigoreuse.
FRANCE
mercy ; tu es heureuse
en soyez pas digne.
HÉRÉSIK.
Grans mercys.
L'Eglise est bénig-ue, Elle te laisse eu espérance Que vieng-nes à obéissance, Mais garde bien c'on ne te voie En ville, en champ, n'en quelque voie, Jusques j'aie en ton fait pourvu; Car si le contraire estoit sçu, Il te vaudroit mieux estre h mais.
HÉRÉSIE
Non feray-je, je vous promets, Si je ne viens à mon entente.
RÉFORMATION
Sainte Église, estes-vous contente?
l'église.
Ouyl, puis c'on ne peut mieux faire.
Je n'ay cure c'on viengne braire Après moy : entendez-vous bien?
l'église.
Ce que j'ay dit, j'ay dit pour bien.
Ce semble.
C'est quant à ce point, Aux autres tost.
RÉFORMATION
Je ne voy point Pour le présent, voie ou manière
D'entamer nouvelle matière, Fors pour France qui attent cy.
FRANCE
grant mercy ;
à vostre plaisir,
avant par loisir,
y retournerez-vous ?
... ou bien il vient vers nous
soustraire
.... doit à tous desplaire.
. . . elle a dit : c'est par elle.
FRANCE
me renouvelle
trop amèrement.
l'église.
.... le plus doulcement , . . vivrez, je vous en prie.
RÉFORMATION
vous pas c'on die
dont ce mal lui vient
bien me prévient
..... qu'elle a souef nourris.
PAIX
maints en y a pourris,
mène ceste dance.
ma mère France
ils m'ont bannie,
fait trop grant folie
fols n'y prennent garde
qui y garde
les autres n'ont fait
iO l,h CUNCILK
.... votre fuit bien faire savoir ravoir.
Afin que par
Nagaires
Et selon
Je vous con
Que le fondement
Toutesvoies
Et m'en desp '
Sy le verrez-voiis clèrement.
Maintenant et bien vous souviengue De la matière, quoy qu aviengne :
Elle est escripte en pluseurs lieux; Si Dieu plaist, vous en vaudrez mieux.
C'est une bonne matière, Or entendez bien la manière.
Ex pace divitiœ, ex divitiis SiiperUa, ex superdia guerra, Ex gîierra patipertas, ex Paupertate humilitas, ex humïlitate
Pax.
De paix naist richesse sur terre.
De richesse orgueil, d'orgueil guerre.
De guerre vient povreté,
De povreté humilité.
Mais d'humilité revient paix.
Loys ces dire oncques mais ^ :
Vous avez eu grand seigneurie
« Ce vers est aisé à rétablir :
Et m'en desplaist très-grandement, » 11 faut peut-être lire :
Il me loist te dire oncques mais :
Soubs moy, tant que m'avez nourrie.
Mais puis que ne me recognustes Et que d'orgueil hordié ' fustes, La guerre vous a court tenue Par quoy pauvre estes devenue.
Sy vous convient humilier, S'a vous me voulez ralier :
Nul meilleur conseil, je n'y voy.
amour, ne charité
dez votre humilité.
veult Paix parler.
EÉFORMATION.
roie plus celer
de ce qui me semble
n'auront jà paix ensemble.
un costé n amolie
..... et vers Dieu s'humilie
... à Dieu, comme pense, tant faire
. . . mais qui vous font tant traire
humblement
J6 dy seurement
.... lieu et qu'ils se vissent -
je croy qu'ils fissent
bonne conclusion
imagination,
seroit le plus brief ;
et voit-on le grief,
" Hordié, possédée.
^ Peut-être rencontrait-on dans ces vers mutilés le vœu plus ou moins voilé de voir le roi de France et le duc de Bourgogno se rencontrer et conclure la paix. I.e traité d'Arras était déjà dans toutes les prévisions.
48 LK CONCILK Dh BASLK.
ua Cure,
et passe à dure,
de présent endure
sur qui peu dure
et pour les lieux,
m'aist Dieux'!
