CHAPITRE IX
Comment le jeune héritier commença h porter le titre de duc h Lille, et d'une députation de ceux de Paris.
Au chef d'aucuns jours après, "ce jeune duc, vuydant sa maison, s'en alla à Saint- Jehan, la maistresse église de la ville; et là, à la coustume et usage de ses prédécesseurs
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comtes du pais , accompagné de moult grand clievaleric et de grand nombre de notaljles , prit le possès et héritement du pays, comme vray héritier et seul hoir'. Et promesses et sermens faits de la part des subjets comme droit le vouloit, luy de la sienne se mist en devoir vers eux tout avant , pour conservation d'eux et de leurs privilèges , avec assurément de leur estre bon et bénigne protecteur et prince. Syfula joie grand par lyens, et le tumulte des voix cryans : « Noël ! » d'un merveilleux et haut estonnement. L'assemblée se dessevra, et se retrahy chascun en son lieu.
Dont, bientost après, ce nouveau comte, pour entamer ses affaires à un bout, alla en sa ville de Malines', en laquelle convinrent' devers luy son germain le duc Jehan de Brabant , Jehan duc en Bavière son oncle , et la comtesse de Haynau sa tante; et tinrent parlement ensemble par aucuns jours sur leurs affaires et sur le plus expédient à leur honneur , tous unis et adjoints en un mesme vouloir et en un mesme désir de poursievir la vengeance à l'extresme rigueur de mort et de cruauté, comme ils firent, et sy y exposeroient le leur tant que ils vivroient*. Non gaires de là , vint droit à Lille et y tint sa résidence par aucun temps , pour ce que proche estoit es marches fran-
' Cette cérémonie eut lieu le 20 septembre. On offrit au duc, du vin et deux pièces de drap , l'une blanche, l'autre écarlate. Cette fois, ù cause de l'impression profonde de douleur et de deuil, répandue par le meurtre tout récent du duc Jean, on résolut de ne pas placer au haut de la tour de Saint-Nicolas les joueurs de trompette qui saluaient habituellement de leurs joyeuses fanfares, l'entrée du nouveau souverain.
- 7 octobre 1419.
' Convinrent {convenerunt) se réunirent.
* Le manuscrit d'Arras, conforme à l'édition de M. Buchon, porte: « et s'y exposèrent ce peu que ils vivoient. » Ceci me paraît inintelligible.
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çoises et à plusieurs autres pays frontiers ; et prit là les premières lettres des titres de son père et le nom du duc ' . Affuytes^ vinrent de toutes pars tous les jours vers luy de plusieurs grands gens et seigneurs , qui servi avoient le père, et luy vinrent offrir service et cremeur, comme au défunt, envers tous et encontre tous, et de y persévérer en léal et estable vouloir à jamais ; ce qui bénignement fut reçu et pris en bon gré comme on devoit ; et en fut retenue une part, et l'autre non abandonnée, enricbie de beaux dons et de promesses.
Ceux de Paris , aussi desbaretés ' en la cruelle et fraudulente mort de leur très-cber seigneur le duc Jelian, vinrent à refuge droit cy-aussi; et après longues condoléances du meschief qui leur toucboit au cœur, se vinrent conseiller à luy de son plaisir et de ses affaires*. Car estoient ceux du monde , qui en fortunes contraires attendoient les premiers estours, et es prospères de son feu père s estoient portés le plus à luy; à la quelle cause avoient eu moult à souffrir dedans leur cité, et estoyent liays durement de l'autre partie , les dauphinois. Sy luy remonstrèrent maintenant estre expédient , voire nécessaire, d'avoir advis avec luy sur toutes choses, car véoient g'uerres et tribulations sourdre en ce royaume plus que jamais, et
' Les nobles avaient été convoqués à Lille le 12 novembre.
- Affuytes vinrent, on vit accourir.
* Besharelés ^ accablés, abattus, éperdus.
■* L'université de Paris, réunie en assemblée générale au Cloître des Mathurins, avait écrit le 16 octobre à la duchesse de Bourrrog-ne pour lui offrir son appui « selon son estât et profession, en prédications, eu e lettres missives, etc. » Mémoires 2)oiir servir a l'Histoire de Bourgogne, I, p. 304. Le duc était encore à Gand, lorsqu'il appela près de lui l'orateur de la faction des Legoix, le carme Eustache d^Pavilly : c'était moins pour réclamer ses conseils que pour s'assurer à Paris l'appui actif et zélé de l'ancien parti des bouchers.
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H tous lez apparoir menasses et espoventemens au peuple et aux cités , par la force des parties dont cliascun contendroit et coutendoit ores à en deschirer sa jjièce. Dont eux se sentoient au milieu du danger et estre le gouffle ' et le droit rassemblement de la tempeste , si ne fust sa bonne bénigne protection , en laquelle ils se coufioient et espéroient salut. Sy fust de ces députés parisiens , le premier président en parlement maistre Philippe de Morvillers '. Auxquels ojs, et liumainement reçus fut donné response consolative tout h leurclioix, et non seulement promesse de y entendre, mais avec remerciement de leur longue maintenue faveur, leur prioit-on de tousjours persévérer tels. Parquoy en advantaige de ce , à tous lez on leur promist d'envoier lettres à toutes les bonnes villes tenans la partie du roy et de luy, par lesquelles il prieroit au peuple et citoyens de cliacune : que, comme ils avoient esté affectés à son feu père pourchasseur de leur pays, ils voulsissent demorer pareillement ses adliérens et amis, avec luy qui estoit en semblable vouloir devers eux et demoureroit tousjours. Dont, pour donner vertu aux promesses et efficace à sa bonne intention, proposa d'envoyer prochainement vers le roy d'Angleterre impétrer trêves pour tous ceux du party du roy et du sien, lesquelles obtenues, ils seroient assurés de ce que plus ne les pou voit molester , car avec la grâce de Dieu, tout premier, il les entendoit bien h préserver, partout ailleurs, de péril. Sy furent ces lettres faites et envoyées sur le contenu touché , et encores plus
' Goîiffle, gouffre (du latin gulfus).
2 Bien que président au Parlement, Philippe de Morvilliers avait accepte une pension de Jean sans Peur, d'abord comme maître des requêtes, puis comme membre de son conseil. Mémoires sur l'Histoire de Bourgogne, pp. 109 et 113.
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amples , car on leur signifioit partout et requéroit que , auxvii'" d'octobre, dedans Arras, voulsissent envoyerdevers luy certains députés de leurs notables, avec toute toute puissance de besongnersur aucuns points qui leurseroient remonstrés, présent luy, car chose estoit nécessaire pour eux et profitable'.