XX NOTICE
A la iiu'mc ambassade se trouvait associé un jeune écuycr franc-comtois, nommé 01i^ icr de la Marche, qui était éi^alcmcnt panctier du duc. Olivier de la Marche et Chaslcllain trouvèrent le duc d Orléans en Bourgogne, et on peut sans doute attribuer aussi bien au second qu'au premier, ce que raconte Olivier de la Marche : « Le duc d'Orléans me fit et monstra grande privante , « et ce à cause qu'il estoit moult bon rhétoricien, et se a délcctoit tant en ses faicts comme en faicts d'au- « truy'. » Nous citerons, quand nous reproduirons les poésies de Chastellain, des rondeaux qu'il adressa au duc d'Orléans.
Les comptes de la maison des ducs de Bourgogne mentionnent fréquemment Chastellain, en 1448. Nous pouvons le suivre à Lille, à Arras et à Hesdin, du 22 mai au 29 juin, époque oîi eut lieu probablement son voyage de Bourgogne ^
En 1449, le sac de Fougères, en donnant lieu aux plaintes les plus légitimes du duc de Bretagne, vint rallumer des haines mal éteintes entre la France et l'Angleterre. Le duc de Bourgogne, qui désirait le maintien de la paix, envoya Chastellain vers le duc de Bretagne. Il fait allusion à ce voyage dans le quatrième livre de sa Chronique".
Il ne faut pas croire toutefois que la charge d'é-
' Mémoires d'Olivier de la Murclie, éd. Buchon, I, 17.
* Chastellain est cité dix-neuf fois dans les comptes de cette courte période, conservés tant aux Archives générales du Royaume qu'à la Bibliothèque impériale de Paris (Suppl. fr., 861).
« Chron. liv. IV, manuscrit de Bruxelles, n» 15843. Voyez aussi Exposition sur vérik' mal prise, p. 533.
SUR CIIASTELLAIN. „,
cuyer panetier, si honorable d'ailleurs, pût enrichir ceux qui devaient à ce titre l'entrée de la cour de Bourgogne. En 1 447, Olivier de la Marche reçoit trois sous par jour, c'est-à-dire exactement le même salaire que le roi des ribauds et que les valets de fruit, de torches et d'estable^ ; mais , dès l'année suivante, les gages de Chastellain furent portés à sept sous, comme nous l'apprend cette mention uniforme dans les comptes de cette année : « Georget, sept sous'. »
C'était encore bien peu de chose, et l'on comprend que les comptes de la recette générale des finances
* Jehannot, varlet de fruit, iii sous.
Jehan, Tarlet de torches, iii, sous.
Olivier de la Marche, iii sous.
Pierre, varlet d'astable, iii sous.
Le roi des ribaus, iii sous.
Michaut Taillevent, vi sous.
(Compte du 4 août 1447).
Dis ans auparavant, en 1437, Michaut Taillevent, lauteur du Psaultier des vilains, et de la Danse aux aveugles, ne figurait sur les« escroes » delà maison de Bourgogne, que comme jotieîir de farces a gaiges.
Un compte du 22 mai 1469 oiTre la mention suivante :
Philippe de Commines, xviii sous.
Le philosophe, iii sous.
Jaques de l'Espare (le célèbre médecin dont descendait le chroniqueur flamand Nicolas Despars), iii sous.
* Les archives générales du royaume offrent beaucoup de documents intéressants pour l'histoire littéraire du xv siècle. Je me bornerai à citer ici un acte du 25 septembre 1467, par lequel Matthieu d'Escouchy est nommé procureur de la ville et bailliage de Saint- Quentin, en remplacement de feu Oudart de la Porte, et un acte du 1"' mai-s 1453 qui nomme Philippe du Clercq, fils de Jean du Clercq, portier de la ville d'Arras. Le même jour, Jean du Clercq, dit le Grand Jean, résigna sa charge d'huissier d'armes du duc en faveur de son fils Philippe. Beaucoup de documents concernent Bouton et Olivier de la Marche. Le 31 janvier 1451, le duc accorda une pension à Jeanne Bouton, veuve de Philippe de la Marche, écuyer, seigneur de Chassaigne dans le bailliage de Dôle. En 1471, je rencontre la mention du sieur do Pey ou Péry, frère du sieur de la Marche.
xxu NOTICE
offrent, en 1450, d'autres menlions qui établissent que Chaslellain, au milieu de la faveur dont il jouissait, avait à lut 1er contre ces embarras dont soutient et se plaignent les chroniqueurs comme les poètes'. Peut-être le duc ne lui avait-il pas assez tenu compte des frais de ses missions et de ses voyages.