' La fin manque.
Je fus indigne serviteur,
Au temps de ma prime jeunesse,
De Toultrepasse de valeur,
La joye de mou povre cœur.
Ma parassouvie maistresse ;
Mais la mort, par sa grant rudesse,
Envieuse de nostre bien.
Prit son corps et laissa le mien.
Comblé de mort et agrevé
Plus qu'on ne pourroit concepvoir,
Souffrant tourment comme un dampné.
Désirant de non estre né,
Je fus ainsi qu'en désespoir
Le plus dolant qu'on pourroit voir
De tous ceux que nature a fait.
Par la mort qui m'avoit deffait.
Elle deffit premiers ma dame.
Ma chierté et m'honucur mondain, Et enversa et mit soubs la lame Bonté, douceur, et bruit et famé ;
» Publié d'après le ms. do la Bibl. de Bourgogne, 21530, collationno sur les ms. de Paris, Bibl. de l'Arsenal, IV, 314 ot 13ibl. imp. 1521C.
50 LE l'AS DR h\ MOUT.
Du premier jusques au dcrrain, Dieu l'avoit faite de sa main Pour toutes vertus y adjoindro, Que faulse mort voulut desjoiudrc.
Pou paravant de son trespas Et en son derrenier parler, Les yeux conciliés encontre bas, Voulut que moy, dolant et las^ La visse pour désespérer; Car elle me fit appeler Et me dit basset à voix casse ; « Mon amy, regardez ma face.
« Voyez que fait dolante mort •i Et ne l'oubliez désormais; <( C'est celle qu'aimiez si fort; « Et ce corps vostre, vil et ort, « Vous perderez pour un jamais ; H Ce sera puant entremais « A la terre et t\ la vermine :
« Dure mort, toute beauté fine. »
Quant je vis ce dolant ymage, Ceste piteuse ramembrance, Ce taint et appaly visage.
Je n'eus ne vouloir, ne courage Qui n'en fust en désespérance ; Tombay envers par desplaisance.
J'eusse moy voulu estre rien, Ou mourir avec tant de bien.
Celle qui congnoissoit mon cœur, Chargea qu'on me portast dehors, Tautost après, par grant douleur,
Congnoissant son vray Créateur, Son esperit partit du corps ; Et est mis au nombre des morts La chose la plus assouvie De tout ce qu'au jour d'huy a vie.
De raconter mon infortune Il est force que je m'en passe.
C'estoit douleur non pas commune ; Dieu en gard chascun et chascune !
Combien que c'est la droite passe.
Ce n'est point jeu de passe-passe ; Car on s'en va sans revenir :
Dieu nous y laisse bien venir!
Las ! il faut mourir une fois, Et ne sçait-on quant, ne comment ; Et faut porter le fais et poix De ce dont on a pris le choix, Pour attendre son jugement Qui sera de joyc ou tourment.
Dont l'un et l'autre est pardurable :
Joye mondaine est peu durable.
Sy faut hayr ce flattant monde Dont la doulceur est anucmie.
Le plus haut bien qui y abonde.
Est aussy tost passé que l'onde Qui est de haut tost abaissie.
Ceste chose m'estoit muchie Et ne l'eusse sçu percevoir ; Mais ma dame m'en fut miroir.
Pour quoy, pour mirer les mondains, Congnoissant ma fragilité,
Comme celui qui sçait le mains, Ay fait et escript de mes mains, Ainsy comme je l'ay trouvé.
Ce traitiô que j'ay compilé Et nommé le Miroir de Mort; Cliascun en doit avoir remort.
Pour au miroir de mort mirer, Tenser y faut en remirant.
Et sy nous faut tous amirer De ceux que nous veons miner Par la mort qui nous va minant.
Rien n'y vaut donc nom dominant; Il ne luy chault, pour abrégier, Non plus d'un roy que d'un bcrgier.
