‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 113 sur 141 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

De plusieurs chevaliers qui furent faits avant la bataille entre les deux osts, et (le la bataille qui s'engagea très-fellement.

Mais afin que la valeur des hommes nobles appère, et soit congnu qui a bien fait et qui mieux en leur temps, maintenant besoingne-il savoir les noms principalement des hauts et vaillans hommes qui estoient emjDrès ce jeune prince, le duc des Bourgongnons, en ceste assemblée par devers luy, et à l'autre lez aussi du costé de ses ennemis les dauphinois. Pour venir doncques aux noms de ceux du parti bourgongnon , y fut premièrement messire Jehan de Luxembourg, le seig*neur d'Anthoing-, le seigneur de Croy, le seigneur de Jonvelle, le seigneur de la Viefville, le seigneur de Longueval, le seigneur de Jenh^, le seigneur de Roubais, messire Jehan de Roubais, le seigneur d'Incy, le seigneur de Saveuses, le seigneur de Crèvecœur, le seigneur deNoyelle, nommé le blanc chevalier, le seigneur de Humbercourt et ses deux fils, messire Philippe Veyre,

' Locutiou proverbiale. Écvaicr à l'avoine, attendre les événements.

le seigneur de Mailly, Jehan de Fauceux , le Moyne de Rentj, messire David de Brimeu, messire Audrieu de Vallins, le seigneur de Saint-Symon, le seigneur de Fromesent, Regnault de Longueval , Aubelot de FoUeville, le bastart de Coucy, messire Loys de Saint-Saalieu , Jehan de Flavy, Andrieu de Toulonjon , messire Philippe d'Andrenet, messire Gauvain de la Viefville, messire Florimont de Brimeu , messire Mauroy de Saint-Légier, messire Andrieu d'Azincourt, le seigneur de Comynes, le seigneur de Masmynes, messire Colard de Comynes, le seigneur de Steiuhuys, messire Jehan de Hornes, messire Rouland de Hutkerke, messire Jehan de Hutkerke, messire Guillaume de Halwin, messire Adrien Vilain, messire Jehan Vilain, messire Daviot de Poix, le seigneur de Moyencourt, et plusieurs autres en grand nombre dont je n'ay pu attaindre les noms. Et à l'autre costé y a voit : le seigneur de Conflans , le baron d'Ivry, le seigneur de Moy, Loys d'Offemont , messire Gilles de Gamaches , Loys de Gamaches , Potton de Sainte-Traille, messire Eegnault de Fontaines, messire Charles de Saint-Saulieu, Jehan de Proisy, le marquis de Sore et son frère, Pierron de Luppel, Jehan Eaoulet*, messire Jehan de Eogan, messire Raoul de Gaucourt, messire Loys de Tiembronne, le seigneur de Monmort, Bernard de Saint-Martin, Thiebaut de Gerincourt, Galahault d'Arsy, messire Sarrazin de Beaufort , Robinet de Verseilles, Jehan de Verseilles , Jehan de Joigny, Y von Dupuis, Jehan de Sommain, Jehan de Dourdas et aucuns autres qui ne sont point venus à mon sçu. Et pouvoient

' Une narration historique sur ces mômes événements, attribuée à Jean Raoulet, a été publiée par M. Vallet de Yiriville, à la suite de son édition de la chronique de Jean Chartier. Jean Raoulet était capitaine de Beaumont-en-Argonne.

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estre tous mis ensemble ceux-cy, de cinq à six cens hommes d'armes et trois ou quatre cens archiers, gens bien en point qui s'estoient assemblés de plusieurs garnisons les plus eslus.

