‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 133 sur 141 · CHAPITRE CVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVI

Comment le roy ang'lois se voulut préparer pour soj' trouver îi la journée de bataille, mais ne lui fut possible à cause de sa maladie.

Le roy anglois doncques sur le commencement de son mal, mais non cuidant mourir, estoit à celle heure à Senlis, quand ces nouvelles lui vinrent. Lequel prestement donna charge à son frère de Bethfort et au comte de Warwyc de mener sa puissance tout droit vers Bourgongne, où estoit son beau-frère; et luy-mesmes prenant congé du roy Charles, de la royne, et de la royne sa femme qu'oncques depuis ne vit, s'en vint à Melun , et là

se fit mettre en une litière , sur intention d'aller à la journée promise. Mais sentant empirer son mal de plus en plus fort , se fit mener au bois de Vincennes , comme pour son dernier repos , car là s'alita ; et luy* donna Dieu sa termination à la vie et rechopement' à son régner, qui de sa briefveté du terme usa toutes-voies sagement , et en grand préavisement sur toutçs choses monstra fin mémorable.

Toutes -voies pendant que le roy anglois se préparoit ainsi à la journée, et que les princes de son ost alloient jà battans ferrans en approchement du lieu, messire Jehan de Luxembourg , le seigneur de Croy , messire Hue de Lannoy, ensemble tous les capitaines de Picardie , s'avancèrent aussi à tout effort pour estre audit lieu; et passant par emprès Paris, et de là par emprès Troyes, parvinrent en Bourgongne , où estoit leur prince, en la ville de Vézelay. Lequel, et les princes d'Angleterre et ses propres gens, reçut là révéramment et à grand chière, et les reiûercioit trèstous de leur bonne amour en son besoing. Mais voyans tous ensemble le jour estre prochain que la bataille se devoit faire, disposèrent de leur affaire diligemment, ordonnèrent avant-garde, bataille et arrièregarde % firent une mixtion amiable de trois nations en-

» Rechopemeni, fin, arrêt.

2 Je reproduirai ici un plan de bataille qui est à peu près de l'époque dont nous nous occupons. L'année n'y est pas indiquée :

En lost de Monseigneur devant Barsailles le xvii« jour de septembre, a esté avisé à la correction de Monseigneur et de son conseil sur le fait de sa bataille en la manière qui s'ensuit :

Premièrement, qu'il soit mandé et enjoint h Monseigneur le maresclial et à nos autres seigneurs de l'avangarde que très-diligemment et continuemont ils mettent sus cbevaucheurs dignes et de foy en souffisant nombre pour savoir Testât des ennemis de mondit seigneur et que ce qu'ils en sauront le facent incontinant savoir à mondit seigneur affin que toujours il soit averti de ce qu'il aura à fére.

DE ClIASTELLAIN. 325

semble , l'une parmy l'autre, par peur de noise qui pourroit sourdre entre elles, pour l'obtenement du los plus ou moins en la victoire. Et pour ceste cause, le duc qui avoit deux nations siennes contre une d'emprunt, mit celle

Item, qu'il soit crié de par mondit seigneur que un chascun de quelque estât qu'il soit, se tiengne en son estandart ou bannière en la bataille, sans soy.en aucunement départir, et que le jour de la dicte bataille, aucun sur peine de perdre corps et biens ne s'enfuye et que dès maintenant mondit seigneur abandonne h tous, les corps et biens de ceulx qui feront le contraire s'aucuns sont. Et vuelt que ceuls qui les trouveront ainsi fuyant, les occyent et détaillent par pièces, et à euls leurs biens estre appliqués. Et se d'aventure ils n'estoient prins, Monseigneur les répute traystres, mauvais et crimineulx de crime de lèse-majesté.

Item, et que se les dis ennemis venoient et prissent place, vea qu'ils sont près de Paris, où ils pevent largement et de légier se recouvrer de canon, chausse-trappes, ribaudequins et autres tels habillemens de guerre, mondit seig'neur ne les doit point combatre , mais tirer son chemin où bon lui semblera et mettre provision d'arrière-garde puissant pour leur résister, s'il estoit besoing*.

