‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 28 sur 141 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

tions lointaines ou affines oppressées d'aventure et vexées, trèsretentif et diligent secours en leur besoin, mais ordinairement et tous les jours à la terre sainte, où ils se rebaptisoient en leur sang, se recuisoient en divine amour, se renforçoient en foy et en profondes playes données et reçues glorieusement, acquirent couronne de martirs, aucunesfois en victoire sur les payens, autresfois, par divine permission, en ruine mesme de leur ost.

Que feroie-je plus de prolixité eu mon conte? glorieux et puissans régnèrent par longs ans, vainqueurs de chacun et de nul vaincus, conquérans sur autrui et nul sur eux, jusques, par changement de leur noble et vertueux ploy ancien. Dieu, prévoiant leurs fautes futures, leur a souffert de longue main préparer, h deux bouts de leur clos, deux verges, Bordeaux et Calais, pour en estre battus en temps de payement et punis de leur mésus, souverainement du péché d'envye et d'orgueil qui depuis leur a enveloppé les yeux et esleint la raiso,n, et ingrats envers Dieu et descongnus en yvresse de voluptés et de biens trop abondans, ont tendu et labouré à la désertion de l'un l'autre et de eux-mesmes destruire.

Parquoy maintes fois depuis, eu leur droit aveuglement, sont venus comme fléau de Dieu les Anglois, lesquels en deschirant la hautesse de leur trône et inférans maintes dures pollutions à la splendeur d'icelui par armes , ont comprimé leur puissance et renversé par fouUe' leur gloire. Et qui premiers souloient* estre tremblans en la reluisance de leurs espées, sont venus estre despiteurs de leurs osts et mortels opprobrieurs de leurs faces , souverainement en ce dernier temps, hélas, auquel sous esclistre' de division, voyant les membres d'un corps hayr l'un l'autre et le corps principal non estre en vertu, comme loups entre les oeilles'* sans pasteur, sont venus

' Ici comme ailleurs, le mot fotille est. le substantif qui n'^pond an \evhc foîilcr :parfoî(Ue, par oppression, par violence. - Souloient (du latin solere), avaient coutume.

* J^sclitre, éclair, orage.

* Veilles, ouailles, brebis.

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