Comme au miroir, y est la glace Lu où ou voit sa ramembrance; On y choisit et corps et face, Mais de légier elle s'efface, Car elle n'a point de souffrance; Elle ne peut avoir grevance.
Que de légier ne soit cassée ; Noslf e vie est plus tost passée.
Mirons-nous donc et remirons ; Yeons où est le premier né, Celuy de qui nous tous venons.
Où sont les vaillans champions.
Ceux qui depuis luy ont esté.
Où est le Troyen aduré Qui faisoit les autres mourir?
Il ne fut né que pour pourrir.
Où sont les princes de la terre?
Où est Alixandre d'Allier,
Celuy qui tout voulut conquerre ' ?
Où est le bon roy d'Angleterre,
Artus, et son couraige fier?
Et Lancelot, bon chevalier,
Qui fut garde de son honneur?
Ils sont morts comme un laboureur.
Charlemaine, roy des François, Qui les Espaignes reconquist, Roland et Ogier le Danois Qui soustinrent le fais et pois, Avant ce qu'à la foy les mist.
Ils [ont] logis aussy petit Et aussy bien par dedans terre Que celuy qui va son pain querre.
Et le grant renommé Pompée, Qui aux Romains fit tant de biens Que par fureur de son espée Leur subjugua toute contrée, Que vingt et deux rois furent siens.
Après tous ses liaulx faits terriens, 11 fu tué piteusement A coup aiusy qu'en un moment.
Celuy qui les Alpes passa, Hannibal, le duc de Cartage^ Doulereusement dévya Par le venin qu'on luy donna A boire, dont ce fut dommage'.
Samson, qui de force fit rage.
Il est comme un foible passé, Car dcpiéçu est trcspassé.
Voyez le roman d'Alexandre, publié par M. MicJiolaat.
Où sont les preux du temps jadis.
Qui férircnt tant coups d'es^xie?
La royue S6miramis, La renommée Thamaris, Et la belle Pauthasilée?
Certes toute la plus doubtée, A eu dolante départie Et dure mort en sa partie.
Et la mère du très-haut roy, Olimpias, noble royne, Qui mourut en trôs-grant desroy, La plus dolante que je voy, Fors Tempereys Agrippine, Que son fils, pour Tooir le signe Et le lieu où il fu porté, Le fit ouvrir, qui fut pité?
La bonne royne Hécuba, Femme du noble roy Priant, Laquelle vit et regarda Que mort tous les siens luy osta.
Qu'elle n'eut rien de demeurant.
Elle choisit Troye brûlant Avant le temps de son termine.
Et puis elle devint vermine.
Où est d'Hélaine la beauté Sur toutes autres non pareille?
Où est l'honneur et la clarté De Lucrèce et sa chasteté.
De quoy un chascun s'esmerveille?
Heureux est celuy qui y veille Et qui connoist qu'il faut finir !
Hélas ! nous ne pouvons fuyr.
Nous ne pouvons fuyr, hélas !
Ne recouvrer le temps passé.
Celuy est bien chétif et las, Qui ne craint le dolereux las De l'esperit qui fut dampné.
Qui par orgueil fut enversé.
Et tous les siens du ciel là sus :
Bien y devons penser çà jus ,
Quant ceux si noblement créés Et en leurs beautés tant louables.
Furent pour jamais condempnés Et soudainement transmués ; Quant d'anges devinrent dyables, Et par orgueil espouventables [Sont] en supplice éternelmeut Et douleur sans amendement.
Gardons-nous doncques de pécLié Qui est à, Dieu tant desplaisaut.
Si nous en sommes entechiô, Faisons qu'il soit desembuschié; Veons dont nous venons naissant Et que devenons en mourant, Et après que nous serons morts :
Ce nous sera humble remors.
Prenons doucques humilité Et laissons ce péchié d'orgueil ; Pensons à notre humanité; Veons bien nostro povreté, Et nostre cœur en aura deuil.
Souspirons et plourons de l'œil.