Item, que Monseigneur de Salenove, Etor de Saveuse, Jaques de la Baulme, le seigneur de Gaspaines, Jehan de Guignes, Jehan du Clo et messire Castellain Yast, qui pevent estre en nombre d'environ mille hommes d'armes et avecqvies eulx tout ce qu'ils pouront avoir de bons variés armés pourveu , que de leur compaignie mettront dehors tous compaignons mal montés non usaigiés à cheval et les envoleront soubs tels capitaines que bon leur semblera en l'avangarde pour icelle fortiffier. Et se par ceste manière n'avoient le dit nombre de mille hommes, d'armes, qu'il leur soit parfait d'aucun estandart.

Item, que incontinant que nouvelles viendront de la venue desdis ennemis que lesdis mil hommes d'armes qui seront à cheval se tirent hors de la batailleet avangarde à une parf, et s'ils veoient nos dis ennemis venir en aucun mauvais gouvernemicnt, ou que leurs gens de cheval et de pié feussent entremeslés ensamble, ils férissent parmi iceulx chaudement.

Item, et se nos dis ennemis venoient en belle ordonnance, les dis mil hommes d'armes se trairont en ung costé de l'avangarde assez au large pour faire après selon ce qu'ils verront estre expédient, soit de férir sur leurs gens de chevaulx, s'ils en ont, ou sur leurs gens de trait, ou aler à Teutour d'eulx pour froper sur le dos, dont très-grant bien pourroit venir.

Item, que se les dis ennemis nous venoient courir sus pour com-

526 CimOMQUE

d'emprunt en égale portion de toute honneur avec les siennes propres; et en cest estât partant de Vézelay, vinrent jusques au lieu du siège où le dauphin estoit. Lequel sentant leur venue et leur approchement si redoutable , trouva par conseil d'abandonner le lieu , plus tost que de combattre. Et en effet, le duc de Bourgongne, logé devant luy et tout au plus près pour combattre , au matin le dauphin mesme se deslogea , et se alla retraire à Bourges', ni depuis ne comparu personne en son nom, en ensuivant sa promesse. Par quoy champ et ville et le tout pour celle heure demeurèrent au duc, et le souffrir en demeura à l'héritier de la couronne qui n'estoit pour lors pas maistre de sa fortune.

batre, toute l'avangarde se mettra à pié, en place la plus avantageuse que l'en pourra , et renforcera mondit seigneur la dicte avangarde d'autant ou de plus que mondit seigneur n'en oste pour mettre à cheval.

Item, que tous archiers et arbalestriers de ceste présente armée, excepté iii«, se mettront soubs deux petis estandars en deux belles devant la dicte avangarde, et seront les dictes gens conduis par deux notables et vaillans gentils hommes qui auront le gouvernement des dis estandars et gens de trait.

Et des personnes soit pourveu en l'avangarde par Monsieur le mareschal et en la bataille par Monseigneur.

Item, la bataille de Monseigneur, se la place est large, se mettra à ung des costés la dicte avangarde, à pié près d'icelle ou derrière environ XL pas, et tellement que se nos ennemis ne faisoient que une bataille, que avangarde et bataille se puisse mettre ensamble et tout en ordonnant.

Item, que si la dicte place est estroicle, l'avangarde, avecques les gens de trait, se maintiendra comme dessus est dit, et la bataille se tiendra derrière environ l ou i,x pas et ce pour cause de l'estroit.

Item, que après et au derrenier de ceste bataille comme au trait d'un arc ou environ seront à cheval un" lîommes d'armes avecques leurs varies et les ni" hommes de trait dont dessus est faicte mention, et ce pour arrière-garde, et tellement que se aucun des g-ens de cheval des ennemis estoient ordonnés pour férir au dos derrière de nos gens qu'ils y remédiassent, tant par les dictes gens d'armes que de trait.

Page 1