Chastellain écrivit sans doute, vers cette époque, pour plaire au duc de Bourgogne, plusieurs ouvrages que nous ne possédons plus, et s'il est permis de se laisser guider par des miniatures où le jeune comte de Charolais est représenté à l'ûge de dix-sept ou dix-huit ans,
• A George le Chastellain, escuier, pannetier de Mondit seigneur, pour don h lui fait pour lui aidier à déi"raycr du derrain partement d'icellui seigneur de ladite ville de Crusclles, et aussi pour lui aidier à acquitter de ses dettes et pour lui aidier et entretenir par aucun temps en son service : par sa quictance, xxxvi 1.
A George Chastellain, escuier, pannetier de Mondit seigneur, pour don à lu3' fait pour lui aidier à deffrayer audit parlement de la ville de Bruxelles et aussi pour lui aidier à entretenir plus honnestement en son service : xxiiii 1.
A George le Chastellain, escuier tranchant de Monseigneur, que icellui seigneur lui a de sa grâce donné pour une fois pour considéracion de ce qu'il n'est point compté à gaiges en l'ostel dicellui seigneur : xvj livres.
Audit George le Chastellain que Mondit seigneur lui a de sa grâce donné pour une fois lui aidier à acquitter de ses debtes, et lui aidier à deffrayer au partement d'icellui seigneur de ladite ville de Hesdin, pour aler à Lille et à Bruxelles, au mois d'octobre l'an mil cccc cinquante, pour considération des services qu'il lui a fais et aussi de ce qu'il n'a eu aucuns gaiges ou ordonnance de mondit seigneur, comme il appert par sa quittance : xxiiii 1.
A George Chastellain, escuier, pannetier do mondit seigneur", pour don à lui fait pour lui aidier à deffraier de certain voiaige qu'il a nagaire fait de la ville de Lille es païs et conté de Haynuau, pour aucunes choses touchant son bien et avancement : xxiiii 1.
Un inventaire des archives de Dijon mentionne, sous le n» 201, une charte accordant une pension à Chastellain. Co document n'existe pas à Dijon, comme a bien voulu mo l'apprendre M. l'archiviste du département de la Côte d Or.
SUR CIIASTELLAIN. xmm
ce fut alors qu'il composa ses deux traités des Enseignements paternels et de l'Instruction d'un Jeune Prince.
Le 17 mars 1451 , le duc de Bourgogne envoya Chastellain « en certains lieux, pour aucunes beson- « gnes dont Monseigneur ne veult autre déclaration « estre faicte'. » Nous renonçons à pénétrer ce mystère, et nous nous bornons à remarquer que Chastellain, désigné de 1 448 à 1 454 xomme écuyer tranchant, assista en 1 451 , à Mons, au chapitre de la Toison d'or. Ce fut dans ce chapitre que Jacques de Lalaing fut reçu chevalier de la Toison d'or, et que Jean Germain, éveciue de Chalons et chancelier du même ordre, présenta au duc les somptueux manuscrits qui renfermaient la Mappemonde spirituelle et les Illustrations de six sartes de Toisons^.
En 1454, lors du retour du duc Plnlippe de son voyage d'Allemagne, Georges Chastellain présida avec Olivier de la Marche aux fêtes de Nevers, offertes au duc et à la duchesse d'Orléans et à la duchesse de Bourbon. On lui paya treize francs « pour convertir et em- « ployer en certains habillemens pour aucuns jeux que « Monseigneur a fait jouer devant lui ^ » Il accompagna
' A George le Chastellain, etc., la somme de vj livres iiij sols, pour certain voiaige qu'il a fait par le commandement et ordonnance do Monseigneur de la vil'e de Bruxelles en certains lieux, pour aucunes besongnes et affaires dont Monseigneur ne veult autre dcclaraciou estre faicte, auquel voiaige il certiffye et affirme en sa conscience avoir vacqué iiij jours. (Registres de la Chambre des Comptes à Lille.)
* La Bibliothèque impériale de Paris possède un admirable manuscrit du second de ces ouvrages. Des manuscrits de la Mapi)emo,ide spiniuelle se trouvent à la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles et à la Bibliothèque de Troyes.
