‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 135 sur 141 · CHAPITRE CVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVIII

Des hautes solemnités qui furent en Londres de ce roy défunt, et de ses hauts et prlorieus faits.

Après ces choses faites , partirent de Paris les princes anglois, menant le corps de leur roy vers Rouen, là où, quand ils furent arrivés, mirent le corps arrière en la grand église de Nostre-Dame, en toute haute magnificence de service. Lequel fait, et que la roy ne veuve y estoit venue aussi , mirent le corps de luy sur un chariot que quatre chevaux blancs menoient ; et la fiction de son image firent faire, de cuir boully, vestue réallement et peinte au vif, couronne d'or en teste, sceptre en une main et une pomme d'or en l'autre. Et en celuy estât, le visage vers le ciel , couchoit sur un lit dont la couverture estoit de vermeil battu en or ; et au dessus de luy portoit-on un poêle comme à la Feste-Dieu, par champs et par ville , fai-

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sant partout vigiles et orations comme en l'église. Partant doncques de Rouen, vinrent à Abbevijle faire pareilles magnificences ; d'Abbeville à Hesdin ' ; de là à Calais et jusques à Londres : auquel lieu furent mis aux quatre chevaux de son chariot quatre nouveaux colliers peints de diverses armes. Le premier sy estoit peint des anciennes armes d'Angleterre, le second des armes de France et d'Angleterre esquartelées , le tiers des pleines armes de France , et le quart du noble et puissant roy Artus , dont l'escu estoit d'azur à trois couronnes d'or, Sy seroit chose longue à raconter et à dire les pompes et beubans qui furent faits audit lieu de Londres pour ce corps sans âme. Et mesmes à l'enterrement à Wasemoustier ^ n'avoient esté vus deux cens ans auparavant semblable , ni de telle cérymonie, ce que encores continuent quand y eschiet mort de roy.

De ce roy d'Angleterre nommé Henry se peuvent faire hauts et glorieux comptes, et lesquels, nonobstant que ennemy fust des François, se ne doit celer entr'eux, quand ses vertus le recommandent longuement mémorable". Et

1 Ou lit dans un cartulaire de Térouaune : « S'enssuient les aourneménts donnés à l'église de Térouanne le sii" jour d'octobre 1422, quand on apporta le corps du roi Henri d'Engleterre, mort de France, par terre, pour porter en Engleterre. » Une autre main a ajouté : « Donné par les Englès. » — Un service solennel fut célébré aussi partout où l'on déposa les restes de Henri V, et c'est après une cérémonie de ce genre à Abbeville que le sire d'Ailly disait : « Avoit-il ses houseaulx ? nies a laissés en France. » (Monstrelet.)

== ^Yestminster.

^ Comparez le portrait que le religieux de Saint-Denis (XL, 14 et XLIII, 3) fait du roi Henri V. — Je signalerai aux futurs éditeurs de ce grave et excellent historien, un texte français d'une partie de sa chronique (Bibl. imp. de Paris, n» 1314, suppl. fr.?) — On lit dans un manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne la note suivante , ajoutée h un discours de Juvénal des Ursins : J'ay oy dire au chantre et chroni-

tout premier il estoit prince de justice tant envers soymême, par exemple, comme envers autruy par équité (Iroiturière ; ne supportoit personne par faveur, ni torfais ne laissoit impunis par affinité de sang ; estoit sobre de bouche, véritable en parole, haut et élevé en courage, et H viles choses et basses se déclinoit envis ; n'avoit rien d'huiseuse , nulles labeurs sans fruit , et de diligence portoit le gonphanon de ses besongnes; toutes ses affaires il manioit lui-mesmes, toutes les conduisoit et dressoit, toutes les pesoit et abalançoit au doigt , premier que emprendre ; faisoit cremeur et révérence reluire en sa face , et domination redoutable en son ymage ; craignoit plus Dieu qu'il ne se fiait en fortune , et des vertueux et constans en cœur avoit la sorte ; avoit une fin dernière résolue en bien, et pour icelle accomplir s'associa au jeune duc de Bourgongne , parce que en luy véoit matière semblable à la sienne : c'estoit du voyage en la Sainte-Terre par chrestien effort , que ambedeux' en firent promesse l'un à l'autre devant Mehm, jà-soit-ce-que Dieu ne le souffrist point en tost mourant , et lequel toutes-voies s'en mit en grand devoir, car en fit visiter tous les ports de Levant pour y prendre adresse. Il descendy en France en temps de division , dont peut estre que , pour corriger les peschés des François , Dieu lui souffrit plus obtenir gloire que salut. Il humilia les François et les desconfy à Azincourt, qui, craintif de propre infortune, offroit àvuydier le royaume, non osant combattre, là où son humble douter

queur de Saint-Denis, personne de grant religion et révérence. » Adrien de But l'appelle : nofarius régis Fmncormn , monachus in Sancto-Dyonisio.—ie remarque qu'un religieux de Saint-Denis nommé Guillaume le Maire était en relation avec Alain Chartiev. * Amhedeux, tous deux.

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luy redonda en gloire , vaincueur , et aux présumans en leur force et pouvoir tourna confusion contraire , comme non celle fois seule leur estoit advenu, mais aussi à Crécy et à Poitiers semblable meschief , par tel mérir de vice. Dont l'exemple par trois fois escliu , et qui est trop , doit bien estre perpétuel miroir aux François de fuyr outrecuydance et de congnoistre que Dieu , les hommes et fortune espient et aguettent les orgueilleux pour les inféliciter, et les liumbles esvigourent et exaulcent , contraire à peine de leur espoir ' et pardifficile, comme icy, là où François a voient trois et quatre hommes contre un, et le roy auglois doutant de malaventure demeura vaincueur, après requeste de passage. Il estoit entré en France en temps de division, et en division fît esternir les divisés sous son glaive. Dont, si l'union y eust esté naturelle, comme devoit , son vertueux et hardy emprendre n'eust eu lieu sur leur ancienne gloire. Par quoy il appert que le gouvernement des hommes et les qualités de leurs mœurs sont cause de leur double fortune, prospère et adverse, et n'ont les royaumes autre félicité que celle qui gist en concorde et union des chefs, lesquels, si en paix se conforment, ils en tirent la promission subséquente; et si haines et envies se attisent en leurs courages, Dieu , par leur propre venin mesmes, les punit et corrige.

» Contraire à imne de leur espoir, au-delà même de leur espérance.

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