‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 43 sur 141 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Dune ambassade envoyée par le nouveau duc au roi d'Angleterre h Rouen, et de la response dudit roi.

Grands estoient les affaires et pesans de ce nouveau duc , et demandoient à tous lez hastive provision. Dont, pour venir premièrement aux trêves des Anglois , il dresclia une noble compaguye de chevaliers et de prélats, et les tramist ses ambassadeurs vers le roy d'Angleterre à

' En môme temps , le duc entretenait d'activés négociations à Troyes.

Les instructions données aux ambassadeurs qu'il envoyait à Charles VI et à Isabeau portaient qu'il était une chose qu'ils ne pouvaient dire qu'à la reine. De son côté Isabeau annonce au duc dans une lettre du 23 octobre 1419, qu'elle lui fait exposer par ses députés certaines choses qu'on ne peut écrire. (Bibliotlièque impériale à Paris).

Isabeau semble renier sans cesse son rôle de reine et de mère. Tantôt, elle abolit l'antique usage de tendre en blanc la chambre oii vient de naître un héritier du trône fleurdelysé; tantôt, elle se fait donner l'hôtel de Nesle, de triste mémoire. Dans son testament du 2 décembre 1431, signé : Isabetk, elle oublie complètement son fils pour n'appeler de ce nom que les ducs de Bourgogne et de Bedford. I.a Bibliothèque impériale de Paris possède (f. fr. 1223), un manuscrit fort intéressant adressé en 1396 à Isabeau sur le meilleur système de gouvernement. On y expose que le prince ne doit pas se familiariser avec ses valets, qu'il est tenu de peu parler, que son devoir est do se rendre deux fois par an au Parlement, qu'il est à désirer qu'il s'entoure de bons clercs, qu'il surveille les finances, etc.

Rouen, instruits sur plusieurs points, tant sur le fait des trêves comme autrement ; et furent cesdits ambassadeurs, l'évesque d'Arras premier ' , le seigneur de Thoulongeon % messire Guillaume de Champdivers % messire Guillebert de Lannoy* et autres plusieurs gens de bonne autorité et bien recommandés. Partirent d'Arras à peu de séjour'; vinrent à Rouen où estoit ledit roy ° , en fier contenement , pour cause de sa nouvelle conqueste en Normandie , et souverainement de la ville de Rouen; Venus doncques ainsi devers luj, firent les recommandations de leur maistre en mode appartenant ; et déclarans leur charge et la cause de leur venue, luy donnoient à cognoistre assez le désir qu'il avoit d'estre son alyé , voire au moins en semblant; car plus y avoit de feinte que de plaisir et plus constrainte que amour. Le roy les escoutoit très-ententivement, et sans leur rompre propos, les parsoaffroit raisonner jusques au bout. Dont, quand il vit le cas, encores non léger, ny hastif , leur donna lieu de recouvrer l'oublye, s'il y fust, mais nennyl. Lors gravement et bien en manière d'un fier roy, sans bouger de son lieu, ny autre aussi, tant fust grand, pourvu de response en son saing, non par emprunt d'ailleurs, commença à dire ainsy :

« Beaux seigneurs , il me desplaist moult de la mort de « beau cousin le duc Jehan de Bourgongne et de la fausse « et desléalle manière d'icelle, qui est la plus douloureuse

' Martin Porée, ancien confesseur de Jean sans Peur.

^ Conseiller et chambellan du duc.

^ Conseiller et chambellan du duc.

* Conseiller et chambellan du duc, célèbre par ses aventures et ses voyages.

5 Le sauf-conduit donné par Henri V aux ambassadeurs bourguignons porte la date du 9 octobre 1419.

" Le roi d'Angleterre se trouvait alors à Manfos.

(^u'oncquesmais ' oysse et la plus mauvaise à parer. Sy n'est pas merveille, si beau cousin, vostre maistre présent, contend à la vengeance du père ; ains y fait à louer moult, et le doit. Mais si ledit vostre maistre est tel d'aventure comme son feu père , qui m'a mené , par Ionique traitte de temps, la teste au vent, en perte de ma maison , et le cuyde ainsi faire , certes vous estes moins bien adressé à moy, car, àl'ayde de Dieu , j'entens désormais, sans plus bailler escout à nulluy, procéder en ma conqueste et entreprise sur ce royaume mon héritage, dont j'ay trop longuement difiPéré, si que, si beau cousin, vostre maistre, veut besoingner, il s'en delivre et envoyé vers moi ses gens , instruits et puissans de tout et sur tout, tout prestement et sans délay : car mon intention n'est pas de plus rien m'attendre à luy. Et afin que plus avant sachiez du fait , vecy jà les g-ens du dauphin , vos adversaires , qui attendent à Pontoise ma responce , et procurent alliance avec moy contre vous. Brief, j'en prendray l'une très-tost , etlabouteray outre, à cui qu'elle cuise". J'en suis pressé. Avisez-vous. Et, si vous n'avez puissance qui suffise, retournez hastivementlà où vous devez, et revenez en faculté de besoingner et de final exploit, ou vous vous trouverez déçus bien brief par la forme que je vous dis'. »

' Oncquesmais, jamais.

2 Henri V s'était écrié en apprenant le meurtre de Jean sans Peur : « Par sa mort, à l'ayde de Dieu et de Saint-Georges, sommes au- « dessus de notre désir. Sy aurons, malgré tous François, dame Kate- « rine. » (Jean de Yv''avrin). Catherine devait apporter à Henri Y la France pour dot.

' Je résumerai ce qui s'était passé dans la conférence de Mantes, d'après le procès-verbal original, signé par l'évequo d'Arras et Simon de FourmcUes. Les ambassadeurs s'étaient efTorcés d'obtenir des conditions plus modérées^. Henri V leur donna pour tout délai jusqu'à l;i

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