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li's (losL'cndants des i^'rands-échansons des comtes de Flandre, il en est plusieurs qui se retirent dans une obscurité presque complète. En 1 436, Louis de Masmincs était sous -bailli de Gand. Martin de Masmines n'était que sergent de cette ville. Néanmoins, on tenait à honneur de se rattacher à ces races chevaleresques. Louis de Blaesvelt et Georges Chastellain, issus tous les deux, par des alliances, de la maison de Masmines, sont désignés également dans les comptes des ducs de Bourgogne, par ces mots : « Loys Blaesvelt, dict Masmines; « Georges Chastellain, dict de Masmines. »
A l'ûge de sept ans, c'est-à-dire après une calme et paisible enfance, où Dieu l'avait béni et oîi il s'était, dit-il, laissé conduire par son bon ange, le jeune Chastellain apprit à lire. «La patrenôtre,» pour parler comme lui, fut à la fois sa première prière et sa première leçon, et son esprit, se développant avec ses forces physiques, s'appliqua désormais avec zèle et avec persévérance « ti « acquérir et à concevoir de plus en plus l'impression « de la science*. »
Peut-utre Chastellain se laissait-il aller à quelque souvenir personnel lorsqu'il écrivait ces lignes de la vie de Jacques de Lalaing :
« Après que l'enfant fut nourri et élevé le plus dou- « cément que faire se put, jusques à l'âge de sept ans, « et que du tout fut ôté des mains de celles, lesquelles « jusques à cet âge l'avoient eu en garde, le père, qui « estoit sage et prudent, regarda qu'il estoit en bon Age « pour l'endoctriner et le faire apprendre. Pourquoi fut
' Exposition svr vérité mal prise, cdit. Buclioii, p. 522.
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« ledit enfant baillé à un clerc pour l'enseigner , le- « quel, en assez bref terme, le rendit expert et « habile de bien sçavoir parler, entendre et écrire en (( latin et en françois, si que. nul de son âge ne le pas- (( soit. '. »
Chastellain nous apprend qu'il « estoit souple à doc- « trine, » et dès son jeune âge, il aimait beaucoup les livres « utiles et louables, » ceux où se lisent les préceptes qui viennent de Dieu, et ceux qui enseignent à trouver chez certains hommes l'exemple des autres. «Les « utiles, ce sont les hauts escrits qui parfont l'homme et « le mènent en la cognoissance de Dieu, qui le font sage « et clervoyant, éloquent et subtil et prortipt pour dis- « cerner entre le mal et le bien, entre la vérité et le mente songe. Les louables, ce sont les nobles dits des an- « ciens philosophes, des poètes, des orateurs et des « historiographes, qui traitent des faits, des mœurs, des « glorieuses vertus et hauts titres des nobles de jadis, « roys, empereurs, ducs et barons, en tous âges et en « toutes lois. »
Que de féconds enseignements , que de graves méditations offraient ces études sans cesse reprises et jamais épuisées ! « Là se trouve le miel et le sucre, la délecta- « tion et la contemplation souveraine de l'âme ; là se (( trouve le miroir par lequel on s'adresse ; là se trouve « l'exemple par lequel on s'amesare et se règle, en pre- « nant exultation en choses honnestes^ » . Chastellain avait vingt-cinq ans quand, en 1 430 , on le
* Chronique de Jacques de Lalaing, cliap. II. 3 Exposition sur vériM mal prise, p. 528 et 529.
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voyait cnôorc sur les bancs de l'Université de Louvain '; mais bientôt son imagination trop viveet trop ardente l'ent raina vers d'autres préoccupations, vers celles qui s'attachent aux affections mondaines et aux vanités temporelles'. Il ne songeait plus qu'à plaire aux dames, pour lesquelles il composait des vers, et c'était loin des solitaires retraites de la science qu'il recherchait les « variables et périlleuses habitations des cours, les « mensongères et fallacieuses hantises des grands. » Il écoutait de folles amours, il était séduit par les rêves de l'ambition. Aucun bonheur ne lui paraissait surpasser celui de vivre avec les seigneurs; rien ne lui semblait plus digne d'envie que d'obtenir la faveur des princes' ; mais que fit-il pour atteindre ce but? Nous savons seulement qu'il visita plusieurs pays% et que, dans un temps oîi tous les nobles s'abandonnaient à la passion des aventures, il mérita, entre tous, d'être surnommé lAvetitureux.
Il semble, du reste, que le dénoûment de cette carrière agitée fut assez triste. Ce fut, raconte-t-il luimême, ce fut par « longues estorses » que son âme revint à servir Dieu, en renonçant o à cette confuse « expectation.de petite durée et de doloreuse issue '. » « Il s'estoit, dit-il ailleurs, exercité sous longues etan- « nuyeuses contraires fortunes \ » mais nous ne con-
' Manuscrit de la Bibliothèque Laurentienne, n» 116, à Florence. ' Exposition sur vérité mal prise, p. 522.
* Exposition sur vérité mal prise, pp. 515 et 522.
* Ibidem, p. 515; Manuscrit do Bruxelles, n» 158-13.
* Exposition sur vérité mal prise, p. 522.
* Voyez la chronique do Chastcliain dans ce volume, p. 11.
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naissons rien des aventures qu'il tenta, ni des épreuves (ju'il eut à subir.