Contemplant nostre povre vie :
Sage est celuy qui peu s'y fie.
5G LE l'AS DF. LA MOUT.
Ayons fiance au Créateur
Qui pour nous la mort endura
En telle amertume et douleur.
Que luy pensant dedans sou cœur
Abondance de sang sua.
Le povre pécheur que fera,
Quant son Dieu tant doubta la mort?
Il a mestier de son confort.
Sy faut avoir celle souffrance Et très-amère passion A l'heure de sa doléance, Eu doulereuse ramembrance Et piteuse compassion, Afin qu'elle soit champion Contre Sathan et sa malice :
Il ne nous est rien plus propice.
Quant nous cuidons estre plus haut, Plus subitement déchéons ; Il ne nous faut guères d'assaut ; Un petit de froit ou de chaut Nous fait avoir les trenchisons'.
Ou les mulles i\ nos talons, Ou tout subitement mourir Sans regarder, n'avoir loisir.
De ceux que tu vis en jeunesse, En ton eage premerain.
Si tu vis jusques en viellesse.
Tu trouveras que mort ne laisse Ne vieil, ne jeune, ne mondain; Un en santé mourra demain ;
* Trenduisons, tranchées, douleurs aiguës.
Tu en vois souvent et assés Plus de morts que de demourés.
Eegarde où sont allés nos pères Qui ont eu vie comme nous, Nos parens, sœurs et frères.
Ils ont laissié ces misères Esquelles nous sommes trèstous.
Ce monde qui nous semble doux, Est décevant et tost passé :
Heureux est qui l'a bien passé !
Car c'est un passage de mort Doloureus et tantost failly.
Tu n'as donjon, chasteau, ne fort, Qui te puisse garder au fort.
Que tu ne soyes assailly.
Tu auras bien de loing sailly, Quant ton esperit s'en yra Et ton corps cendre devenra.
C'est grant folie de parer Ce qui sera viande aux vers ; Ce que mets peine d'amasser, Il te faura tantost laissier, Et prendre habillemens divers.
Tu n'auras pour tous tes blés vers Que ta dolante sépulture Et ta puante pourreture.
0 jouventô de belle dame !
Et que dites- vous à ce point?
Cuidiez-vous la mort si infâme Qu'elle voulsist avoir ce blâme
'M LE PAS DE LA ftK^K'l .
De vous assaillir on ce pointï Certes vous n'y avez un point Plus d'avantage qu'un porcicr', Et vous aye, qui vouldra, chier.
Il faut laissier vos haulx atours Et vos robes à lonjjuo queue, Et vous faut oublier les tours Que vous apreuez à ces cours Au temps que vous faites la reuc.
Vostre frescheur deveura bleue, Vostre regard fera horreur, Mesiues à vostre serviteur.
I 0 noble arroy de chevalier.
Qui est osé pour t'assaillir? Tu es oultre mesure fier.
Quand tu es dessus ton coursier.
Chascun veut devant toy frémir ; Toy qui fais les autres crémir.
Tu devenras ^ abhomiuable :
Ce monde n'est point pardurable.
Vous qui estes vestus de court.
Gentil homme du temps présent.
Pensez que vous le ferez court.
Ne vous ne scavez tour de court Qui y sçust mettre empeschemeut.
La beauté de vostre jouvent Ne vous sauvera pas tousjours; Vous fiuerez dolant vos jours ^
' Var : Qu'un bergicr, ms. de la Bibl. imp. de Paris.
2 Tu demourras, ras. de l'Arsenal.
* Yar : Quant auriez force de cent ours, ms. de Bruxelles.
Damps abbés ne sera laissié Avec la dame de ses biens ; S'il est estuvé ou baigné, Il sera en terre plongié Et ne sera sou corps que fiens.
Nostre vie ne durra riens Que pour avoir deuil en la fin :
Dieu sçait qui est bon pellerin.
Le bourgeois qui boit du meilleur Et fait h tous chière commune.
