‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 62 sur 141 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Comment le duc Philippe se partit d'Arras pour commencer la ffuerre.

Philippe doncques', le duc bourgongnon, se partit d'Arras tantost après la Chandeleur, laissa la duchesse sa femme audit lieu , et mut en noble et bel arroy de seigneurie et de belles gens d'armes. La nuit prit son premier giste à Bapaumes , et lendemain à Oisy en Cambresis , vers la douagière de Haynaut , sa tante , pour aucuns certains affaires, dont ils prirent ad vis ensemble. De là party, vint à Péronne , puis à Saint-Quentin ' ; et là par aucuns

' Le duc y arriva le 18 février, et y passa trois jours (Comptes de la maison des sotiverains, aux Archives générales du royaume).

jours atteiidoit toute la venue de son armée , car n'estoit encores jointe à luy . Sj vinrent les capitaines presque tous en ladite ville ; et les gens d'armes se logèrent aux cliamps tout à l'entour, et attendoient là le plaisir du prince pour tirer ou çà ou là. L'ambassade des Ang'lois , ainsy comme il avoit esté ordonné, vinrent en nombre de cinq cens combatans, tous armés, en ladite ville de Saint-Quentin, devers luy, pour aller en sa compagnye devers le roy; et là l'attendoient tout à son aise et au plaisir de sa disposition. Les chefs desdits Anglois furent les comtes de Warewyc et de Quint, le seigneur de Ros, marescbal d'Angleterre, et messire Loys de Robersart, liaynuier, auxquels ledit duc fit et fit faire honneur et bonne chière, et là et sur tout le chemin. Ceux de Laon toutes- voies , traveillés de ceux de Crespy, doutans que le duc de Bourgongne ne presist autre chemin que par ledit Crespy, ne s'oublièrent pas aussi à venir devers luy en ceste mesme ville, mais joints avec les citoyens et habitans de Saint-Quentin vinrent prier que , pour délivrance de tant de maux que longuement avoient souffert de ladite place, il la voulsist assiéger et la prendre vers luy par puissance, car tout leur pays et grand part d'autres en estoient gastés et déserts , et mis en toute destresse de povreté. Sy fut la requeste bien recueillie et amiablement accordée en faveur de eux vers luy par puissance.

Page 1