' A Georges Chastellain, pour convertir et emploier en certains habillements pour aucuns jeux que Monseigneur a fait jouer devant lui,
xMv NOTICE
aussi le duc de Bourgogne, à Nevers', à ChAlons', à Dijon, à Rouvre', à Salins*, et se rendit avec lui à Lille et à Bruges ^ IMentionnons en passant une mission secrète à Yalencicnnes". Notre chroni([ueur rapporte qu'il assista, en 1 455, aux processions de la croisade'. En 145G, il suivit le duc dans son expédition en Hollande pour apaiser les troubles d'Utrecht, et le 10 août, jour de la fête de saint Laurent, il le servit comme éclianson et comme panetier ^ Nous ne savons si c'est à Cliastellain que se rapporte la mention suivante des comptes de cette année : « A George le Hardi, pour s'en
en la ville de Nevers : xiij frans ix gros royaux. (Registres de la Chambre des Comptes à Lille). Foye^ aussi les Ducs de Bourgogne, par M. le comte de Laborde, I, p. 417.
* Audit George Cliastellain, pour don à lui fait par Monseigneur, pour soy aidier à deffraier de ladicte ville de Nevers : xij frans roj'aux. (Registres de la Chambre des Comptes à Lille).
^ Audit George Chastellain, pour don encores pour lui deffraier de ladicte ville de Chalon : xvj frans demi royaulx. [Ilidein.)
^ Audit George Chastellain, pour don à lui encores fait pour lui aidier à deffraier de la ville de Dijon au partemcnt de Monseigneur d'ilec et aler avec lui en son chastel à Rouvre : xij frans royaux. [Ibidem).
* Audit George Chastellain. pour don à lui fait par Monseigneur, pour soy deffraier de la ville de Dijon et aler à Salins : xxij frans royaux. [Ibidem).
'^ A George Chastellain, etc. , par don pour lui deffraier de la ville de Dijon et venir avec Monseigneur en ses pays de Flandres et autres de par-deçà : xxij frans royaux.
Audit George Chastellain, pour lui aidier à deffraier de la ville de Lille et aler avec Monseigneur en sa ville de Bruges : xvj livres.
A George Chastellain, etc., pour lui aidier à deflraier de la ville de Bruges au partement de Monseigneur d'ilec pour aler en sa ville de Lille : xij livres. [Ibidem).
6 A George Chastellain, pour lui deffraier de la ville de Louvain et aler en la ville de Vallenchiennes pour ilec besongnier en aucunes choses secrètes pour Monseigneur : sviij livres. [Ibidem).
^ Chronique, livre IV. (Manuscrit de Bruxelles, 15843).
* Ibidem.
SUR CHASTELLAIN. xxv
« aler de cestc ville (La Haye) à Liège, par ix jours, « à VI sous par jour '. » Le surnom de Hardi rappelle assez bien celui d'Aventureux.
Le duc Philippe crut devoir reconnaître par une plus haute distinction les services de Chastellain. Il le nomma son conseiller, par des lettres du 1 4 janvier 1 45G (vieux style) \
Chastellain fit quelque séjour avec le duc à Hesdin, en 1457^ De là, il fut envoyé en Normandie\ où il crut découvrir, au milieu des divisions qui régnaient, le présage menaçant d'une nouvelle invasion des Anglais.
' Arcbives générales du royaume.
* Phelippe, etc. A tous ceulx qui ces présentes lettres vei-ront, salut. Savoir faisons que pour la bonne et notable relation qui faicte nous a esté de la personne de nostre amé et féal escuier et pannetier Georg-o Chastelain et de ses sens, prudence, discrétion et soufRsance, icelui George, confians à plain de ses loyaulté, proudommie et bonne diligence avons retenu et retenons par ces présentes en nostre conseillier pour nous servir d'ores en avant oudit estât de conselUier aux honneurs, drois, préliéminences , prérogatives, libertés, franchises, proufEs, émolumens acoustumés et qui y appartiennent. Sur quoy il sera tenu de faire serement à ce pertinent es mains de nostre très-chier et féal chevalier et chancelier le seigneur d'Authume que commettons à ce. Si donnons en mandement à nostredit chancelier que, receu dudit George Chastellain ledit serement, il et tous autres nos gens de conseil le appellent et évoquent dès lors en avant à nos cousaulx et à la consultation et expédition de nos besongnes et aifaires touchant nous et nos païs et seigneuries, et d'icelui estât de conseiller, ensemble des honneurs, drois, préliéminences, prérogatives, libertés, franchises, prouffis et émolumens dessusdis, il et tous autres cui ce regardera, le facent, seuffrent et laissent plainement et paisiblement joyr et user, cessans tous contredis et empescbemens. En tesmoing de ce, nous avons fait mestre nostre séel à ces présentes. Donné en nostre ville de Bruxelles, le xiiii» jour de janvier l'an de grâce mil quatre cens cinquante et six. (Archives générales du royaume. Chartes de l'audience).
