CHAPITRE CIX
Comment les François se doulousoient à cause de leurs impositions, tailles et autres grans mescliiefs que leur convint porter.
François à ceste heure avoient un roy mal sensible , par quoy l'autorité de gouverner causoit envj'e aux parties contraires. Y avoit de grandes et criminelles machinations, et dont les effets ensuyrent horribles; y avoit des actions volontaires et multitude de desrisions énormes, impositions iniques, tailles insupportables, persécutions diverses , et à cause desquelles peuples et citoyens des puissantes villes desfavorisoient à leur propre roy, en espoir d'alégement par autruy. Doncques non merveilles, si un roy, en un grand effort de gens, en vert jeune âge, en vertus toutes propres à conqueste , en titre d'ancienne querelle apparente, et en temps de division à lui propice, est venu calamiter ceux qui mesmes se destruisoient en propre venin, et leur a fortrait, par main tierce, usurpuer, ce que possesseurs n'ont voulu maintenir paisible , par conteudement à le destruire. 0 François , rongiez ces mots, réduisez-les en mémoire en tous âges. Vous estes heureux et félices possesseurs de région noble; mais la félicité de vostre possès, qui trop est ample, vous est matière pour vous surmonter' en orgueil, dont maintes fois avez esté corrigés par glaive. Certes, à ce roy anglois n'est à imputer la gloire de vostre humiliation , mais à vostre orgueil est due l'impropère^ d'avoir provoqué contre vous l'équité divine , non comme par vaincueurs plus
' Vous sîwmonter, vous élever plus quil ne convient. * Jmpropère, reproche.
glorieux que vos ancestres , mais comme par corrig'eurs de vos vices, non comparables à vos pères.