CHAPITRE LXXXXIX
Comment, après la reddition dessusdite, plusieurs villes et forteresses se rendirent à iceluy roy d'Angleterre , auxquelles il commit gens de par luy.
La prise de ceste ville de Meaux, avec les exécutions que le roy anglois fit des pris de dedans, donna espou-
* Louis du Gnst, bailli de Meaux.
- Le 25 mai 1422, c'est-à-dire le jour où la reine d'Angleterre arriva à Vincennes.
* On trouva aussi à Meaux trois moines de l'abbaye de Saint-Denis contre lequel Pierre Cauclion, si célèbre depuis, exerça sa rigueur et sa vengeance. Il voulait, dit Juvénal des Ursins « monstrer qu'il estoit bon et zélé anglois. »
* Les Parisiens remarquèrent « qu'il portoit en sa devise une queue de renard. » Journal du Bourgeois de P«r2S. Monstrelet ajoute : « En quoy « aucuns sages notoient moult de choses. » Ceci explique l'épigramrae placée dans la bouche du duc Philippe, devenu l'ennemi des Anglais :
Anglicus in tergo caudam gerit, est canis ergo : Cum tibi dicit : Ave ! velut ab hoste cave.
A Paris, on poursuivait les Anglais et leurs partisans du cri : « Au renard! au renard! » Jean Charticr, I, p. 228.
vantement à toutes autres gardes des places et forteresses de l'alentour, et tellement que tous presque et la pluspart des capitaines, quand virent la cruauté dudit royet la manière de son procéder, envoyèrent devers luy pour avoir traité et appointement et pour luy rendre en ses mains les places que tenoient. Duquel nombre fut le seigneur de Gamaches, celui qui traita pour rendre Compiègne , comme qui en estoit capitaine; pareillement pour Mortemer, Gournay, Remy, Neufville en Hez , Crossonsart; et de toutes icelles bailla ostages de les rendre dedans le dix-liuitiesme de juing' en la main des roys de France et d'Angleterre ou de leurs commis. Traita aussi pareillement messire Loys de Thiembronne, pour la ville de Gamacbes, par condition que luy et ses compagnons s'en ^Toient vye et biens sauves , sous le sauf-conduit dudit roy , là où bon leur sembleroit, et demeureroient les inbabitans paisibles en faisant le serment de la paix faite à Troj-es. Dont, et parce que Pierron de Luppel estoit prisonnier en la main dudit roy , il fut constraint aussi de faire rendre le cliasteau de Montagu qu'il tenoit, et lequel aux villes de Cliampagne et à tout le pays à l'environ de luy avoit fait des maux sans nombre et des oppressions sans mesure. Aucuns autres, quand de cecy s'aperçurent et virent que leurs voisins se rendoient par peur et sans coup férir, boutèrent le feu en leurs places, les démolirent toutes par despit, et s'en allèrent en divers lieux h sauveté. Sy furent arses Mouy en Lannois, Montrescout etBrisy. Et comme il a estédit que le seigneur d'Offemont avoit esté pris par nuyt cuidant entrer dedans Meaux, et que le roy d'Angleterre le tenoit en ses mains , il est vray aussi que pour sa délivrance il
» 18juinU22.
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s'oblig-ea au roy de rendre les places de Crespy en Vallois et Picrrefons , et tontes autres renommées places de son obéissance, sauf toutesfois rpie tout ce qui estoit appertenant audit sieur d'Offeraont , villes et cliasteaux, tout lui demeuroit franc et net, parmy ce que il jura la paix faite h Troyes dernièrement, de l'entretenir bonne et léale, sans jamais aller àl'encontre; et de ce bailla caution et bonne sûreté audit roy, c'est à sçavoir l'évesque de Noyon et le seigneur de Cauny, lesquels sur corps et biens se obligèrent; et partant fut mis à délivre.