8 Chronique, livre IV (Manuscrit de la Bibliothèque de Bruxelles, 15843).
* Ibidem.
îxvi NOTICE
Vers la même époque, pendant que Charles Vil tenait son lit de justice à Vendôme, on trouva dans l'hôtel du duc de Bourgogne quelques vers où Ion reprochait au roi de France sa conduite méfiante et soupçonneuse visà-vis du duc Philippe'. Ces vers étaient de Chastellain. Aussi, lorsque peu après, il reçut une mission en France", on lui y fit un assez mauvais accueil, et on l'accusa vivement d'oublier les bienfaits qu'il avait dûs naguère à la générosité de Charles VII. Chastellain, revenu dans les États du duc de Bourgogne, composa, pour se justifier, son Exposition sur vérité mal prise. Cette affaire lui causa d'assez vifs soucis, et sa santé en fut même altérée, comme nous l'apprenons par un passage du compte de Robert de la Couverie, commencé le 1 " octobre 1 460 '
Chastellain ne conservait plus cet enthousiasme pour la vie brillante des cours, qui le subjuguait autrefois. Une longue expérience lui avait montré combien cet éclat était vain et mensonger. 11 a\ait pleuré, raconle-il avec une éloquente émotion, « sur des choses de tribulation « et de ruine, sur ce présent temps auquel les rois et « les princes de la terre estoient divisés ensemble, frois « en amour, non chaillans en devoir, paresseux au fait
• Mémoires de Jacques du Clereq, III, 37.
^ A Georjjes Chastellain, escuier, pannetier, pour reste d'un voyage par lui fait en France pour les besoignes et affaires de Monseigneur : csr.viii*. (Les D^ics de Bourgogne, par M. le comte de Laborde, I, p. 4"72.)
* A Georges Chastellain, dit de Mamines, chroniqueur de monseigneur, la somme do vingt livres, en considération de certaine maladie qui lui est naguères survenue, et aussi pour lui aidiev à se dcffraicr de ladite ville de Bruxelles et s'en retourner avec Monseigneur en sa ville de Gand. [Ibid., p. 173.)
SUR CHASTELLAIN. xxvn
« de la chose publique, pleins de vanité, pleins de mur-
« mures, pleins de couvertes envies, pleins de desré-
« glemens, pleins de vices, chaulds et bouillans en
<( leurs propres querelles, par lesquelles menacent le
« monde et le font trembler, laissant la querelle de leur
« Créateur, l'expédition de la vraie foi sainte, en quoy
« Dieu se pourroit contenter d'eux et chrétienté ressour-
« dre, qui maintenant va chancelant et desconfortée,
« criant hautement devant les portes des royaux palais,
« mais ne trouve que cœurs endormis, affections re-
« froidies, amour petite, dévotion sobre, compassion
« nulle, rien que la convoitise et la vaine gloire'. » 11
lui coûta peu de se dérober à ce qu'il appelle « l'endor-
« moment des honneurs'. » Combien il s'applaudit au
contraire de pouvoir écouter « sa vocation simple et de
« rude substance * » et de ne plus être de « cette secte »
oîi il devait avoir « aveu de là et de çà support*. » Ce
fut à Valenciennes qu'il résolut de se retirer. Quel lien
l'attachait à cette ville? Etait-ce un mariage sur lequel
nous manquons de données? Quoiqu'il en soit, le 28 juin
^ 455, le duc de Bourgogne assigna à Chastellain un
logement dans le vieux palais de la Salle-le-Comte', où
* :Manuscrit de Bruxelles, 15843.
- Exposition sur vérité mal prise, p. 524. 3 Ibidem, p. 524.
* Ibidem, p. 519.