Quand doncques Potton de Sainte-Traille s'estoit apperçu, par l'information de messire Jacques de Harcourt, que les garnisons se dévoient assembler pour venir lever le siège de devant luy et combattre le duc leur ennemy, doutant peut-estre qu'ils ne venissent si tost qu'il voulsist, bien secrètement sembla dehors luy douziesme, et laissant la ville en bonnes mains, garnye et pourvue, s'en alla passer Somme par nuyt, et vint joindre avec lesdites garnisons, cuidant, par ce qu'il savoit et congnoissoit le contennement du siège du duc et de son ost, leur faire faire un grand et mortel exploit sur luy. Or failloit ledit Potton en ce; car le duc bourgongnon, sans leur donner celle peine de le venir quérir, se vint présenter mesmes en leur main, là où ils l'alloient quérant. Sy chevauchoient, comme j'ai dit dessus, les deux batailles fièrement l'une contre l'autre. Et vèoient bien les dauphinois, que combattre les faudroit ; aussi le quéroient-ils , mais non pas si tost ; car ils cuidoient avoir jointe avec eux la compagnie de Saint- Riquier, et messire Jacques de Harcourt, à toutes ses gens, dont ils n'avoient nuls, Sy leur convenoit faire de nécessité vertu, et faire du mieux qu'ils pourroient de leur trouppeau, qui estoit bel toutes-voies et bien à douter. Et firent des nouveaux chevaliers plusieurs, entre les autres Gilles de Gamaches , Eegnault de Fontaines, Collinet de Villequier, le marquis de Sore,le seigneur de Saint-Jehan, Jehan de Rogan, Jean d'Espaigny, Corbiau de Rieu et Sarrazin de Beaufort. Et tandis que chevauchoient les deux batailles, pour venir joindre, vinrent férant des es-

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pérons aucuns autres qui estoient demeurés derrière ; et n'estoient pas venus si tost que le duc bourgongnon, au partir d'Abbeville. Et vinrent joindre à la queue de sa bataille droit à point ; mais sembloient aucuns plus effrayés qu'il ne faisoit mestier, comme vous orrez tantost. Sy furent faits de la partie du duc plusieurs chevaliers , qui ce jour bien achetèrent chevalerie, tel y avoit. Dont celuy qui premièrement en requit l'ordre ce fut le duc mesmes, lequel s'adressa à messire Jehan de Luxembourg chevauchant d'un costé, et froidement, sans montrer sembler esmu, lui bailla son espée et va dire : « Beau cousin , en « nom de Dieu, je vous requiers chevalerie. » Ledit de Luxembourg le prit à très-haut honneur, et luy bailla l'acoullée, disant : « Monseigneur, en nom de Dieu et de « monseigneur Saint-George, je vous fais chevalier; que « aussy le puissiez-vous devenir, comme il vous sera « bien besoin et à nous tous ! » Sy croy, et ainsy le maintiennent les bons, que puis l'heure qu'il le devint, oncques meilleur ne se trouva entre les chrestiens. Les autres chevaliers après furent Philippe de Saveuses, Colard de Comynes, Jehan de Stenhuys, Jehan de Roubays, Adrien Vilain, Jehan Vilain, Philippe d'Andrenet, Daviot de Poix, Gérard d'Aties , Gauvain de la Viefville , Andrieu d'Azincourt, Le Moisne de Renty, Colinet de Brimeu, Jacques Pot, Loys de Saint-Saulieu , Guillaume de Halwin, Derre de Cauroy et aucuns autres.

Or faut-il venir à la bataille où le barguigner maintenant n'avoit lieu ni pour un, ni pour autre, car trop estoient approchés de près. Sy faut entendre que jà par avant on avoit envoyé l'estandart de Philippe de Saveuses, atout six vingts combattans au travers des champs à couvert sur ce costé des dauphinois, pour venir férir dedans

eux sur esle quand la grosse en sourdreroit par devant. Et menoient cest estandart, messire Maiiroy de Saint-Légier et le bastard de Coucy. Or sembloit-il aux dauphinois que par baudeur et fièrement aller en ceste besongne, ils pouvoient espouvanter leurs ennemis , et venir à la victoire du jour. Sy leur doubla leur orgueil, et férirent chevaux des espérons, et à lances baissées vinrent courans sur les Bourgonguons, avec leur prince qui y estoit au front bien accompagné, mais non pas vestu de sa cotte d'armes, car autre l'avoit et la portoit pour abuser ses ennemis ' . Et reçurent lesdits dauphinois comme peu esmus de leur orgueil, et s'eutreférirent de leurs lances agûes trèsfellement. Là y eut un grand et horrible froissis, et un pesant et mortel assemblement en cestuy premier encontre, dont maint bel homme d'armes et vaillant en estour se trouva levé en air, blessé à mort ou à terre, car chacun mettoit mortelle main à son compagnon là où il pouvoit joindre. Sy pensez que si les dauphinois avoient grand faim de se monstrer fiers et espouvanteurs de gens, que le duc de Bourgongne, à qui plus cuisoit sa vieille playe que la présente bataille, n'en a voit rien moins, ains y monstra fierté d'un chevalier % non d'un roy, ni d'un fils, mais d'un

