XVI NOTICE
Qu'on ne se figure pas toutefois que Chaslellain eût oublié son pays. S'il resta reconnaissant des bienfaits (ju'il avait reçus en France, il n'en conservait pas moins un sentiment patriotique qui lui montrait ailleurs ces souvenirs du berceau, d'autant plus sacrés que là aussi était la tombe de ses pères. En Flandre , il retrouvait des mœurs plus Gères, un attachement plus profond aux institutions et aux droits des cités et des communes. Il exprime ce sentiment à plusieurs reprises, et quel n'est pas son enthousiasme lorsqu'il raconte qu'il a lui-même entendu dire au duc de Bourgogne que, soit par la constance, soit par la fermeté, la noblesse de Flandre est « la plus féable du monde'. « Aussi ses amis de France l'appellent -ils par ironie « le gros « homme flamand ^ »
Chaslellain quitta la cour de France en 1445, quand éclatèrent aux conférences de Châlons des dissentiments si vifs qu'on craignit un moment une guerre ouverte entre le roi et le duc de Bourgogne. Il y a quelque lieu de supposer qu'il assista à Gand, au mois de décembre 1 443, à un célèbre tournoi' où l'on vit siéger parmi les juges le duc Charles d'Orléans, fils du duc Louis, assassiné en 1 407 dans la vieille rue du Temple. Le confesseur de celui-ci s'appelait Adam Chastellain ' ; mais rien
' Chronique, dans ce -volume p. 268.
2 Voyez les lettres de Montferrant.
* Voyez ce qu'en dit Chastellain dans son Exposition sur vérité ruai prise.
En 1 i-10, Pierre Bladelin avait été envoyé en Angleterre pour négocier la délivrance du duc d"Orléaus. Je reviendrai sur les détails de cette mission.
* Les Ducs de Bourgogne, par M. le comte de Laborde, t. III, pp. 142,
SUR CIIASTELLAIN. xvn
îie tend à faire croire qu'il était de la famille de notre chroniqueur. Si Charles d'Orléans fit un généreux accueil à Chastellain, cet accueil s'explique aisément par son amour des lettres, qu'il cultivait et protégeait avec le même zèle que son père. Dès cette époque, Georges Chastellain avait renoncé aux armes et à sa vie aventureuse pour a acquérir mérite en labeur et impression de « science. »
Au mois d'avril 1446, Georges Chastellain accompagna le duc de Bourgogne à Arras, où il assista à un combat singulier entre Philippe de ïcrnant et un gentilhomme castillan'. Chastellain était digne d'apprécier le courage dont fit preuve le sire do Ternant, et ce fut peut-être à la suite de ce tournoi que se formèrent entre ce chambellan du duc et notre chroniqueur, des relations sur lesquelles nous ne tarderons pas à revenir.
Chastellain raconte dans son Exposition sur vérité mal prise, comment un huissier du parlement osa, au nom d'un homme obscur, nommé Dimence de Court, venir ajourner le comte d'Étampes et plusieurs barons de Picardie, en plein chapitre de la Toison d'Or, au moment oïl le duc Philippe allait s'asseoir au bancjuet avec les chevaliers. Il aurait pu ajouter qu'il fut chargé par le duc de se présenter devant le Parlement de Paris pour répondre à cette sommation'.
' A Georg-e le Cbastelain, escuier, pour don pour lui aidier à deffraier de ladicte ville de Lille au partement de Monseigneur dudit lieu pour alcr aux armes de monseigneur de Ternant à Arras : viij livres. (Registres de la Chambre des Comptes à Lille).