* Audiencier de nostre chancellerie, délivrez franchement h George le Chastellain no.s lettres patentes par lesquelles lu^' avons accordé sa demoure en nostre hostcl de la Sale en Valenciennes, et avec ce prendre et avoir de nous xviij sols de ij gros, monnoie de Flandres, par jour, tant qu'il nous plaira pour les causes contenues et déclairées en nos dictes lettres, sans pour le droit de nostre sccl d'icellcs prendre, ne relever de luy aucune chose. Le xxvir jour do juing l'an mil cccc lv.
xNMf. NOTICE
sciaient tenues jadis tant d'illustres assemblées de chevaliers. Valenciennes, si fière d'avoir vu naître Froissart, devait abriter les dernières années de Chastellain et recevoir sa tombe.
Le duc de Bourgogne accorda en même temps à Chastellain une pension annuelle de six cent cinquantesept livres, en y ajoutant cette condition qu'il serait tenu « de mettre par escript choses nouvelles et morales, en « quoy il est expert et cognoissant, et aussi par ma- « nière de cronicque les faits dignes de mémoire'. « C'est vraisemblablement à cette époque qu'il reçut le titre d'historiographe ou indiciaire.
La charge d'indiciaire se conciliait aisément avec une retraite, où, en dehors de toute influence et de toute
(Signé) « Phelippe. » (Collection des acquits des comptes du grand sceau, aux Archives du royaume.) La découverts de cette pièce est due à M. Pincliart.
' A George Chastelain, escuier, panetier de Monseigneur le duc de Bourgoigne, auquel a esté ordonné par mondit très-redoubté soigneiir et son conseil , de prenre et avoir sour la recepte générale de Haynnau, xxxvj sols pour jour, par considération de ce qu'il est tenus de mettre par escript choses nouvelles et moralles, en quoy il (est) expert et congnoissant, aussi mettre en fourme par manière de cronicque fais notables dignes de mémoire advenu s par chi-devant et qui advieunent et peuvent souvente fois advenir ; et pour les grans charges de quoy .la recepte généralle de Haynnau estoit lors chargié, aussi que madame d'Escaudœuvre estoit nouvellement alée de vie par mort, de quoy la recepte de la Salle fu deschargié d'aucune pension que ladicte dammo avoit sour ycelle; messeignem-s des finances de monseigneur le duc ont ordonné audit George prendre sadicte assignation sour ladicte recepte de la salle, et à celli cause lu receveur dicelle a payet audit George, pour ciiij^'x jours, commenchans le xxv« jour de juing mil iiij<= Iv : iij'= xlij livres.
On lit aussi dans les comptes de la recette générale du Hainaut : A George Chastellain, escuier pannetier de monseigneur le duc auquel Monditscigneur a ordonné tenir sa résidence en son hostel c'on dist la Salle en Valenchieuncs , pour mettre par escript au
SLR CHASTELLAIN. ^ xmk
préoccupation, il devait raconter et juger les nombreux événements dont il avait été le témoin. Depuis plusieurs années, il avait réuni des matériaux destinés à être plus tard mis en œuvre'. Après avoir longtemps chanté la beauté des dames, il ne voulait plus, disait-il, que célébrer les exploits des chevaliers ^ îl avait atteint cet ûge où les illusions se sont évanouies et ou l'on est arrivé « à mûrisson et gravité plus parfaite \ »
On comprend avec quelle autorité il évoquait ses souvenirs qui embrassaient toute l'histoire de la maison de Bourgogne, depuis le sombre Jean sans Peur jusqu'au bouillant Charles le Hardi, toute l'histoh'e de la France, depuis le faible Charles VI jusqu'à l'astucieux Louis XI. Cette période avait été marquée par le déve-
cunes choses par manière de cronicques, fais notables dignes de mémoire advenus par chi-devaut et qui adviennent et puent souventes fois advenir; TJonditseig'ueur lui a ordonné sur larecepte généralle de Haynnau prendre et avoir pour chascun jour la somme de sviij sols, du pris de ij gros, monuoie de Flandres, tant qu'il lui plaira, etc., comme appert par vidimus des lettres patentes de monditseig'neur le duc sur ce octroiées audit George, données à Louvaing, le xxv<^ jour dejuing(mil) iiij'^ Iv. — Cette pension fut confirmée par le duc par mandement du 15 mai 1461.
