‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 4)Chapitre 11 sur 50 · IVIESSIRE PIERRE DE BREZÉ · texte numérisé non relu

IVIESSIRE PIERRE DE BREZÉ

Cy sensieult Véjpiiaphe de messire Pierre de Bresé, comte de Maulnrier et grant séneseMl de Normendie, qui Jina ses jours à la journée du Mont-le-Héry , laquelle fu le xvj" jour du mois de juillet mil. iiii". lxy.

Je, mort murtrière, ennemie à nature,

Fin des naissans de tout ventre de mère,

Par le regard que j'ay à l'aventure

Et dont sur moy contourne grant murmure.

Clameur cruelle et pleurison amère.

Pour commuer ce doUereux mistère

En joye à ceux qui deuil y ont pu prendre.

Je prye à tous d'icy vouloir entendre.

J'ay fait un coup des mains, je le confesse, Et au quel n'a nul contrest, ne deffence.

' Publié également d'après le ms. de Florence. Cette pièce n'est pas placée dans l'ordre chronologique, mais je n'ai pas voulu la séparer du traité qui la précède.

68 KPITAPIIE

J'ay esté querre au thrône de hautesse Le droit estor de françoise noblesse Et l'un des chiefs de mondaine excellence. Donc, comme j'ay troublé maint cœur en ce Et provocqué leur sang à mortelle ire, J'en veul tourner le mesfaire en bien dire.

Quant au mesfait, vray est que j'ay destruit Le bras d'honneur et de chevallerie, Mais d'autre lez un grant bien en ensuit ; C'est que par moy son haut los est produit De ce qu'il a valu en pleine vie :

Ne plorez donc, ô la noble maisnie, Ne plorez point sans plus du cas congnoistre, Et dont le cœur cent doubles vous peut croistre.

Donc et aâ3.n qu'à vos pleurs je responde Et que la playe en soit tant mieux parée, J'ay enversé vaincu dessoubs ma fonde L'un des à droit vrays parements du monde , Et dont la terre estoit mieux estorée.

Or, luy portant vie encore honnoréo, N'estoit pourtant ce nom propre à son titre, Quant feu d'envie y pouvoit contretistre.

Aprième vainct la haute maniance

De ses vertus et valeurs corporelles,

Et que mains, bouche et cueur sans demanee ' ,

Par glorieuse et noble ensonniance,

Mettent en cours ses grâces naturelles.

Les cieux l'ont mis au sommet de leurs èles ;

Sy faut droit-là son œil tourner son graffe'.

Qui en veut faire à son droit l'épitaphe.

' Sans demanee, sans mesure.

* GraJ'e, burin. i

DE l'IEIlRE DE BREZE. 09

Cîiappeaux de fleurs et de perles luisans, Houneur commande offrir dessus sa tombe, Et qu'eu souspirs et reg-rets gémissaus Tous uobles cœurs par cy devant passans Luy soient prests, que leur g-euoul s'y combe, Et g^arde bien chascun qu'il ne succombe En délaissant cestuy loable afl'aire ; Car n'est si bon que bien ne le puist faire.

C'est l'un des bons, ce à tous certefie.

Sur qui j'ay pris, jà cent ans a, victoire,

Et dont du coup fière me glorifie.

Quant jii l'ay mis là où il florifie

Tout plein d'honneur et d'immortelle gloire ;

Car luy vivant n'eust osé la mémoire

Des ses haulx faits, ne haulx titres attendre,

Liais maugré luy, tout mort, les fais entendre.

Au roy frauçois et à tout sou royame J'ay procuré inréparable perte.

Mais à son sang et à tout cœur qui l'ame, Icy en ce lieu pourvu de telle famé Que la rondeur du monde en est couverte. Sy doit des siens plus loenge estre offerte A Dieu là sus de son haut riche nom Que l'avoir vif non sceur de ce renom.

Vif, il estoit exemple de bien faire.

Et mort, exemple à tous bous de mérite,

Sy peut-on clair congnoistre à son affaire.

Que de bien vivre haut honneur se peut traire

Et dont il sieut gloire immortelle escripte.

Quant est au thrône où il loge et habite,

C'est un des beaux de tous les chieux des hommes.

Plus clair, plus chier que tout l'or de cent Rommes.

Page 1