‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 3)Chapitre 97 sur 141 · CHAPITRE LXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVII

Comment lo roy aiiylois et ses gens estant à Paris avec le ro\- de France mcnoient grand beuban en fort orgueil, démonsfrant leur désir acomply.

Or faut cesser un peu du duc bourgongnon, qui, après sa complainte faite, telle que vous avez oy, prit congé des deux roys, et vuidant de Paris, s'en retourna en ses pays de Flandres et d'Artois. Pendant lequel temps qu'il y tint son séjour, besognant tousj ours en sesliauxet grands affaires, je reviendray à parler du roy anglois, demeuré à Paris avec le roy Charles, en grand orgueil et eslèvement de courage, quant il se véoit assis régnant et puissant au noble et haut trosne françois, droit au^nilieu, où oncques nul de ses devanciers ne parvint par nulles aucunes fortunes : c'estoit la cité de Paris , siège ancien de la royale majesté françoise, qui maintenant sembloit estre changée de nom et de situation, parce que cestuy roy et son grant peuple anglois en faisoient un nouveau Londres , tant en langage comme en leur rude et fière manière de conversation et de repaire , icy et là, par toute la ville qui en fut toute occupée et maistriée. Et s'en alloient les testes eslevées en haut, comme un cerf, regardans de costé eux et derrière , et eux glorifians , à l'opprobre et maie aventure des François, dont ils avoient le sang respandu largement à Azincourt et ailleurs, et une grand part de leur héritage fortrait par tyrannie ; ce que Dieu, fait à croire, permit plus pour punir les François, que pour avancement de droit aux victeurs'.

' Le roi d'Angleterre n'avait cess^ de s'occuper de réunir tout ce

Or estoit le temps découru jusques à la feste de Noël, qui est un jour que les roys et haux princes chrestiens tiennent volontiers solemnités de haut et de curieux estât en leur palais, et souverainement les roys francois an-

qu'il avait pu découvrir à Paris d'approvisionnements de guerre. "Voici un nouveau document à ce sujet :

S'ensuivent les besongnes prestes trouvées à Paris es lieux qui ensuivent, c'est assavoir ;

Thommasse, xii"" de trait commun prest, ix fr. le millier.

It. I™ de dondaines prestes, xxx fr.

It. m" fusts de gTosses dondaines xii fr. le millier.

It. i" de fusts de demi-dondaines, vu fr. le millier.

It. II" XII" flescLes, viii s. la xn^.

It. XII ars à main, viii s. parisis la pièce.

It. un arbalestes de bois de Flandres à tilloUe, viii fr. la pièce.

It. L crenequins prests, xx s. parisis la pièce.

It. Entre cy et Pasques l arbalestes de n fr. et xxiiii s. parisis la pièce.

Gilles l'Artilleur, xxv grosses arbalestes de xl sous et xxxvi sous parisis pièce.

It. xxv arbalestes mendres de bois de Flandres, xxxn s. et xxiiii parisis pièce.

It. i™ de dondaines prestes , xx escus.

It. v<= demi-dondaines, vi escus.

It. I™ de trait commun, ix fr.

La vefve feu maistre Pierre le Masnier, vi™ grosses dondaines, xxx fr. le millier.

It. VI™ de demi-dondaines prestes, xviii fr. le millier.

It. VII™ v de trait commun, ix fr le millier.

It. iiii™ fusts de dondaines, vu fr. le millier.

It. viii™ de fasts de trait commun, v fr. le millier.

It. V grosses arbalestes de bois de Flandres, viii fr. la pièce.

It XXVI autres mendres arbalestes à tendre à croq, xxxii s. et xxiiii s. parisis la pièce.

It. VI crenequins de xx s. parisis la pièce.

It. Entre cy et Pasques xxv arbalestes communes de xxxii s. et xxxiiii s.

It. c XII" flesches, de viii s. la xii».

Mahiet l'Artilleur, iiii arbalestes de xxxvi et xl sous parisis la pièce.

It. Grant foison basions qui seront prests en ce karesme.

Guillaume le Lavendier i™ grosses dondaines prestes du pris de xxx fr.