A George Chastelain, escuier et panetier de monseigneur le duc de Bourgongne auquel a esté ordonné par Monditseigneur et son conseil de prenre et recevoir sour la recepte de la Salle en Valenciennes, xsxvj sols par jour, jusqucs à la bonne volenté de Monditseigneur, pour considération de ce qu'il est tenu de mettre par escript coses nouvelles et moralles, en coy il est expert et congnoissans, pour mettre en fourme de cronicke fais notables digne de raémore, qui par cy-devant sont avenus et qui puevent journellement avenir, etc., comme plus à plain appert par le mandement scellé du séel de secret le w" jour du mois do may mil iiij<= Ixj. — Tous ces documents ont été indiqués et cités pour la première fois par M. Pincliart.
' « J'aj' labouré et escript par longs ans. » Clironique, édit. lîuchon, p. 121.
^ Exposition sur vérité mal prise, p. 522. * Ibidem, p. 522.
XXX iSOTlCE
loppcmciil (lu pouvoir tics princes, qui tendaient à tout centraliser en leurs mains ; elle oiïrait le tableau de la décadence simultanée des institutions communales vaincues à Gavre, et des institutions chevaleresques, dont les héros ne sont plus que de simples chefs de compagnies , comme Lahire et Saintraille. Au milieu des catastrophes qui se succèdent, que d'intrigues, que de passions honteuses, que de convoitises! « Voyant ( les choses qui régnoient et se présentoient aux yeux, dit Chastcllain, m'a constraint vérité, d'en écrire, non par intention d'en vouloir donner charge à nul, mais par compassion en la povreté des hommes ( qui à si povrcs occasions souvent , s'exposent ef adonnent à tant de haulx et mortels dangiers, à tant ( de rcprochabîes et honteux proposemens , et non craignans de courcier Dieu pour venir à l'appaiso- ( ment de leurs cœurs, contons sont de mettre tout en péril et le monde et les hommes en branle : ce que je, non par oïr dire, mais par vraye cognoissance du cas, ( hantans les divers lieux du monde, j'appris lors et le boutay en mémoire ' . »
Chastellain ajoute ailleurs : « Avec ce que jeusne et en succession d'éage, j'ai peu lire et apprendre moult
< de chose par livres, si ai-je peu avoir congnoissance aussi et impression d'aultres beaucoup, que les sens
< extériores, comme la vue et l'oye, m'ont rapportées, et qui en ont mises les réalités en la conserve de mon
:( clos, là ou souvent je les manie et reliève, je les songe et digère selon leurs qualités et circonstances ,
' Chronique, livre IV (Manuscrit de Bruxelles, 15843).
SUR CHASTELLAIN. xxxi
« entre lesquelles les unes peuvent estre délitables et de « grand fruit, et les aultres mérancolieuses et tristes, « moult dures en digestion. De cestes deux manières de « choses avenues, ay-je tout plain mes coffres, ay-jetoul « plain mes armoires et custodes, non pas par doctrine « d'escole, non pas par lecture enlivres, ne par récita- « tion unie de bouce ; mais par réale vision et expert rience des cas en bien et en mal. Toutes me gisent « imprimées si très au vif, que riens n'est qui les puisse « traire dehors de moy pour me les faire perdre, et « qu'elles ne demeurent fresces et vives en mon regard, « autant celles de dix ans que d'aujourd'hui'. »
Vers 1 455, peu après la prise de Constantinople par Mahomet 11, il avait écrit le prologue de sa chronique oh il résume les grandes rév^olutions du passé et où il s'élève parfois à la hauteur de Bossuet, en remontant le cours des faits historiques jusqu'à Alexandre qui réveilla l'Orient endormi dans la mollesse et fit de sa seule voix trembler l'Occident', Il persévéra activement dans ce travail, dont les limites, si nous possédions l'ouvrage complet, embrasseraient quinze ou vingt de nos volumes in-S", et bien que parfois encore il se sentit, comme il le confesse « léger et volage, » il passa son temps « vertueusement, non en oiseuse. » Ce fut ainsi qu'il mérita une renommée toujours croissante, d'honorables sympathies et des relations, utiles au but môme qu'il se proposait, avec les hommes les plus illustres et les plus sages*.
' Eœposition sur vérité mal prise, p. 529.
2 Page 5 de ce volume.
' Exposition sur vérité mal prise, p. 522.