CHAPITRE XLII
De l'arrivée du roy anglois à Troyes auprès du roy de France, et de la compagnie que lui fit le duc de Bourgongne.
Le roy Charles continuoit tousjours sa résidence à Troyes sur l'attente du jour de la convention du roy anglois et de luy présent^ qui encores n'estoit venu, mais fort
' La Chronique manuscrite de La Haye, 936, donne de nombreux détails sur ce fait d'armes , qui se passa aux Champs Saint-Germain. Les Armagnacs avaient fortifié l'église et le village : ils étaient au nombre de trois cents hommes d'armes. Le sire de Longueval les attaqua à pied avec ses Picards. Cependant, la résistance dura dixsept jours, et il fallut que le bâtard de Thyan amenùt de Troyes « le « canon Passevolant, et le fist atfûter contre la tour de l'église et tel- « lement jetter, qu'il y avoit doubte que ladite tour ne chust sur ceux « du dedans. » Les assiégés se rendirent à discrétion. Le capitaine et quatre autres nobles hommes furent mis à finance. Les autres furent remis aux bourgeois d'Auxerre qui s'étaient chargés à cette condition de payer les dépenses d'approvisionnement de l'armée bourguignonne : « Les compagnons de guerre moult gaillars furent tous pendus au « gibet d'Aussoire, et aux vilains brigands de la ville qui les avoient « recueillis , ne fit-on point tant d'honneur, car on les bouta en sacs « tous vestus, et les jetta-on en la rivière d'Yonne qui passe par la o ville d'Aussoire. »
- Le 1" avril 1419 (v. st. ), le duc fit hommage au roi du comté de Flandre. Le 9 mai, le roi lui fit don du produit de toutes les confiscations qui seraient prononcées contre le dauphin et ses partisans. Quelques jours avant, le duc s'était rendu à Montbar. Il y vit sa mère et fit ré-
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api*ochoit. Sy en conv,ient faire narration telle que le cas le requiert, et parler de la venue du roy anglois vers le roy Charles, qui plus y vint par orgueil que par amour, et plus à la confusion de la majesté franooise que à son bien, sinon en tant qu'il touchoit seulement à son profit. Et combien certes que le duc bourg-ongnon fust beaucoup cause d'avancement en ceste matière, comme il quéroit bien et vouloit que l'on le sçust, toutes-voies, ne fust esté pour venir à la vengeance de douloureuse injure reçue, pour l'or du monde avoir eu entièrement , sy ne s'y fust trouvé, ny accordé, car n'avoit cause de bien vouloir aux Anglois, ny nature ne s'y pouvoit traire, sinon par fiction constrainte , procédant de courage enfelly de yre et replet de sang vindicatif, comme depuis il a montré par fait et par effet évidemment assez, là où sa vertu s'est résolue en sa nature telle qu'elle devoit estre. Le roy anglois doncques, accompagné de ses deux frères, les ducs de Clarence et de Glocestre, et des comtes de Huntindon et de Quint avec plusieurs autres grands seigneurs, partit de Rouen, environ à seize cents combattans, la plus part archiers. Sy vint à Pontoise, passa par Saint-Denys et emprès au port de Cbarenton, auquel lieu il laissa de ses gens aucun nombre pour garderie passage. De là s'en vint à Provins, et y coucba celle nuyt ; et le lendemain prit son chemin vers Troyes en fier et orgueilleux contenement sur les champs, le plus que l'on pourroit dire, combien que la terre sur quoy il marchoit ne luy estoit pas amye ; et sy falloit-il toutesfois que elle luy souffrist le passage sans sauf-conduit, dont force, non équité fut cause de la violation. Le duc de Bourgongne, sentant sa venue assez de
diger par Nicolas Rolin une requôto contre les auteurs de l'attentat de Montereau. Elle contenait soixante-dix-sept fcnillots.
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près, se mit es cliainps uoblement accompagné, et là, pour l'honneur de royauté, et de l'alliance aussi qui devoit estre entre eux des deux sœurs, s'en alla au devant de luy assez avant. Et venu près dudit roy Henry, lui fit compétent honneur et le salua à cheval assez révéremment, ny trop, ny peu, et le roy anglois arrière luy, par semblable cérimonye qui y apartenoit à faire, chascun soy contenant en ses termes joyeusement de sa hautesse, et s'entrefîrent grand chière. Aussi firent les seigneurs tous les uns aux autres; et vinrent tousjours devisant ensemble, par espécial le roy et le jeune duc jusques au descendre au logis là où le duc bourgougnon le convoj^a ; mais descendu, n'arresta gaires qu'il ne s'en alla, à toute sa grand seigneurie amenée, devers le roy, où le duc bourgongnon jà estoit rallé luy signifier sa venue, et pour soy donner parement et compagnye à son seigneur chef, et splendeur de sa maison là où il devoit foy et honneur ' .