‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 10 sur 50 · POUR PIERRE DE BREZÉ · texte numérisé non relu

POUR PIERRE DE BREZÉ

tons lieux ; je ne voy qui me reliève ou assiste, qui me oingne à son pis , ne soustienne , qui congnoisse ou enquière qui je suis, que je vaille, que je poise et proufite, nes'enraoy doit tourner regard ou recongnoissance. Je suis démolie en ma génération. Je suis fourclose des cœurs des grands hommes, et bannie et déclassée des royaux palais. Quant ma fortune estoit autre, je trouvoye des acueillans ; je veoye et sentoye qui me quéroient par honneur, qui me glorifioient et servoient par révérence. Or est tourné celuy eage. Je ne suis ne vue, ne bien voulue. Je ne suis ne louée, ne complainte; ne d'affection, ne de charité, ne de noblesse n'est usage envers moy. Mais ainsy plaist-il à Dieu ; ainsy plaist-il à fortune hodierne, qui m'a osté tout mon chier , qui m'a privée de mon seul espoir, et de ce certes qui plus vaut que tout ce qu'elle hait. »

Et à tant se leva en pieds ladite dame, ensemble et sa mère Nolïesse humaine, et suscitans lebaceler enversé sur la couche, le prirent et emportèrent, et sy s'esvanouirent de mes yeux, et ne vis plus âme entour moy. Mais oys une voix qui me dit ainsy : « Ce que tu as vu et oy, tu « mettras en registre et le notifieras partout , comme le « cas le requiert. » A quoy faire me suis employé comme tenu estoye et à cause.

Page 1