It. Il"" de trait commun du pris de ix fr. le millier.

ciennement , qui ;i tous autres roys clirestiens ont esté patrons d'honneur et de sçavoir; mais maintenant, par divine souffrance, ombroyé un peu cestuy-ci des meubles' de fortune , ce noble roy Cliarles tint sa solemnité en son hostel à Saint-Pol, et laroyne avec luy. Mais n'estoit pas estât tel que autrefois on avoit vu en luy, ny qui suffist à sa hautesse, ains estoit semblant d'une chose desfigurée, qui jadis sembloit avoir esté spécieuse beaucoup et belle,

It. x" fusts de grosses dondaines du pris de xii fr. le millier. It. x™ fusts de demi-dondaines, vu fr. le millier. It. x™ de fusts de trait commun, v fr. le millier. It. c XII" de flesclies, vi sous la xii«. It. I grosse arbaleste de Romenie à double tillolle, xii fr. It. II autres mendres dudit bois à tillolle sangle (?), vi fr. la pièce. It. X autres mendres dudit bois à tendre à croq, m escus la pièce. Guillaume le Maçon xviii ars communs, ^^xxii s. parisis la pièce et xxiiii.

It. iiii™ de trait commun prest, ix fr. le millier.

It. v<= demi-dondaines prestes, ix fr.

La domdine [sic] xxx™ fers communs, v fr. le millier.

It. XII haiches, xsiiii s. parisis la pièce.

Jehan le Sueur, xii baiches, xviii s. parisis la pièce.

Maistre Pierre leMaistiat, vi baiches xviix s. parisis la pièce.

Pierre le Bœuf, xxxvi haiches, xxiiii s. parisis la pièce.

François Pastoureau u™ de salpestre, xvi escus le cent.

Katherine de Beauvais, i™ de pouldre, x escus le cent.

It. 1™ salpestre du pris de xii escus le cent.

It. Grant foison souffre, vi fr. le cent.

Jehan Bequet, viii" de pouldre preste, x escus le cent.

Jehan Maguigault, ii™ de pouldre de canon, x escus le cent.

Jehan Guiet, xv livres de salpestre, xii escus le cent.

Robin Clument, xiiu<= livres salpestre, xx escus le cent.

Janot le Gay, xii'= livres de salpestre, xii escus le cent.

En plusieurs lieux en la ville, ii"» de salpestre, xii escus le cent.

Janot Vivien, xii arbalestes communes, iiii fr. la pièce.

Guillaume Prévosteau, v^ lances prestes, vi s. parisis la pièce.

It. Entre cy et karesme prenant, xv"' lances à ce pris et qui phis largement en vouldra, il en finera. [Bibliothèque impériale de Paris, fonds français, 12'78, f« 62.)

' Meubles, incertitudes, inconstances (du latin : mutalnlis).

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mais maintenant rien. Car là où les princes et liaux membres j^ar avant du royaume souloient servir et faire les cérémonies à la table de leur roy , avec toutes autres richesses qui y resplendissoient , maintenant, c'estoient povres vieux serviteurs deshabitués, peu réputés ydoines, qui se présentoient et avoient l'exercice de haux et royaux officiers, parce que les autres ne s'y monstroient. Vinrent à court aucuns notables citoyens à qui nature trayoit de aller voir et de visiter en un tel jour leur souverain et naturel seigneur, comme autres fois ils avoient fait. Les quels, quand ils aperçurent le roy estre si povrement accompagné, en son estât si parsobre, et de si peu de fait, envers ce que autres fois avoient vu et cong'nu, certes le cœur leur atendrissoit durement , et n'y avoit celuy à qui les larmes 'ne mouillassent les yeux , et qui par pitié et par compassion du cas si amer ne partist et ne vuidast, faisant leurs complaintes et souspiremens l'un à l'autre, par mémoire du temps passé, jadis glorieux et félice' pour eux, à celuy ce lors plein d'opprobre et de confusion pour leurs enfans.

Sy congnoissoient bien et jugeoient les plusieurs, que c'estoit une œuvre qui battoit leur org'ueil, et qui, en multitude de péchés et de séditions dont ilsestoient pleins, leurmettoit au front multitude d'annuy etderesvelement', comme il paru bien celuy jour, quand leur mortel ennemi, dont les pères et devanciers de long temps avoient esté persécuteurs, et lui-mesmes encores, tout frès et nouvel occiseur des Francs , au plus haut du trosne françois, porta sceptre et couronne, là où mesme du roy des Francs séant en son siège et abandonné de ses subjets, il n'est oit

' Felice (du \àim felix), heureux, fortuné.