- A George le Chastelain, escuier paueticr de Monseigneur, la somme de cviij frans dcray, pour un volage par lui fait par le commandement
xviii NOTICE
Des celte époque, Cliaslellain figure parmi les écuycrs ])aneliers du duc de Bourgogne, et nous le voyons, en 1447, envoyé une seconde fois en France, ou il passe plus de deux mois '. A son retour, il se rend de Bruges àGand^; mais son séjour dans les États du duc de Bourgogne ne se prolonge point. Sa prudence, son habileté, lui avaient concilié la faveur de Philippe le Bon, et il fut envoyé la môme année, avec le sire de Ternant, en ambassade vers le duc de Clèves et l'archevêque de Cologne'. Chastellain était à peine revenu des
et ordonnance de Mondit seig'neur devers le roj^ pour certaines choses touclians le fait de la terre de Cousy et conté de Tonuoire, et aussy le adjournement d'aucuns ses vassaulx et fcauls de Picardie, qui avoient esté adjournés en personne à la court de parlement, à Paris, contre ung appelle Dimenche de Court, ouquel volage il vacqua depuis le xxvij" jour de septembre l'an mil cccc slvj jusque au xv« jour du mois de novembre enssuivant. (Registres de la Chambre des Comptes h Lille.)
' A George le Chastelain, escuier panetier de Monseigneur, pour don par Mondit seigneur à lui fait pour lui aidier à deffraier des frais et despens qu"il lui a convenu soustenir par certaine grande espace de temps qu'il a esté devers Mondit seigneur en son servica , en la ville de Bruxelles et ailleurs , et aussi pour lui aidier à supporter les despens qu'il luy conviendra soustenir en certain voiage qu'il fait de ladicte ville de Bruxelles , devers le roy , pour aucuns affaires dont Monseigneur ne veult autre déclaration estre faicte : xxxij livres.
A George Chastelain, etc., la somme de vj'^'^iiij frans, pour Ixij jours entiers, commenchans le xx" jour de janvier l'an m iiij<^xlvj, qu'il a vaquiés à estre aies de la ville de Gand, par le commandement et ordonnance de Monseigneur, par-devers le roy, nostre sire, pour aucunes matières touchans Mondit seigneur et ses subgès, dont il ne veult cy autre déclaration estre faicte, au pris de ij frans par jour. (Registres de la Chambre des Comptes à Lille).
^ A George le Chastelain, escuier panetier de Mondit seigneur, pour semblable don à lui fait de par icellui seigneur pour soi delTi-aier de ladite ville de Bruges et aler à Gand, la somme de xx 1. (Archives de Lille.)
=* A George Chastelain, escuier panetier de Mondit seigneur, pour
SUR CllASTELLAIN. ï,x
bords du Rliin, lorsqu'il devint malade à Bruxelles. Le duc lui donna à cette occasion, une somme de trente deux livres'.
L'année suivante (1 448), le duc chargea le sire de Ternant et Chastellain, d'une mission en Bourgogne"
On disait à la cour du duc Philippe :
N'est tel thrésor que preudhommie, Ne suyr que les bons et preux,
et Chastellain remarque aussi à plusieurs reprises que l'on peut juger les hommes par leurs sympathies et leurs amitiés. A ce titre, il est bon de citer le portrait, tracé par un historien contemporain, de ce sire de Ternant, auquel Chastellain était adjoint dans les importantes missions que lui confiait le duc Philippe : « Le seigneur « de Ternant estoit lors en fleur d'âge, beau chevalier, « de bonne grandeur, brun de visage, et de moult belle « taille, et du demeurant l'un des accomplis chevaliers « de son temps'. »
(Ion à lui fait par icellui seigneur pour lui aidier à deffraier de la ville de Bruges et aler en la compagnie de monseigneur de Ternant en ambassade devers Monseigneur le duc de Clèves et devers Monseigneur de Couloingne , pour le discors estre entre eulx , xxiv 1.
Olivier de la Marche raconte dans le chapitre XVII de son premier livre, ces discordes du duc de Clèves et de l'archevêque de Cologne.
' A George Chastelain, escuier, panetier de Mondit seigneur, pour don à lui fait par icellui seigneur, pour lui aidier à faire garir d'une maladie qui l'a longtemps détenu en la ville de Bruxelles, xxxii 1. Comptes de la recette générale des finances. {Archives de Lille.)
* A George le Chastelain, escuier, panetier de Mondit seigneur, pour don à luy fait pour le dcfTraj^cr delà ville de Hesdin et pour en aller en Bourgoingne avec Monseigneur de Ternant la somme de xix 1. {Archives de Lille.)
=! Mémoires d'Olivier de la Marche, éd. Buchon. p. 373.