‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 63 sur 141 · CHAPITRE XXXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXn

Comment le siège fut mis par le duc à Crespy.

Forte place avoit à Crespy et bonne ville de guerre bien réparée et fortifiée dedans et dehors; et s'estoient retraits

108 CHRONIOUE

léaus les ennemis des Bourgongnons, forts et puissans jusques au nombre de cinq cens vaillans liommes , doutans ce qui leur advint; c'estoit que le duc bourgonguon, passant son pays pour aler à Troyes, leur pourroit bien donner aucun traveil; et se tenoient sur leur garde et n'attendoient que le coup. Potton, un vaillant escuier, et La Hire, hardy aventurier, quérans la frontière, plus profitable pour eux et plus dommageuse pour leurs ennemis, s'estoient boutés dedans , maistres et chefs de la compagnie. Et ne fait à douter qu'ils ne portassent du soin beaucoup et de sollicitude en tout ce qui leur faisoit mestier en défense, et souverainement en manières de couragier leurs gens contre un tel prince nouvellement armé et enfelly aigrement en son injure reçue, dont ils attendoient les cruelles menasses et envenimeuses , mal contrestables à eux à la longue. Toutes-voies, en eux acquittant vers leurs gens, les reconfortoient par plusieurs paroles et leur donnoient espoir assez de trouver au plus fort du péril honorable appointement. Le duc bourgongnon ayant jà envoyé devant, atout son avantgarde, le comte de Ligny, luy-mesmes, atout son ost qui estoit plein de haute et vaillante seignorie, vint audit lieu de Crespy et mit son siège au plus près de son honneur et du dommage de ses ennemis. Sy faut croire que si les uns monstroient chière hardye en l'approche, que les autres aussi monstroient le courage aigre pour les rebouter, tant pour faire saillies en leurs barrières , à cheval fièrement et à pied comme par espovantables défenses dessus leurs murs, dont ils envoy oient traits mortels sans nombre, avec haux cris et estonnemens que faisoient l'une partie et l'autre.

Moult estoit sage escuier et vaillant ledit Potton, et sa compagnie en beaucoup de hautes valeurs bien esprnu-

vée. Par quoy si la hautaine vaillance des assiégeans estoit dure à attendre, sy estoit à redoubter aussi la congnuc vertu des assiégés. Et certes n'y ot , ny l'une partie , ny l'autre qui ne se monstrast fîère et animeuse , chacune cuidant parvenir à la victoire , combien que l'une partie trop estoit plus apparant que l'autre. Tous les jours se faisoient escarmouches et petites saillies , puis d'un, puis d'autre. Et y avoit plusieurs semonces de rompre lances pour l'amour des dames , les aucuns pour occoison des querelles, enquoy les Bourgondois reprochoient les enclos. N'y eut toutes-voies nulles telles armes faites par celuy temps, dont plus estoit cause hauteur du nom et cremeur, souverainement es Gascons qui sont gens bien à cheval et assez duits du mestier. Le temps couroit tousjours avant. Et pour le voyage que ce jeusne duc avoit empris devers le roy, lui commença à annuyer que ceste ville se contenoit si roide et si longuement à l'encontre son fier et grand ost , remembrant aussi de la fresche et très-amère playe qu'il avoit reçue et lui cuisoit jusques à mort. Le quinzième jour ou environ submit à la disposition de fortune de livrer final assaut à ses ennemis, combien que par plusieurs fois leur avoit fait offrir vuidance et convenable traité.

Sy se mirent en tout aigre appareil Bourgongnons, Picars et Flamengs auprès leur prince , et vinrent en fier contenement atout leurs eschelles, manteaux, pavais et fagots, jusques à leurs murs qui jà estoient tous garnis et préparés, comme il appartenoit, de toutes manières de défenses. Sy n'y avoit celuy dedans qui ne se montrast bien embesongnié et qui pour vray dire ne se trouvast assez de couverte peur sous un orguelleux semblant de défendre. Ne véoient secours à nul lez, sentoient leurs vivres faillir.

no CHRONIQUE

leur fort non longuement tenable et la puissance devant eux mortellement dure , et que estre joris par effort , encores en si piteuse et amère querelle à un tel prince, il n'y reste attente que honteuse mort. Sagement conclurent les capitaines, Potton et les autres, de demander cesse; et levant la main tout en haut, demanda iceluy Potton congié et sûreté de parlement. Lequel, après que rapport en estoit fait au duc , luy fut gréé sous condition qu'il le fist brief , car la chose estoit jusques à là venue que il falloit prendre ou rendre. Et combien toutes-voies que le rendre estoit plus sur pour les enclos , sy estoit-il peut-estre un retardement de mort h autres beaucoup de vaillans hommes des assaillans qui se fussent exposés au péril.

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