‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 109 sur 141 · CHAPITRE LXXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXI

Comment le duc de Bourgongne fit mandement de gens d'armes pour résister aux dauphinois et les fit marcher avant vers Saint-Riquier.

Or estoit le duc de Bourgongne en retour à toute son armée du voyage qu'il avoit fait à Mantes, cuidant avoir combatu son ennemy le dauphin, et estoit jà descendu jus-

ques à une ville nommée Croissy, près assez des marches où estoient venus ces nouveaux liostes eux nourir et engrasser sans payer escot, et tout à l'enhortement, ce savoitil bien, et par malice de seigneur Jacques de Harcourt, Il prit conclusion en luy d'y pourvoir prestement par puissance et de quérir ses ennemis en barbe, fust par siège ou par bataille. Et de fait fit liastif mandement par tous ses pays, et commanda à mettre sus g-ens d'armes à tous lez, tant des bonnes villes du roy comme des siennes, dont il tira grand nombre d'arbalestriers et de canonniers. Et mesmes en personne alla en la cité d'Amiens requerre ayde et fournissement de vivres au siège qu'il entendoit à mettre, à l'aide de Dieu, devant Saint-Riquier, prochainement; en quoy ceux d'Amiens, fort affectés à luy complaire, (sy firent plusieurs autres villes), lui promirent assistance et service, dont moult fut esjoy ledit duc ; et partant de eux s'en vint à Auchy, un bon gros village appertenant à un sien vassal, son chambellan le Ber d' Auchy; et là se tint par aucuns jours, attendant gens d'armes de toutes parts, dont il en vint, tous les jours, nouveaux. Or avoit-il envoyé, passé deux ou trois jours devant, messire Jehan de Luxembourg avec un nombre de gens vers Dommart , en Ponthieu, enquérir et sçavoir de Testât et de la puissance des ennemis survenus, ne quelle conduite, ne quelle convine ils tenoient entre eux, car cela le pouvoit beaucoup advantager en son entreprise. Sy avoit fait ledit de Luxembourg son devoir et pouvoir ; et retournant audit lieu d' Auchy tout instruit de leur estre, en fît le rapport tel quel qu'il avoit trouvé : c'estoit que, du nombre qu'ils estoient, ils estoient gens entreprenans et de courage et bien à douter. Le duc bourgongnon qui estoit vert et vineux, et gaires n'acoustoit au danger des armes, peu se trouva là au moins

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csmii de ce rapport. Mais constant tousjours en son entreprise, sur la fiance de ses nobles vassaux et de son bon droit, fitdeslogier son ost de la ville d'Aucliy pour aller au Pont-de-Remy, que ses ennemis tenoient, forte place et puissant, située par manière d'une isle, close toute à l'entour de la rivière. Sy luy plut ainsi, ou parce que son cliemin ainsi s'adressoit, ou que attainer vouloit ses ennemis en avant vers ledit lieu du pont. Il passa devant la ville de Saint-Riquier, où ses ennemis estoient, mais n'estoit pas de si près que nuls engins pussent attaindre, ny adommaigier sa route, mais trop bien donner despit à l'ennemie g'arnison qui y estoit. Et en passant par devant ladite ville en fier et vertueux arroy vint loger au lieu de sa conclusion, le Pont-de-Remy, non pas dedans, mais droit devant, en aucunes maisons qui là estoient. Sy en furent les dauphinois tous esbaliis quand se virent approchés de tels voisins; et ne se cuidoient pas joyeux de leur venue, car véoient bien qu'il leur faudroit changer logis et partir par adventure à maie haste. Par quoy pour monstrer au moins bon vouloir de courage et de se oser mettre en défense possible, certes là oii les corps ne pou voient rien faire par eux mettre hors de leur fort dedans leur clos, ils jetèrent fusées de feu es maisonnemens de leurs ennemis les Bourgongnons, tellement que toutes, d'une à autre, furent brûlées et anéanties, et à grand paine sauvés leurs biens et chevaux qui y estoient, sans qu'il y en demeurast une part; et fallut qu'ils se pourvussent ailleurs de logis, car là n'en y avoit tantost plus point.

Sy se logea l'ost un peu plus arrière, jusques à lendemain, le jour de la Magdeleine ' , que les arbalestriers d'A-

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miens avec aucuns autres gens d'armes dévallèrent contre val la rivièie de Somme, environ douze bateaux, tous délibérés d'entrer en ladite isle et de envahir par force sur les possesseurs ; mais eux non se sentans fors iDourlai^ouvoir défendre encontre si grand puissance de gens, qui aborderoient à pied sec à eux pour cause de leurs navires, tantost abandonnèrent ladite isle, et fuyant vers le chasteau d'Araines et autre part, prenans et emportans ce qu'ils purent de leurs biens, délaissèrent la place sans garde et sans défense, et l'abandonnèrent, ne leur cliailloit à qui. Et tantost ceux qpi estoient dedans habitans anciennement , les bons hommes du costé où estoit logé l'ost du duc, laissèrent couler le pont au bas, et luy donnèrent l'ouverture et l'entrée au Pont-de-Remy, qui tantost le fit brusler et mettre àgast, jusques à riens y laisser, ne chasteau, ne maison, ne buron' , afin que autre ne s'y esbattist plus, ny logeast au grief, ny au dommage de nulluy. Car nul n'en eust pu bonnement faire son profit, car trop estoit foible pour tenir contre autre jouissance, et greveuse assez pour faire des maux sur les non forts. Dont les autres qui estoient logés aux chasteaux de Mareul et d'Eaucourt, quand ils virent le duc bourgongnon leur ennemy si près d'eux, et doutant sa puissance, boutèrent le feu èsdites maisons aussi, et tirèrent à Saint-Riquier, cuidans y estre à sauveté.

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