‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 72 sur 141 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Comment après un dur assaut les liomraes d'Alibaudières. se rendirent, leur vie sauve tant seulement.

Geste adventure advenue ainsy, le comte de Ligny, pour estre mieux pansé à son appartenir', fut ramené à Troyes. Et demeura son frère le comte de Conversan et de Brienne, conduiseur de l'ost avec toute la noble chevalerie qui y estoit venue, avec son fils blessé. Sy se logea tout l'ost entièrement autour de ceste place ; et y mirent siège ferme, et pour faire œuvre de brief exploit, affustèrent tout autour du cbasteau toutes manières d'engins et de bombardes pour le battre et mortellement traveiller ; car beaucoup en y avoit à qui durement cuisoit la perte de ceux qui estoient demeurés. Sy contendoit chacun à s'en venger ou en ce lieu mesmes recevoir mort. Parquoy, comme il est tout cler que courroux est matière d'aigreur et de felleté, certes ledit comte de Conversan, par re venge de son frère, fît continuellement battre la muraille tout alentour, et ne leur donna respit d'une heure de jour pour reprendre à peine leur alarme; et tellement les mit à l'extresme paour, par traveil et par estre tout au descouvert en leur fort , qu'en la nécessité du péril non eschappable, ils demandèrent parlement ; lequel par opinion de principaux leur fut accordé, mais non encores pour celle première fois rendant profit. Dont, quant les assiégeans virent la chose tourner à néant, et que les parlementeurs

' On l'avait d'abord porté en litière à Arcy-sur-Aube, où il fut pansé. [Chronique manuscrite de La Haye, 936.)

jà estoient rentrés en leur fort sans rien faire, soudainement et sans ordonnance de leur clief, tout enfellis, partirent atout esclielles, passèrent les fossés aux murs et aux tours descliirées, et montèrent dedans chascun en son lieu, nonobstant toutes possibles résistances et plus que possibles des autres. Et de fait, en une des tours montèrent bien jusques au nombre de soixante hommes d'armes, cuidans y avoir fait grand acquest, mais non firent; l'avant passer leur estoit presque impossible , tant y avoient mis fortification à rencontre ; et aussi se défendirent si vaillamment ceux de dedans et y mirent si aigres résistances corporelles par armes que force y estoit d'en vyder. Sy dura cet assaut dur et terrible par l'espace de huit heures, au coût de maints hommes de haut pris qui y moururent à deux lez ; et cessa pour celui jour à tant d'exploit. Dont le lendemain les assiégés doutoient arrière estre rassaillis, comme de fait ils eussent esté , car ne tendoient les Bourgongnons que à les prendre outre , et pendre après ou tuer. Certes demandèrent traité et offrirent de rendre la place, sur condition seulement d'avoir leur vie sauve et de vuidier à pied un baston en leur main. La quelle chose à dur toutesvoies leur fut accordée finablement, et en ce point vuidèrent la place' et s'en allèrent à Meuniers \ Et furent leurs biens dissipés et pillés par les entrans ' , la place toute arse et démolye; et puis après se retrahy chacun et prit son retour vers Troyes oi^i il s'alla loger et à l'environ.

' Les Armagnacs estoient au nombre de xxxvi hommes sans leurs pages qui tous s'en allèrent ù pied en leurs pourpoins, fors le capitaine qui avoit vestu sa cotte d'acier, et sy estoit à cheval. [Chronique manuscrite de La Haye.)

- Moyniers, selon Monstrelet.

* La Chroniqv.e manuscrite de La Hai/p cite parmi ceux-ci Hector de Saveuse.

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