* Nous apprenons, en effet, par un compte de Gui Guillebaud, qu'on avait résolu, pour exposer le duc à moins de périls, qu'il mettrait la cotte d'acier et le gorgerin de Milan choisis par son écuyer Huguenin du Blé, mais qu'un autre chevalier porterait la brillante armure oii sa devise accompagnée de fusils et de flammes, « nuées de rouge clair à manière de feu », s'enlaçait parmi les écussons de ses nombreux états. Ce chevalier fut le sire de la Viefville (Jean Chartier, éd. de M. Vallet de Viriville, I, p. 20). Le sire de la Viefville sur qui se porta principalement la fureur des dauphinois, périt dans la bataille, et le duc lui fit faire des obsèques solennelles à Abbeville.

^ Et pour ce qu'il fut à ce jour fait chevalier, il luy sembla que honneur vouloit qu'il gaignast les espérons dorés, pour laquelle chose il monstra merveilleuse magnamité , vu son jeune aage , car luy enserré

liomme dont nature ne congnoissoit la composition ni la naissance des horribles et hauts faits que elle y véoit ; car cœur de lyon, ou de tygre, ou de drag'on, tous mis ensemble, ne peut monstrer l'aigreur, la felleté et les horribles faits que de sa seule main il monstroit en l'espesse meslée de ses ennemis, aux quels il donnoit Inde et frayeur de son bras que il estourmissoit tout ce qu'il trouvoit devant luy, et luy tiroit sang du corps ou la vie ' . Sy ne cuide nul que ce soit langage glosé par faveur, ni fiction faite par flatterie ; car, comme les hauts hommes de son temps , plusieurs fois en ses faits ailleurs l'ont bien congnu et esprouvé. Certes nature y avoit mis de valeur tant et si la,rgement que en son temps ne s'est nul trouvé son pair.

de trois lances de ses ennemys, tenu par la teste d'un quatriesme qui luy tenoit la teste soubs le bras à la eornemeuse , despourvu de sa lance, son espée en sa main , par courag'e et proesse se deffist d'eux et non content procéda outre en combatant ses ennemys tant qu'il les mist en desarroy et en fuyte , et en créança à ceste lieure trois de sa main. Puis vit en fuyte les des susdits trois capitaines qui tous trois fuyoient ensemble et les cognut parce que l'un de ceux qu'il avoit créance luy declaira. Luy seul piquant le cheval de l'espéron les poursuivit et rataingnit, premier le seigneur de Confians et le créança. Après poursuivit Potton de Sainte-Traille et pareillement le créança. Puis cbassa de force Jehan RoUet qui estoit le tiers , lequel se sauva par la vaillance de son cheval qui plus avoit de couraige à fuyr fort que son maistre n'avoit à soy deflTendre. Cette histoire n'ay-je pris eu cronicques, ny en escript, ne si ne le scay, ne tiens d'autruy que de luy, mais je le scay de luy-mesmes qui auresfois en ses privées devises le m'a compté, non pour jactance ou vaine gloire, car chacun scet (qui de lui avoit cognoissance) que en tels cas qui redondoient à sa louenge, il eust avant dit moins que plus. (Guill. Filastre, la Toison d'Or.)

• Ce fut à cette journée, et probablement par allusion à quelques paroles qu'il prononça , que le duc Philippe fut surnommé : le vaillant qui qtt'en hogne.

Mil jn"^ sxi, le franc duc de Bourgongne,

Devant le Blancque-Tacque, fit tant bien sa bosongno

Que tous les adversaires mit jus, ne sais qui hongne.

Par qiioy, si je dis ce qui est vray en soy, je m'ose eslargir de louer ce qu'il vaut en la forme qu'il a vain.

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