‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 101 sur 141 · CHAPITRE LXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXII

Comment le daupliin, fils du roy Charles, fut ajourné ù Paris à la table de marbre, et exhérédé de la couronne de France.

Vuydant de ceste matière de Haynaut, qui n'est pas encores en son ijropre lieu pour estre traitée, il faut venir au recouvrement d'aucunes choses oubliées, dignes toutesvoies de récitation; c'est comment le duc de Touraine, dauphin de Viennois et fils du roy Charles, avant le partement du roy anglois et du duc de Bourgong-ne de Paris, fut appelé et crié à haute voix de comparoir, personnellement ou par souffisant procureur pour luy, à la table de marbre. A laquelle vocation faire , estoit la justice royale bien et duement garnie des personnes et solemnités qui y appartenoient, et qui y ont esté acoustumées de tous temps, comme le cas le requéroit , bien considéré que les parties estoient toutes deux royales et excellentes personnes de grant et merveilleux poix à justice d'en condamner nulle, si non par le droit , extrême bout de rigueur et d'appertenir.

Sy est vray que ledit infortuné dauphin , souillé d'autruy mauvaistié, ne comparu point à ladite vocation, ni personne pour luy, car estoit es marches de la rivière de Loire et par deçà. S'il ne se fust trouvé puissant pour résister aux deux puissances ses contraires, il y faisoit mal sain pour luy ; car, fait à craindre que on luy eust donné à souffrir ou par justice ou par vo\'e de fait, et souverainement aucuns ses plus prochains , nommés ou déclarés en ladite appelation, acteurs et conseillers de la mort du duc Jehan. Et pourtant par définitive sentence, et pour ce que la

chose estoit toute notoire et bien sçue , luy et lesdits acteurs ses adliérens, par vertu et puissance royale, et de pleine et entière court duement procédant, furent bannis et expulsés hors du royaume de France, sur peine capitale, et jugés indignes de succéder à toutes seigneuries présentes ou venir, et mesmes de la succession et attente qu'il avoit à la couronne de France dont, par droit naturel, il devoit estre héritier, après le trèspas du roy Charles son père ; duquel bannissement certes les Parisiens (plusieurs en y avoit qui le craiudoient) se resjoyssoient beaucoup, et désiroient jamais son retour ou son reliefvement, et espéroient bien à vivre en salut sous la main de leur commun ennemi conquéreur.

CHAPITEE LXXIII.

Comment le seigneur de Lisle-Adam fut envoyé prisonnier h la Bastille Saint- Anthoine ; et comment le roy anglois se montra dur envers les François et Bourgong-nons.

Ne sçay maintenant s'il vous souvient comment durant le siège de Melun, je parlay nagaires comment le roy Henry monstra signe d'indignation au seigneur de Lisle- Adam , et comment après ledit siège passé , luy estant à Paris, il luy osta son office de mareschal de France, donnant voye lors et descouverture à son maltalent longuement porté. Lequel Lisle-Adam toutes-voies estoit un trèsvaillant chevalier et preudhomme, et non attaint jamais de reproche. Or maintenant quant ledit roy anglois a repassé la mer et s'est retrait en son royaume d'Angleterre, et que le duc des Bourgongnons , qui léalement aymoit ledit Lisle-Adam , son serviteur, s'estoit eslongié aussi et

retrait en ses pays de Flandres et ailleurs, le duc de Glocestre, capitaine de Paris, ayant conçu les secrets mots de son maistre le roy, avant son partement , audit seigneur de Lisle-Adam mist la main de par le roy, et, par une route' d'Ang-lois, tantost le fist mener en la Bastille de Saint-Antlioine.

Sy advint, ainsi que la voix couroit avant la ville que Lisle-Adam estoit pris , que grand nombre de communes s'eslevèrent à hacques et à macques, cuidant le recourre, et oster par force aux Anglois, et lors vinrent au devant de eux environ six-ving-ts arcliiers, atout leurs arcs entésés% traiant en eux mortellement jusques aux pennons, et vinrent férir au travers, et de fait les rechassèrent confusément en leurs hostels, et emmenèrent ledit Lisle-Adam, voulsissent ou non ; que moult leur déplut toutes- voies, car moult l'aymoient de tout temps, et souverainement pour ce qu'il estoit au duc de Bourgongne. Sy fut mis en la Bastille, et y tint sa prison durant la vie du roy son ennemy, lequel, n'eust esté partie cremeur et partie faveur du duc son maistre, pièçà luy eust fait coupper la teste, ou mourir d'autre mort, car ne désiroit que d'en estre délivré, s'il eust peu, par nul tour.

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