‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 81 sur 141 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Comment le fort de Montereau refusa de se rendre au roy auglois sur la demande des prisonniers.

Pendant ce temps le roy Charles, qui encores n'avoit nulle part envoyé la déclaration de la paix, la transmit tout au long quoy et comment, en sa cité de Paris et en tous autres lieux de son royaume, prévostés et baillages de son obéissance , èsquelles la fit j)ublier et manifester à haute voix, à telle heure que, si grand part en y avoit qui ledit traité tinssent à bien besongnié, sy y en avoit-il aucuns qui beaucoup murmuroient à l'encontre, et non pour nulle cause, fors que pour le roy anglois qui trop avoit d'attente et d'autorité en ce royaume contre droiture, ce leur sembloit. Car, quelque division que courust entre les princes, faveur toutes-voies du pays où on est né et nature ne peuvent mentir.

Or estoit la ville de Montereau prise et délivrée par ses ennemis ; et ne restoit mais que le chasteau qui estoit fort et de grand défense. Pourquoy le roy Henry, ensemble le

des restes de Jean-sans-Peur, et qui avait conservé le bréviaire qu'il avait avec lui le jour de sa mort : ce bréviaire fut alors restitué au duc Philippe. (17 juin 1420.)

* Ceci eut lieu le 12 j'Jillet 1420. On peut consulter, sur cette cérémonie, les Mémoires 2'>oîir servir à Vhistoire de Bourgogne, I, p. 239. — En 1429, le duc de Bedford adressant des lettres de défi à Charles VII, les data du pont de Montereau.

IIU CTIROMOII':

duc de Boiirgong'ne et toute leur compagnie, se deslogèrent de leur lieu ; et pour mettre plus à l'estroit ceux qui estoient retraits , vinrent loger tout à l'entour de ladite place, par devant et par derrière. Et de fait, avoit-on fait un pont sur Seine. Et alèrent loger ces deux princes entre les deux rivières, Yonne et Seine, aigres durement et diligens, et force et multitude d'engins que l'on dressa devant les assiégés, pour leur faire mauvaise compagnie, s'ils pouvoient. Et de fait, la leur firent par mainte dure envahye bien terrible. Dont, pour lesassayerde eux rendre au moins de péril , le ro}^ anglois envoya , mais en bien sûre main, les prisonniers qui pris avoient esté audit Montereau,jusquessurles fossés du chasteau, pour parler à leur capitaine et enliorter tellement que, en sauvant sa vie et la leur, il voulust rendre le cliasteauaux assiégeans. Pourquoy et pour plus le mouvoir à pitié sur leurs povres vies, tous ces nobles hommes prisonniers se mirent à genoux, joignirent les mains plorans, et les aucuns le prièrent que, pour la sainte passion de Jésus-Christ, vray Dieu , ils voulussent rendre ledit chasteau aux roys françois et anglois, ou autrement bien cognoissoient la cruauté du roy d'Angleterre qui tant leur en avoit promis , qu'il leur convenoit mourir et terminer leurs jours piteusement, sans respit de finance, ny*d'autre moyen. Mais leur pryère, certes faite en vain, leur rendit povre fruit, combien que piteuse fust à oyr; et leurrespondit leur capitaine, celuy de Guitry : « Compaignons, es faits de guerre ne gist qu'un « hasart. Qui est pris, il est attaint. Faites du mieux que « vous pouvez en vostre endroit. Ce poise nous de vostre '< malheur, mais au regard de nous, nous tiendrons ceste « place, et en prendrons nostre aventure telle que nous « pourra venir. »

DE CTIASTELL\!N. U7

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