‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 108 sur 141 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

Comment le seigneur de Harcourt et les Dauphinois vinrent à Saint- Riquier, et gastèrent le pays tout à l'entour.

A tous lez s'efforça cestuy de Harcourt d'attraire ennemis sur les frontières de Picardie, et de les bouter es places voisines de luy, afin d estre plus fort, et moins à grever par ceux à qui il avoit pris estrif '. C'estoit le fier duc de Bourgongne, criminel en courroux, et souverainement, en grans torfais , comme de cestuy. Sy s'assemblèrent un jour le seigneur d'Offemont et Potton de Sainte-Traille avec plusieurs autres, en nombre environ de douze cens chevaux, à la requeste et par l'advertence de messire Jacques de Harcourt, tout endurcy en ceste nouvelle guerre. Et prirent leur chemin par le pays de Vimeu, passèrent Somme par nuyt à la Blanche-Taque , et vinrent bien près de Saint-Riquier. Auquel lieu ledit de Harcourt, joyeux de leur advénement, alla au devant de eux et leur fit chère et conjoyssance très-bonne.

Or désiroient bien avoir la ville de Saint-Riquier entre mains, pour eux y retraire, car c'estoit très-belle villette de guerre et forte assez; et pouvoit porter beaucoup d'annuys et de grands maux à ceux d'Abbe ville à leur dos, et au pays d'Artois qui estoit riche et gras par devant. Sy n'estoient ceux de Saint-Riquier bien volontiers, ny prests de les y bouter, ains par l'espace d'aucunes heures leur firent refus de leurs portes; mais celuy de Harcourt tant fit par paroles et par promesses que enfin il les amoly, et

' Estrif, querelle.

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que rentrer leur fut accordé. Et y entrèrent à telle heure, tel y avoit, à qui la saillie cy après coustera cher. Bien fut aise celuy de Harcourt , et souverainement les survenus, les seigneurs d'Offemont et Potton, quand se trouvèrent logés en ville si grasse et bonnes frontières pour devenir riches et drus; et faisoient Latailles, rencontres, destrousses et entreprises par cœur et par pensées, ainsi que on fait les chasteaux en Espagne. Ils prenoient gens et rançonnoient et comptoient les deniers, dont l'or gisoit au parfond de la myne ; car tout leur sembloit riflé devant eux. Et de fait commencèrent à faire de maux assez, qui à autruy tournèrent à grand dommage, mais à eux à peu d'acquest. Et de fait hruslèrent une belle esglise où s'estoient retraits aucuns bons hommes riches atout leurs biens, lesquels ils amenèrent prisonniers, et de tels et semblables maux, commencèrent à faire beaucoup de traveil sur le pays. Et avoient attrait à eux un Nicaise de Boufflers, capitaine de La Ferté , laquelle il leur mit en leurs mains; et sy fit celuy de Durgy, sur la rivière d'Autye, aussi. Et y avoit une moult belle place nommée Douverier, que Potton acquit par force de langage et de corruption au capitaine, par laquelle la ville de Montreul souffrit tantost largement d'annuy ; sy fit tout le pays marchissant.

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