‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 82 sur 141 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Comment, les prisonniers estant pendus, le fort de Montereau se rendit.

Ces povres gentilshommes, quand virent ceste dure response de leur capitaine, bien estoient esbahys, fait à croire; et leur estoit desconfort plus prochain que espérance de salut de leurs vies. Dont, quand ils véoient leur infélicité continuer plus et plus, et que des amours de ce monde ils proposoient briève part et congé pour jamais, ils requirent que au moins on leur souffrist parler à leurs femmes , dont il y en avoit aucunes là dedans, et des enfans aus.si , aucuns aussi à leurs prochains et compagnons, dont ils désiroient à prendre congé, sur l'espoir, par aventure, que leur capitaine à leur instance et pryère sehumilieroit vers eux. Sy furent fait venir avant femmes, enfans, parens et amis sur les murs, sans que l'on fîst guerre, ny dehors, ny dedans, jusques au ce.sser du parlement ; et là en pleurs et en larmes, après maintes requestes faites piteusement audit capitaine et refusées, prirent congé de tous, et, en recommandant leurs âmes à Dieu et à leurs pryères , retournèrent le plus reconfortés qu'ils purent; et furent ramenés en l'ost à povre exploit pour eux, car incontinent le roy anglois fît dresser en lieu assez haut un gibet; et là visiblement où ceux du chasteau pouvoient apercevoir de bien près , furent tous pendus et estranglés en belle et avisée fin ; et d'encoste eux un sien varlet de pied, que ledit roy fit pendre aussi, pour cause d'un chevalier d'Angleterre que ledit varlet avoit tué ; sy en fit telle exécution de justice, non obstant que pour un tel homme l'aimoit assez.

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Lesdaupliiiiois, toutes-voies, non mus par semblant pour telle rigoureuse et mortelle cruauté que avoient vue devant leurs yeux, se continuèrent en leur orgueil par aucuns jours et se défendirent vaillamment certes du nombre qu'ils estoient. Mais, quand voudroit le long compte, vaillance n'y pouvoit servir, ny orgueil ne put sauver. Bon avis certes et sens leur estoient plus nécessaires. En fin de huit jours, après qu'ils avoient souffert, pendre leurs compagnons , pour peur et espargne de leurs vies , qui d'autrui n'avoient eu pitié, traitèrent avec le roy anglois de luy rendre le chasteau, sous condition d'avoir leurs corps et leurs biens saulves, et de eux retraire autre part à leur plaisir, excepté s'il y avoit nul qui pust estre trouvé coupable de la mort de monseigneur le duc Jehan, cestuy là et tous ceux qui en seroient, demourroient à la volonté du ro}'' anglois et du duc bourguignon. Sy leur fut accordé cestuy traité, et donné bon et sûr sauf-conduit pour passer paya ; et s'en allèrent où bon leur sembloit, à ce qu'ils avoient de biens , et descombrèrent la ville et le chasteau que longuement avoient tenu en leurs mains'. Le seigneur de Guitry ^ leur capitaine y acquit toutes-voies povre los, en ce qu'il avoit laissé mourir tant de g'entilshommes pour si peu le tenir après leur mort ; et sembloit à beaucoup de gens dure conscience en un endroit, et en l'autre petite vaillance et povre discrétion, quand ne congnoissoit son cas si bien devant leur mort que après. Sy advint que un gentilhomme bourgongnon, nommé Guillaume de Bière, luy vint imputer qu'il avoit esté à la mort du duc Jehan, et sur ceste querelle se offrit de le com-

' Le château de Montereau se rendit le 23 juin. Cf. Monstrelet, (éd. de M. Douët d'Arcq), III, p. 406.

^ Guillaume de Chaumont, seigneur de Guitry.

battre'; mais ledit de Guitry trouva ses excuses, etasprement soi nettoiant du cas, fut déporté en cestuy fait; et sans procéder plus avant en ce débat, la chose fut mise en son cesse; et s'en alla avec ses gens vers son maistre le dauphin.

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