EXTRAITS
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1. — Lettres envoyées far maistre Jehan Rohertet, secrétaire de Monseigneur de Bourbon, à Monseigneur de Montf errant, gotiverneur de Monseigneur Jacques de Bourlon, à cause d'une épistre que ledit Rolertet envoyoit audit Montferrant pour présenter audit messire George, orateur de Monseigneur le duc Philippe de Bourgongne.
Dans cette lettre, Jean Robertet rend hommage, non-seulement à la célébrité littéraire de Chastellain, mais aussi à ses hauts faits dont la mémoire s'est effacée. Il s'exprime en ces termes :
« Je me suis enhardy d'escripre à George l'épistre que vous envoyé avecques ces présentes enclose. Ne la prose, ne la rime, ne le françois, ne le latin, ne sont pas pour estre mis devant si cler orateur qu'il est ; mais il fault que je face comme l'ouvrier qui, avec ostil de dur fer, tire le bon et pur or de la parfonde mine. Je présume, si ainsi se peut dire peut-estre trop avant, de provocquier cellui devant qui moy, ne plus parfait d'engin mille fois, en nul endroit ne pourroit demeurer invaincu. Néantmoins, soubs la fiance de son gracieux support et à vostre enhortation, je me suy mis à descouvrir ma témérité et fol
' Publié d'après l'édition de M. Batissier, collationnée sur les mss. de la Bibl. imp. de Paris.
U(j LES DOUZE DAMES
cuider, vous priant que, si l'escript vous semble aucunement mal sonnant, le veuillez taire et soppir, que nul fors vous ne cognoisse ma folli' entreprise. Et si voyez que puisse seulement magnifester mon amour audit George par icellui escript, vous plaise me recommander à lui. Quant à la langue latine, j'escrips tout soubs la bonne correction de George ; car vous savez que longtain suis du lieu où elle ait règne et vigueur, et ne suis pas digne de en ouvrir devant lui ma bouche. Au surplus, Monseigneur de Montferrant, pour ce que vous sçavez que, entre les vivans liommes François, je suis cellui qui, espoir, a plus amé, quéru, prisié et recueilly par deçà les haulx et accomplis faits dudit George, vous prie que, par les premiers venans, vous plaise m'en envoyer aucune chose. »
II. — Lettre de maistre Jehan, Robertet à Monseigneur de la Rière , escuier d'escurie de madame la duchesse de Bourbon.
Robertet dit dans cette lettre :
« J'ay esté en aucun temps en la case nostre en repos, durant une partie de la brumale froidure ; et là, recordaius sum verbi quod mihi dixit monseigneur de Montferrant, vostre ennemi non jnortel : c'est à savoir qu'il se faisoit fort de moy envoyer aucune insigne œuvre du très-copieux cofiFre de George et de son éloquence procédant, dont tant suj^s, comme sçavez, désireusement affamé. Et en milieu de mon oyseuse, pour satisfaire à l'enhortation de mondit seigneur de Montferrant , j'ay fait une petite épistre audit George, de la première empainte de mon povre engin, laquelle envoyé par ce porteur, afin que par vous deux soit vue ; et si digne n'est d'estre baillée, dont fort je doubte, au moins vous congnoistrez que, si j'avois le sens et bien de savoir faire, je ne plainderoye point un peu de paine pour honnourer cellui qui en est digne. »