CHAPITRE XI
Comment les ambassadeurs revinrent à Arras.
Quand ces seigneurs bourgongnons oyrent ainsi iDarler le roy d'Angleterre , dont les mots tranclioient comme rasoirs , durement furent esbahis ; et y ot tel qui frémissoit en la fierté de ses termes. Mais non pourtant falloit-il par- Saint-Martin d'hiver pour accepter celles qui avaient été proposées à Paris. « Et au cas que dedans ledit jour il ne seroit acertené de ce << que dit est ou que pendant ce par la voulenté de Dieu la ville de « Paris veudroit en ses mains, il vouloit demourer franc et quitte do « ce que dit est pour conduire son fait ainsi que Dieu lui conseilleroit. » Le lendemain, 27 octobre, Henri V déclare : Qu'il épousera Catherine « sans charge de ses parens » et que le roi de France conservera son titre, et la reine de France son estât « pourveu que tantost après le « trespas du rôy la couronne de France lui demeure et à ses hoirs. » Cependant, vu le mal du roi, il administrera le royaume ; les nobles et les clercs jureront de le recevoir pour roi après la mort de Charles VI, et il en sera dressé un acte scellé par le duc de Bourgogne et d'autres seigneurs à désigner. Henri V s'emploiera à la punition des meurtriers de Jean sans Peur; un de ses frères épousera une sœur du duc. A ces propositions l'évêque d' Arras répond que les matières sont hautes et grandes. Le comte de Saint-Pol ajoute qu'il n'a pas de pouvoirs suffisants. « Sur quoy le roy par sa bouche dist que ce qui avoit esté pro- « posé de par lui gisoit en deux poins principalement auxquels le roy « et mon dit seigneur n'avoient à respondre fors que ils le vouloicut « ou que ils ne le vouloient mie, laquelle response ils povoient faire « en brief temps. Enfin le roi Henri V consent h accorder une trêve qui sera observée autour de Paris : « Soit adverti, » ajoute le procès-verbal, et ceci se rapporte au duc de Bourgogne, « que le roy d'Angleterre, en « parlant aux dits ambassadeurs , leur a dit : qu'il avoit très-bonne « voulenté de pleinement procéder avec mondit seigneur de Bour- " gogne; mais tant estoit qu'il vouloit bien que l'en sceust que, se « mondit seigneur de Bourgogne contendoit h la couronne, il lui feroit « guerre jusques à la mort, et que, se ainsi estoit que icelui roy d'An- « gleterre se voulsist déporter de la couronne, laquelle chose il ne « pensoit point à faire, mis hors le Dauphin, il consontiroit plus tost
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faire ce pour quoy estoient venus, et emporter aucune conclusion eu leur cas. Sy parlèrent à luy à part aucuns d'eux, qui estoient ses accointés, et luy pryèrent pour aimable expédition , ou au moins pour convenable jour d'assemblée, une autrefois, là où leur maistre pourroit envoyer en bonne résolue provision à son aise. Mais en vain labouroient, car ne fut desmu un pas, pour homme, de son pourpos. Bien leur disoit et estoit d'accord , que partie d'eux s'en rallassent à toute diligence vers leur maistre, l'informer de ce qu'ils avoient trouvé , et l'autre partie demourast vers luy jusques au retour des autres, auxquels il s'attendroit du fait et du failly', selon le plaisir du maistre, pourvu qu'il ne leur fist longue. Sy le crurent et obéirent. Que volentiers, que envis, firent l'une parchon^ de demeurer, et l'autre pour partir isnellement* . Sy furent les partans, me semble, messire*
Les demourans demourèrent audit lieu bien pansés % et
" que ceulx d'Orléans ou autres que l'on dit y avoir plus grant droit « que n'a mondit seigneur de Bourgogne, l'obtenissent, et pranroit « plus tost le traictié avec eulx et les aideroit contre lui. » [Doczcments déposés a la Bibliothèque impériale de Paris). Henri V était peu sincère quand il déclarait que dans certaines éventualités il ne serait pas contraire à l'élévation du duc d'Orléans sur le trône, car peu de jours avant, le 1" octobre, il avait ordonné qu'on retînt dans une captivité plus étroite que jamais les ducs d'Orléans et de Bourbon : For their eschaping , and principally of tlie saide duc of Orleius miglit never havebeen so barmful, uer prejudicial unto us, as it niight be now, if any of them escaped, namely the saide duc of Orleins, wbiclie Gode forbede. AdaptiU. (IV, 3, p. 135).
• C'est-à-dire de ce qui avait été fait et de ce qu'on n'avait pas encore réussi à faire.
- Firent leur parcMn, c'est-à-dire qu'une partie des ambassadeurs resta et que l'autre partit.
•■' Isnellement, promptement.
* Lacune dans les manuscrits d'Arras et de Florence. ' Pansés, nourris, entretenus.
les partans renvoyés isnellement arrivèrent audit lieu d'Arras ; et venus devers leur seigneur lui racontèrent la manière de leur retour vers luy, et ce que avoient trouve audit roy, où il les avoit destiné, .et toutes ses aigres et précises parolles, sur lesquelles luy prioient avoir liastive délibération en conseil et conclusion résolue de besoingner ou de non ; car, de la part du roy anglois , trouvèrent la chose si mise en estroit que à peine souffroit-elle délay.