‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 73 sur 141 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

l'oninient les Bourgongnons furent contraints de se retirer avec perte de devant Coussy.

En assez briefs jours après, aucuns des capitaines principaux de cet ost, comme le vidame d'Amiens, le Borgne do Fosseux, chevalier, le seigneur de Stenhuyse, Hector de Saveuse, et autres en nombre de trois mil combatans, du gré toutes-voies et consentement de leur seigneur, prirent congé de luy et, après bonne et longue saison persévérée, se mirent en cliemin pour eux retourner en Picardie et es marches de leur manoir. Et en furent advertis, disoit-l'on, les dauphinois, qui eu bonne et convenable puissance les aguettoient en aucuns passages , cuidans les devoir repasser par là ; mais sagement conduits et instruits de leur entreprise, prirent leur retour par ailleurs en lieu sauf, sans nul empeschement, ny encombre jusques leur pais ; et le ■ remanant des capitaines demorés comme le seigneur de Lisle-Adam, les seigneurs de Croy et de Longueval, Mauroy de Saint-Légier, Bande de Noyelles', Robert de Saveuse, Robert de Brimeu et plusieurs jusques au nombre de six cents combatans, le duc bourgongnon les tramit en Auxerrois pour subjuguer aucunes places contraires. Dont, après la prise de plusieurs, devant une ville nommée Couss}' réparée maintes fois par le seigneur de la Trymouylle et fort envenymée au party des Bourgongnons, à point de

' Monseigneur de Croj^ et Butor son frère bastard. [Chronique manuscrite de La Haye, 93G.)

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jour, avant soleil levant, aprestés de tous habillemens nécessaires pour faire exploit, vinrent jusques au plus près dudit lieu ranger et ordonner notablement et en manière de gens de bien; et là, sur délibération prise entre eux, firent de nouveaux chevaliers bonne quantité, et de grands seigneurs comme le seigneur de Croj, Luther son fils , depuis un très-espreuvé chevalier de grand fait, Baude de Noyelle ' et Lyonnet de Bournon ville ' et autres , par la main du seigneur de Lisle-Adam , mareschal de France. Et cela fait, tous d'un courage assuré tirèrent jusques aux murs et passèrent les fossés. Les aucuns autres estoient encores au mylieu atout leurs eschelles prests à dreschier, et firent semblant de vouloir aigrement assaillir ladite place. Et de fait y estoient jà montés les aucuns jusques en haut des murs, quand ceux de dedans bien esbahys par aucune espace les perçurent. Après courage repris, aig-rement se mirent en défences manuelles; et tant s'acquitèrent que les reboutèrent en arrière d'eux, et les chassèrent très-asprement hors de leurs fossés, pour cause du trait qui y voloit mortel autour d'eux ; mais les entreprenans non esbahys pourtant à celle première faillie, espérant de recouvrer la seconde envahye, se logèrent tout à l'entour dudit lieu de Coussy ; et là firent grand nombre d'escheiles, avec plusieurs autres habillemens nécessaires pour assauts. Le troisième jour ensuyvant recommencèrent l'assaut arrière ; et en manière qui est assez sçue comment

' Baude de Noyelle, fils du blanc chevalier. [Chronique mamiscrite de La Hai/e. 936.) Cette chronique nomme aussi, parmi les nouveaux chevaliers, Charles de Moyoncourt.

^ Auquel monseigneur de Lille donna illec devant tous (pour ce qu'il avoit espousée sa sœur) la terre de le Bretesquo qui valoit cent francs de rente, laquelle il avoit conquise en armes et fut appelé en recevant lacolée seigneur do le Bretesque. [Chronique manuscrite de La Haye.)

l-iS CIIROMQIE

on y va, se exposèrent tous ardamment an péril, et, en quérant le danger d'antruy, es ruyne d'eux-mesmes se boutoient. Beaucoup en y avoit en gros meschief; car aigres estoient durement, et fels les enclos; et par l'outrageuse vaillance des assaillans nécessairement constrains mesmes h estre mortels. Sy le monstrèrent assez celuy jour, car beaucoup en tuèrent, et mirent en mauvais point plusieurs; entre les autres un nommé Oger de Saint-Wandrille, gentilhomme d'armes, et un autre nommé Tabary, capitaine des brigans susnommé'. Quand doncques le dommage de tant de gens morts, avec la difficulté d'avoir la place par nul assaut, estoit bien considérée entre les entrepreneurs , qui arrière se retrouvoient Tellement déboutés comme devant , la tierce fois ne leur sembloit pas bien conseillable, sinon à trop grand perte et autre trop grant meschief, et encores non estre certain de victoire. Mais survint soudainement nouvelle en l'ost que les ennemis leur venoient au dos les combattre, et les atrapoient entre la place et eux en leur logis. Parquoy le mareschal de Lisle-Adam et tous les autres désirans à prendre l'honneur devers eux, et mesmes aler au devant de leurs ennemis les quérir en barbe ", montèrent à cheval et chevauchèrent toute nuyt pour les trouver. Dont au matin bien tempre, eux advertis qu'ils s'estoient retraits en une forte église à deux lieues près d'Auxerre, tirèrent celle part; et de fait eux venus là, les assiégèrent bien estroit ; et par leurs engins mandés et empruntés en Auxerre, avec noblesse et vivres % leur firent de l'annuy beaucoup et do

' Tabary le Boiteux. ( Voijez la note 2 à la page 104.) - En barbe, en face.

^ Le duc avait réclamé h la fois h Auxerre le secours des nobles et un envoi de vivres.

grant grief, car secours n'avoient de nul lez, n}- de vivres, ny d'autres choses; dont il fallut que en dix-sept jours après, eux qui mesmes estoient meuasseurs se rendirent vaincus à demeurer prisonniers pour rançon, seulement leurs biens sauves. Et fut la fortification de l'église toute démolie par les vaincueurs, qui joyeusement assez s'en retournèrent vers leur seig'neur arrivé à Troyes'.

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