‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 79 sur 141 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Comment la ville de Sens résista pendant douze jours au roy françois, puis lui ouvrit ses portes.

En approchant la cité de Sens, le roy envoya aucuns héraux semondre de par luy ceux de dedans ladite cité que eux se soumissent en due obéissance comme vers leur souverain et naturel seigneur, et luy voulsissent faire ouverture et Inj mettre en main sa cité ; et en cas que ne le feroient, il les puniroit comme rebelles et blesseurs de la royale majesté, par manière appartenant. De quoy, quand ceux de dedans oyrent la semonce, n'y eust celuy qui ne cognust bien le roy pour son souverain seigneur et qui n'entendist bien à luy estre due toute obéissance. Toutesvoies, pour le discord jà régnant entre son fils déshérité et luy, et que ils véoient clèrement le roy anglois avoir en ongle tout le royaume d'un lez, et estre mesmes devant eux avec le roy', et de l'autre costé véoient le duc de Bourgongne avoir la seconde main emprès luy, qui, en aigreur de sa querelle, ne'contendoit que à destruire leur

' Henri V avait quitté Troyes le 4 juin, et le 5, il mit le siège devant Sens. On remarquait à ce siège deux rois, deux reines et quatre ducs, sans compter le duc de Bedford, qui était attendu peu de jours après. Il y avait de plus beaucoup de dames françaises et anglaises : ce qui fait dire à un témoin oculaire que bien que la plupart eussent depuis longtemps commencé leurs faits d'armes, on les voyait toutefois pour la première fois à un siège : « Of tlie whicli many begortne « the faicts of armes long time ago, but of lying at sièges now tlicy « beginne fîrst. » Zetfre de Jean Ofort (6 Juin 1420.)

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jeune seigneur le dauphin, tous ensemble conclurent de non rendre la cité, h toutes aventures et périls, jusques à ce que nécessité apparant les contraindroit et excuseroit de la non pouvoir tenir mais. Et leur sembloit bien encoresque, au pis venir, nature ne pourroit jamais tant mentir à luy que au destroit il ne les prist plus tost à mercy de leur vie que h dure exécution de justice par sang resj)andu. Mais si la question tournoit au contraire au père, sy redondoit-elle en salut à celuy qui ne pouvoit estre autre que fils, quelque couroux qu'il y eust. Et en ceste conclusion, fermes, tinrent la ville et la refusèrent au roy, leur souverain seigneur , et à ses aydans , le roy anglois et le duc bourgongnon. Par quo}^ le siège y fut mis et bien ordonné tout à l'entour ; et y furent faites toutes les diligences pour les grever c|ui se pouvoient faire, engins dressés et canons, et toute manière d'artillerie et d'affustemens mis et employés en temps et lieu convenable, mines assaiées et parfondées en terre, murailles battues, eschelles apprestées pour assaillir les créneaux, guerroies mortellement de traits par dehors, et les hommes tant travaillés par dedans qu'ils ne savoient à quel lez entendre, ou à reconforter les citoyens enclos et perplex, ou résister à l'envahye qui leur tou choit à la mort. En cest estât demeurèrent vaillamment toutes-voies , douze jours, durant lequel espace, considérans de nul lez apparence de secours, ny possibilité nulle, sur assurance d'avoir leur corps et biens sauves, h.orsmis qui seroient trouvés coupables de la mort du duc Jehan , s'aucuns en y avoient , rendirent la ville en l'obéissance du roy et non à autre ' ; et tous les habitans d'icelle firent serment au roy et luy jurèrent foy et

' Sens capitula le 11 juin,

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preud'liommie envers tous et contre tous, par leurs âmes, combien que en la compaig'n3^e de la g-arnison en y avoit aucuns qui, pour estre faintement bien de cour, prirent la croix roug-e et la portèrent par une espace. Mais quand ils virent leur bon pour eux se séparer d'avec eux, ils retournèrent à leur maistre le dauphin par inclination de nature.

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