‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 132 sur 141 · CHAPITRE CV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CV

Comment le duc de Eourg-ongne se disposa à aller présenter le combat au dauphin.

Or estoit le duc sur son partement de son pays de Bourgongne, car avoit de grands affaires autres en ses Pa^'s- Bas, comme en Flandres et Artois, que jà bonne pièce n'avoit vus. Par quoy quand les nouvelles luy vinrent de ceste bataille, lui convint changer propos, et soy disposer

à la nécessité du cas. Sy envoya promptement par toutes ses terres et seigneuries pour amasser gens et pour luy venir au secours", et non soy présumant en propre puissance, envoya devers le roy d'Angleterre aussy, afin d'avoir son ayde en aucun nombre de gens, lequel respondy aux envoyés pour ceste matière : « Certes, je n'y envoyerai point « à beau-frère les gens que il me requiert ; mais moy- « mesmes en personne , à l'aide de Dieu , iray avec mes « gens eu son secours, » Et lors sans tarder fit apprester chacun pour aller à ladite journée, disant que en personne y vouloit estre, nonobstant que malade fust très-durement, et de celuy-mesmes mal dont temprement après il mourut, combien que point ne le cuidoit ; mais ainsi plaisoit-il au Créateur des choses, celuy qui fait vivre et mourir, faire estre près de sa fin, iceluy qui, par convoitise de régner en la gloire du monde, ne resoignoit à inférer persécution au chrestien peuple, lequel, par criminelles batailles et tyranniques oppressions maintes , il avoit humilié en France sous le glaive, et encores présentement cherchoit à faire du mesmes, jà-soit-ce-que ce fust plus en faveur de son allyé le duc de Bourgongne, de qui la querelle estoit de pitié, plus que pour la sienne propre. Et pourtant disent bien vray ceux qui vulgairement disent que l'homme propose, mais que Dieu dispose : car cestuy fier roy et puissant, qui jà le préau ventral et le thrône de France avoit saisy et appliqué à luy, et le remanant poursieuvoit à y adjoindre par puissance, à l'heure quand plus se fioit en sa fortune , le' vint toucher la main de Dieu , et soy offrant à la bataille à l'encontre de l'héritier de la couronne , vint cheoir en sa finale terminaison de son règne , par impourvue maladie non garissable. 0 roy du ciel , qui es roy éternel par nature , lorsque le règne que les

hommes quièrent ici bas n'est que la durée d'une fleur ! 0 qui tout gouvernes par providence, tout disposes et ordonnes h fin convenable, et qui, en gardant en ton secret les causes des effets à venir, bons et mauvais, souffres aux choses humaines avoir mutation diversement , dont finablement ta bonté fait la raddresse ! 0 Dieu miséricors ! et quelle gloire te dévoient icy rendre les François, lesquels, après maintes calamités portées dessous ceste main , et , après en leur opprobre et confusion grièves, l'avoir vu saisir leur thronne, porter couronne en Paris, soy former leur héritier injuste, soy grandir sur les royaux subjets, soy égaliser à un roy enoint par divine permission , tendant possesser et demeurer fils par violence, pour tenir la gloire de l'héritier et de son peuple; ô vray créateur! maintenant tu reconsoles , tu ramènes et retires à espoir, ceux à qui peut-estre , par aveuglement , leur avois envoyé ce baston et fléau , revenus à congnoissance de leur démérir, las ! rompu par leur supportance.

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