CHAPITRE m
Comment maistre Jehan de Thoisy, évesque de Tournay, annonça la mort du duc Jehan à son fils t^hilippe.
A l'heure doncques déterminée, ces deux seigneurs anciens, bien maistres de leurs sens et avisés de leurs termes, entrèrent en la chambre de ce jeune prince, plus propre pour lors à toute joyeuseté et desbat, que à une si amère charge de cœur qui lui estoit prochaine, et lui non
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pensant que à toute chose propre à son àg*e, cuidant seulement les estre venus devers luy pour aucunes de ses affaires, le trairent à part bénignement sous un visaige entre les deux cliières. Et lors le prélat, porteur de la raison, commença à parler en ceste forme : « Mon très « redouté seigneur , nous sommes venus par devers vous « présentement pour aucunement vous susciter l'esprit « avec la liautesse du noble entendement qui est en vous, « dont sous vostre grâce et bénignité , vous venons prier « que veullez toutes les vertus rejoindre en un, afin que, « quant toutes se seront représentées devant vous en leurs « diverses natures, vous les puissiez trouver prestes à « obéyr quant vous voudrez en leurs diverses qualités, « comme h un champion combateur il besoingne, contre « les diverses invasions de son ennemy, avoir diverses « manières de contregarde pour soy défendre. Mon- « seigneur vostre père^ que Dieu sauve, vous sçavez « comment jà à grant temps, nous a commis pour avoir « regard sur vostre très-noble personne, laquelle, par son « commandement et par nostre devoir au plus près de « nos povres discrétions, nous devons instruire et accos- « toyer tousjours de son honneur et salut, selon les temps « et les diverses affaires qui vous peuvent survenir, sou- « verainement en toutes choses contraires vous garder et « targier par nos labeurs d'inconvénient, selon i][ue povre « faculté humaine peut bailler provision l'un à l'autre. « Or est ainsi, mon très-redouté seigneur, que avec les « singulières grâces que Dieu a créées en vous et par « lesquelles il est apparant une fois vous devoir florir en « haute perfection, Dieu aussi, pour glorifier telles vertus « par clarté de sang, vous a produit de la précieuse racine « dos fleurs de lis , dont les vertus naturellement et va-
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« leurs sont agréables à Dieu, et en toute duration du « monde recordables sur toutes autres, sy a volu relyer « vos dignités j^rocédant de sa grcxce par obligation du « royal honneur, procédant de nature comme vostre très- « noble père, que Dieu sauve, vous a laissé en hoirie, tel « que luy-mesme l'a tiré des roy ailes entrailles du sien. « Monseigneur, vous savez aussi comment monseigneur « vostre père, ensemble ses très-nobles progéniteurs, en « tout leur temps ont esté princes de singulier los, réputés « par les longtaines et diverses régions du monde, et « mesmes en leur propre royaume, sages seigneurs et « vaillans, prudens en leurs affaires, vigoureux en vertu « et non desmus légèrement pour fortune quelle que fust, « ou prospère ou adverse , comme nature d'un haut cou- « rage, souverainement d'un jDrince, requiert à estre tousce jours amodéré en joye et en deuil, et de porter en tran- « quillitéde sens toute diversité d'aventures. Car eux, bien « instruits et par nature et par doctrine, congnoissans « toutes choses terriennes estre muables et diversement à « fortune subjectes, n'ont volu tant adhiber leur fiance h « l'une qu'en égale mesure de constance, s'il avenoit, ils « n'aient pu endurer l'autre, entendu que pour deuil, ne « pour joye, les choses ainsi et ainsi ordonnées ne se dé- « meuvent de leurs cours, et que impossible est que les « passées n'ayent esté faictes , et que les futures , si elles « doivent avenir, soient remédiables. Miroir certes et cler « exemple leur eust esté plusieurs baux et glorieux rois « récités en la Bible et es romaines histoires, qui, par « l'orgueil de leur haute présomption , ont esté déprimés « de fortune, les uns un peu, les autres en grant, les « autres en toute extermination de leur estre par leur « péché , par leur descongnoissance , par leur ingrati-