Chastellain dit quelque part « qu'il avoit pris sa « nouriçon de main de Bourgogne' . » Ce fut, paraît-il, en 4 433, qu'il combattit pour la première fois sous la bannière du duc Philippe, et les comptes généraux des finances portent que le 30 avril 1 434, le duc lui donna quatre-vingt-dix francs pour les services qu'il lui avait rendus en ses armées ^
Cependant, au mois de janvier 1 435, les conférences de Nevers que suivit quelques mois après le traité d'Arras, marquèrent la fin de la guerre, et Chastellain qui fuyait l'oisiveté, quitta de nouveau les États du duc de Bourgogne. Fut-ce alors qu'il s'attacha au sénéchal de Poitou? Colard ou Colinet de Brimeu, écuyer panetier de Philippe le Bon, était devenu sénéchal de Poitou ^ Colard de Brimeu appartenait à une famille puissante, plus célèbre sous le nom d'Humbercourt, qui devait payer de son sang la faveur dont elle jouissait près des ducs de Bourgogne. A Colard de Brimeu succéda Jean de la Roche. La dame de la Roche était gouvernante de Catherine de France, seconde fille de Charles YIl et de Marie d'Anjou, qui épousa le comte de Charolais. Enfin la sénéchaussée de Poitou passa à l'un des hommes les
• Chronique, édit. Buchon, p. 127.
^ A George Cliastellain, escuier, auquel mon dit seigneur, pour les bons et ag-réables services qu'il lui a fais en ses armées et autres manières et espère que fera cncores a donné de sa grâce espécial pour une fois la somme de quatre-vins-dix frans, monnoye roial,pour ce ;i lui paie, comme appert par mandement do mondit seigneur sur ce fait et donné l'an et jour dcssusdis. (Comptes de la recette générale des finances).
' Chronique de Jean Chartier, édit. de M. Vallet de Virivillc, II, p. 9.
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plus illustres de ce temps, à Pierre de Brczé, seigneur de la Varcnnc, qui eut l'honneur de partager les infortunes de Marguerite d'Anjou et d'ôtrc persécuté par Louis XI. Pierre de Brczé resta l'ami de Chastcllain qui composa sur sa captivité un traité fort touchant et fort intéressant que nous publierons, et certes il méritait l'éloge que faisait de lui Olivier de la Marche, quand il l'appelait « le plus plaisant et gracieux parleur que l'on « sceust nulle part, sage et grand entrepreneur '. »
En 1 445 et en i 44G, Georges Chastcllain fut envoyé à plusieurs reprises par le sénéchal de Poitou vers le duc de Bourgogne « pour matières secrètes, » et il reçut à cette occasion des gTatiûcations ^ qui l'engagèrent probablement à rentrer plus lard au service de ce prince.
De 1435 à 1445, Chastellain avait habité la France, et pendant ces dix années, il paraît avoir eu des relations fréquentes avec la cour de Charles VII. Ce fut ce qu'il appelle « son essource en la clarté des « François. » 11 lui y fut donné « nourriture, hantise et
* Mémoires, édit. Bucbon, p. 407.
* A George le Chastelain, escuier, serviteur de ^Monseigneur le séueschal de Poitou, pour don h lui fait par mondit seigneur, pour aide et acheter ung cheval quant il a esté devers lui avec sondit maistre, la somme de xlviij livres.
A George le Chastelain, escuier, serviteur de monseigneur de la Varenne, séneschal do Pojtou, pour don quant il a naguères esté devant Monseigneur à Gand, pour certaines choses et matières secrètes dont il ne veult autre déclaracion estre faicte : Ix livres.
A George le Chastellain, escuier, serviteur du seigneur de la Varenne, séneschal de Poytou, pour don pour lui aidier h. delTraycr de la ville de Gand, où il a esté devers Monseigneur, de par sondit maistre, auquel lieu il a séjourné par aucun temps en attendant la response de certains affaires pour lesquels il y estoit venu, dont Monseigneur ne veult autre déclaration estre faicte . xl livres. (Registres de la Chambre des Comptes h Lille.)
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« fréquentation clère, il y fut receuilli en service et y (( obtint gratuités etbénélices. En la personne du roy, « il congnut toutes bontés manoir et reçut maints hauts « bénéfices de sa main , maintes exhibitions d'iion- « neurs monstrées par divers temps et lieux'. » Chastellain offrit au roi quelques vers, entre autres un petit poëme intitulé le Thrône azuré\ et longtemps après, lorsque Charles VII et le duc Philippe s'éloignèrent l'un de l'autre, même quand Louis XI eut commencé à régner, il répétait encore qu'il plaçait la France au-dessus de toutes les nations chrétiennes ^
Ce fut alors que Chastcllain vit des personnages célèbres à divers titres, entre autres Agnès Sorel qui propageait le scandale des mœurs dissolues et des toilettes déshonnêlcs*, et ce cordelier de Valenciennes , qui s'était enfui du cloître, non pour solliciter à la cour, mais pour se faire le plus habile artilleur du royaume sur les remparts menacés de Gompiègne^ Ce fut alors qu'il connut, dans un rang plus élevé*, le roi René de Sicile, ami des poètes', et le comte de Pardiac « qui donnoit « exemple d'un excellent singulier mirouer de toute « bonne vie". »
* Chronique, édit. Buchou, p. 127, et JSxposiHon sur vérité mal prise, pp. 518, 529, 530, 549.
^ Robertet lo dit dans les Douze Dames de Rhétorique. » Chronique, p. 127. Cliastellain so montre partout fort hostile au.K Anglais.
* Laquelle je vis et cognus. Chronique, éd. Buchon, p. 255.
* Manuscrit de Florence.
' Es conventions royales, dit Chastcllain, ' ^lanuscrit de Florence.
" Ibidem.