^ Resvelement ^\gVi\fiQ ici préoccupation fâcheuse, soin, souci.

à peine nouvelle, sinon en petite réputation, là où de leur ennemi , eslev6 en orgueil et assis en prééminence de g-loire, il estoit bruit et famé à tous lez. Mesmes les hauts hommes du royaume y venoient s'esjoyr, et celuy jour de Noël, augmenter la feste qui estoit au chastel du Louvre ; et se traioient les officiers royaux et tous les notables de la ville, les seigneurs du parlement et autres, vers cestuy chastel où le roy ennemi estoit assis , ensemble la royne, en estât royal, couronne sur la teste. Et là vinrent les barons et nobles hommes, comme jadis, en grand nombre, faire les honneurs et révérences , en toute telle humilité comme si dès oncques il leur eust esté naturel prince et seigneur , et comme si la mémoire du noble et glorieux roy des Francs eust esté estainte et avieutie ' en leurs cœurs à tousjours. Sy faisoient-ils chière et honneur et humilité à qui se rioit, en son couvert courage, de leur meschief , et de ce que par sa puissance il les avoit ainsi humiliés et asservis que son nom leur estoit plus à crémeur que de leur propre naturel et souverain seigneur , lequel ils avieutoient et le mettoient à non chaloir. Pour luy et mesmes pour la seigneurie angloise , qui estoit là en pompes et en beubans, le plus qu'il se pouvoit dire, ne tint on(?ques compte aussi peu que rien de la seigneurie franchoise qui s'y présenta; ai ns leur sembloit bien aux princes et aux chevaliers anglois que le héritage des Francs estoit le leur , et que leur gouvernement et domination seroient désormais aboly par le nom des Anglois, bien voulsissent ou non. Aussi temprement leur fut-il monstre, car de celle heure en avant, tout le royaume et les affaires d'icelluy fut gouverné et conduit par la main du roy anglois, et tous

' Avieutie, dédaignée, méprisée.

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les offices et estats chang-iés et mués à la disposition de son plaisir, en démettant mesmes ceux que le roy Charles et les deux ducs hourgongnons père et fils y avoient establis, et y mettant tout partout Anglois et gens de sa nation, estrangers, non propres à la nature du pays. Sy estably le comte de Quint, nommé Offroville, capitaine de Melun; le comte de Hontindon, capitaine du bois de Vincennes, et le comte de Sestre ' , gouverneur et garde du pays, avec cinq cens combattans , hommes d'armes et archiers. Ces changemens d'offices et d'estats fit le roy anglois en son advénement à Paris, comme vous avez oy, dont maints cœurs françois couvertement se trouvèrent attains de douleur, s'ils l'eussent osé montrer ; mais c'estoit bien peu, hélas! au regard de ce qui leur estoit approchant plus cuisant et plus dur en temps après, combien que faisant son entrée en Paris, l'on crioit « Noël ! Noël ! » et se rejoyssoit-on, en l'espérance de paix, mais estoit conjoyssance en son propre malheur et servitude. Et me souvient de celui qui , en Jhérusalem , vint ravir la sainte arche , CLcam fœderis, et violer le temple et les saints lieux dédiés, et le peuple d'iceluy confusément traité et asservy, en réduisant leur gloire et longue félicité à bas et confus opprobre et misère. Ainsy estoit du roy anglois et des François. Toutes-voies, sur qui que tournast la douleur, sur luy s'espannissoit la joie de les avoir mis ainsi. Lequel, à toute sa haute baronnie , ensemble avec toutes les dames de son appartenir, après premier exploit ainsi passé, se party de Paris, et par ses journées s'en alla en sa conquise cité de Eouen, où pareillement il retint autres grans parlemens et assemblées sur le fait et régime du royaume,

' Sestre, Exefer.

20i CimONK)UE

dont il ne se répiitoit rien moins que roy. En telle manière de faire y séjourna aucune convenable espace, laquelle passée, il se disposa à retraire à Calais, et de là faire son retour en Angleterre ; ce qu'il fit de fait, comme vous verrez ci-après.

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