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beaucoup d'autres bien baux hommes en grant nombre jusques au nombre peut-estre de six mil combatans, pour procurer dommage aux Anglois et à eux avancement, vinrent devant la forte ville d'Alençon pour mettre le siège; et estoit ceste ville fort dommageuse au pays du Perche et au Maine et aux pays frontiers que le dauphin tenoit, jhsoit-ce-que maintenant, après ceste bataille dont j'ay parlé dessus, la garnison qui y souloit estre et souloit porter beaucoup de grans griefs aux François à leurs terres, estoit beaucoup diminuée et affoiblie ; par quoy il sembloit à ces seigneurs dauphinois que la ville en seroit moins défensable, et qu'il seroit bon, tandis que le roy anglois estoit eslongié de Normandie, que ils besongnassent et exploitassent temps à bon profit.
Comme il fut avisé et empris, il fut fait ; et mirent leur siège bien et arestement tout à l'entour de la ville bien estroit, combien que les Anglois qui estoient commis pour la garder se mirent h l'encontre très-aigrement et en temps qu'il leur estoit possible ; mais ce ne leur valut, car trop estoient foibles en dedans , et peu secourus des citoyens et habitans , si ce n'estoit plus par cremeur que par amour, car encores estoient-ils nouvellement conquis au roy anglois ; sy ne pouvoit encores estre leur cœur eslongié, ni fourtrait de leur ancienne inclination et que leur nature ne tirast plus à l'amour des François que des Anglois, desquels par force il leur falloit maintenir le party.
Or avoient fait les assiégeans leur approches belles et notables, et avoient en aucuns endrois de la ville , là où il faisoit le plus foible, affusté aucunes grosses bombardes, par lesquelles ils firent moult de travail et de grans griefs à leurs murs. Plusieurs autres engins aussi dressèrent devant eux mortellement felles, par lesquels ils rompirent
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tandis et guérittes, enfondrèrent maisons, abattirent combles et créneanx, tnèrent gens et affolèrent, et tinrent si estroit les enclos, que à peine se osoient trouver sur les rues. Sy s'esbahissoient les Anglois, et véoient bien, que sans avoir secours ou par dehors ou par dedans, à la longue la défense ne leur estoit pas portable, ni tenable la ville. Sy trouvèrent manière secrètement d'envoyer à Rouen , devers le comte de Salsebery et ailleurs , leur prier que bien tost les voulsist délivrer de ce danger, ou autrement ils estoient au bout de leur espoir, et tous acertenés de prochain péril. Les nouvelles aussi, sans envoyer nulle part, estoient toutes esparses par toute Normandie et par toute France, comment le siège estoit mis, et qui le tenoit, et quoy.
Sy se mirent les Anglois sus à tous lez, et firent un rassemblement de toutes leurs garnisons, pour venir lever le siège des François ; et après estre tous assemblés, qui n'estoit pas grant chose pour celle heure , vinrent jusques auprès où estoit le siège, bien arroyés et mis en bataille comme pour prestement férir dedans, quant l'heure s'y adonroit. Sy en furent advertis les François par les bons liommes du pays , qui leur vinrent annoncer la venue de leurs ennemis , à l'intention de les venir combatre , et de les faire lever leur siège. Mais pour ce non plus esbahys que devant, ains tous reconfortés et tous joyeux de les attendre, se tirèrent un peu hors de leur logis ; et en belle rangée de bataille, close par derrière eux , et fortifiée de leur charroy, se présentèrent à les recevoir, et ne demandoient, ce sembloit, que leur venue. Or estoient les Anglois si près de eux, là où ils passèrent, comme est le jet d'un canon, et se tinrent les deux puissances tout à plain près l'une de l'autre. Par quoy, quand les Anglois se virent
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trop foibles pour enfondrer en la puissance des Françoise, certes, sans eux désarroyer, ny faire semblant de rien entreprendre, coulèrent chemin, et costoyèrent tout au long- de la bataille des François, cuidans venir h une forte abbaye cjui estoit là près, pour là prendre sauveté et retraite, jusques à un autre temps que plus se trouveroient à l'aventure sur leur avantage. Mais les François, non contens de ce que ils passassent sans être vus plus de près, efforcément férirent sur leur queue, premier que venissent à la dite abbaye , et d'une empeinte ' bien soudainement et asprement poursuivie, en ruèrent jus environ trois ou quatre cens, que de mors, que de pris, que d'uns, que d'autres; et atant s'en retournèrent les acteurs vers leur compagnj'^e Cjui estoit demeurée pied ferme, surattendant. Sy, de celle escarmouche et envahye faite sur eux, eust pu venir un desroy, et une meute de battaille à bon escient, mais nennil : les Anglois en ouvrèrent plus sagement, et voiant bien qu'il n'estoit pas heure de soy venger, et que pour eux mieux valoit perdre une partie que le tout, ils se boutèrent en l'abbaye du Bec, et là se logèrent sauvément assez, voire parmy la bonne diligence qu'ils prirent de bien regarder devant eux; car il faut entendre que toute la compagnye françoise 3'" vint devant ; mais pour ce qu'ils véoient la dite place non recouvrable sur telle puissance, et sur tant de si vaillans hommes comme il y avoit dedans, sans grant perte et sans grant coust des leurs, ils les souffrirent à celle heure, et pour celle fois les laissèrent en paix; et sans retourner à leur siège, prirent leur retour vers leur pays d'Anjou, sans faire autre exploit.
• Empeinte, choc, attaqiio.