Mort ne luy fera plus d'honneur Comme à un povre laboureur Ou à autre de la commune.
Il ne lui cbault où elle plume, A grant, au petit, au moyeu :
Encontre elle, n'y a moyen.
Lors qui veut bien mourir, bien vive Selon Dieu et sa conscience. Et ses commandements avive, Congnoisse sa vie fautive Et preudc tout en patience.
Il fera tant par sa science Qu'après sa mort il vivera :
Envis meurt, qui appris ne l'a.
Mais ce n'est pas merveille grant S'on craint chose si très-amèrc.
Celuy que Dieu fist revivant A qui il Ht do gnlco tant.
Le ladre ù la Marie frère Oncques depuis n'eut que misère Et toute douleur ti penser, Crémant ce qu'il devoit passer.
CO LE PAS Dli \.\ MOF'.r.
L'horreur de lu mort fut cmpraiutc TcUoiueut au devant ses yeux, Qui luy donna pensée mainte, Tant que tousjours il fut en crainte, Combien qu'il espéroit son mieux Et qu'il eust son entente es cyeulx.
Que fera donques le pécheur.
Quant le juste en avoit si peur?
S'il n'en prent moyen et rcfug-e A la trésorière de grâce.
Quelle moyenne vers le juge Qu'en son très-angoisscux déluge, Lorsque la voix sy sera casse Et la vie dolente et lasse, Il puist estre lors secouru.
Et Sathau maté et vaincu.
Lequel en horrible figure Se démonstra eu son regart.
Qui est très-amère pointure Et dolour angoisseuse et dure A l'âme qui craint le départ ; Le corps travelle à l'autre part, Tremble, tressault, est sans vigueur Par abondance de douleur.
Qu'est oultre pouvoir de nature Car elle l'abandonne lors.
Il n'a ne membre, ne facture Qui ne sente sa pourreture.
Avant que l'esperit soit hors.
Le cœur qui veult crevier au corps Haulce et sousliève la poitrine Qui se veult joindre à son eschiue.
LE PAS DE LA MORT. Cl
La face est tainte et apalie, Et les yeux treilliés en la teste.
La parolle liiy est faillie, Car la langue au palais se lie.
Le poulx tressault et sy halette.
La vie fuit, la mort est preste.
Il a doleur à démesure.
En attendant sa sépulture.
Les os desjoindent à tous lez ; Il n'a nerf qu'au rompre ne tende.
Assaillis est par tous costés Et congnoit tous ses faits passés, De quoy il faut un compte rendre, Et n'a plus loisir qu'il s'amende; Car l'heure est briefve et doloureuse.
Dont sa pauvre âme est crémeteuse.
Lors le veult mettre en désespoir L'adversaire de nostre foy, Qui s'amonstre hideux et noir, Espoentable oultre pouvoir.
Disant : « Pécheur, tu es à moy ; « Te souviengne de ton desroy « Et du temps que tu as perdu, « Car tu es ù, ta fin venu.
« Et sy n'as dame, ne mignon, « A qui guères de toy chaulra, « Joyau, tant soit riche, ne bon, « Chasteau, palais, fort, ne donjon, « Ce qu'à toy fut, autruy aura, « Et ton âme en tourment sera « Pardurable tison d'enfer « En la présence Lucifer.
G2 LE l'AS DE LA MORT.
« Il te faut laissicr tes oiseaux,
1 Tes cJiiens, tes bracqucs, tes lévriers ,
« La pompe de tes beaux chevaulx,
'I Qui soubs toy faisoicnt les saulx,
'< La route de tes escuiers.
tt Les moindres de tes officiers,
« Auxquels tu laisses de tes biens,
*( Ne te tiennent jà que pour fiens.
« Bien est changié ta fierté '( Et aussy ta gloire mondaine.
«( Le temps que Dieu t avoit preste, « Tu l'as perdu et dégasté, « Dont pour jamais seras en paine, « Et chascuu jour de la sepmaine « Raige de tourmens et sans fin :