‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 46 sur 141 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Des trêves accordées par leroy ang-lois, et comment aucuns députéa des bonnes villes se réunirent h Arras.

Or estoit le jeune duc bourg-ongnon , par ceste manière de faire, constraint de liastivement conclure en son fait et de venir au choix çu d'avoir les Anglois , anciens ennemis du royaume , pour luy, ou de les souffrir aller à sa partye adverse qui les requéroit contre luy. L'un lui sembloit cas de grand foulle, et l'autre une œuvre aucunement contre son cœur, car ne les amoit. Voiant toutes-voies la mauvaistié de ses ennemis qui ne chassoient que à faire le mesmes de luy que du père , et considérant que le roy anglois ne tendoit que à tenir en division l'un des royaux bras à l'autre, par se joindre à luy, et que le joint seroit vaincueur de l'autre dessevré, sainement conclut, luy sembloit, plus devoir accepter les Anglois en son ayde, que de les souffrir venir contre luy en sa mortelle destruction ; car entendre faut que , sans faute nulle , le roy anglois eust pris et très-tost l'une extrémité ou l'autre, non cliaillant à qui que fust la foulle, mais qu'il parvenist à ses fins, si que il falloit liastivement délibérer. Ainsi les avoit-il mis tous deux Parquoy luy, le duc Philippe, astraint d'honneur et de courage, plus tendant à rompre l'orgueil de ses ennemis que soy-mesmes fortifier par autruy ayde, conclut et délibéra l'alliance angloise. Et de fait, pour en faire fin, renvoia hnstivement ses gens de devant retournés.

atout puissance de besoiugner et de conclure avec le roy anglois, comme si luy-mesmes y eust esté en personne ; et .si rien y failloit, de sing'ulier espoir que eux deux les princes, puis que l'alliance en seroit faite, se trouveroient ensemble là où tout se pourroit parfaire et parfiner, si rien y restoit de difficile. Sy s'en retournèrent arrière audit lieu de Rouen, là où l'anglois roy les attendoit, et apportans plain pouvoir et faculté de tout; dont il fut si joyeux que nul tant. Besongnèrent et traitèrent l'alliance, fraternité et service l'un à l'autre, et obtinrent trêves fermes et estables pour toutes les villes du royaume du party du roy et du duc, pour un certain nombre d'ans, qui grandement resoulageoit le peuple partout, et on en fit de grands joyes'. Les jours passèrent ainsi un après autre, tousjours en exploit d'aucune opportunité.

Et vint le xvii'" jour d'octobre, que ceux des bonnes villes de Flandres aucuns , avec plusieurs grans seigneurs , estoient semons de venir à Arras. Sy y vinrent tous , et comparurent à la journée les requis : premièrement, messire Jehan de Luxembourg* et tous les seig'neurs et capitaines des pays de frontière , avec les députés des bonnes villes, mandés et requis d'y estre. Et eux assemblés en grand nombre devant le duc, assis en siège paré, proposa maistre Henry Goethals, doyen de l'église de Liège ^; et après maintes belles persuasions, leur requit finablement

' Cette trêve qui ne se rapportait qu'au pays qui entoure Paris, ne fut conclue que le 20 novembre 1419 , mais dès le 7 novembre , Charles YI avait donné au duc de Bourg-ogne de pleins pouvoirs pour négocier une trêve générale qui fut conclue le 24 décembre.

2 Peu après, par des lettres données h Arras le 5 janvier 1419 (v. st.), le duc donna à Henri Goethals, la présidence du grand conseil, eu l'absence du chancelier. Il recevait à ce titre mille francs de gages. {Mémoires de Bourgogne, p. 179). Sa signature autographe se trouve au bas d'un acquit de 1411 aux archives générales du royaume.

que, comme ils avoient esté tousjours léaulx serviteurs et bienveullans au père, que ainsi au fils ils voulsissent estre semblables, et procliainement , en un exploit lequel il eiitendoit à faire ])ientost pour le bien du roy et de tout son royaume ; et à ceux des bonnes villes requit aussi que , en tenant tousjours le party de Bourgongne , ils promissent et jurassent de donner infailliblement confort et ayde à cestuy prince, toutes les fois que besoin luy seroit. Laquelle requeste , avec l'autre qui précède , fut isnellement accordée de tous, et promise d'estre léalment entretenue à tousjours.

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