CHAPITRE XI
Comment le duc se log-ea devant Compiègçe à grant puissance.
Tantost après que le Pont-à-Cboisy avoit esté pris et démoli, le duc incontinent fit deslogier son ost de là où il estoit et le fît rappasser la rivière d'Oyse pour tirer à Compiègne tout droit, car là désiroit à mettre siège. Sy vint luy-mesmes en personne loger à Coudun, à une
* Gabusés, joués, trompés.
2 Le duc se trouvait à Pont-à-Choisy, le 10 mai 1430. [Compte aux- Archives Générales du royaume.) ^ Atticliy, à 4 lieues de Compiègne.
DE CHASTELL.\IN. 39
lieuette près de la ville, que ceux de dedens avoient bien mise à point et bien remparée de gros et puissans boUewers par dehors et d'autres fortifications , comme bien advertis de longtemps que le siège y viendroit, et pour celle cause y estoient venus pour la garder les plus gens de guerre et de plus grans pris qui fussent ou party des Françoys, car la perte d'icelle leur eust tourné moult à dur et à grand meschief en la fin ; sy leur séoit bien de la defFendre songneasement. Or estoit, comme je vous dis , le duc venu loger à Coudun , le conte de Ligny à Claroy, messire Baudo de Noyelle à Margny sur la caucbée, et le seigneur de Montgommery atout ses Angles à Venette, au debout de la prée, là où gens de diverses nations, Bourguignons, Flamengs, Picars, Allemans, Haynuyers se vinrent rendre à ce duc en renforcement de son pouvoir , qui tous y furent reçus et bienviengnés , combien que largement y avoit seigneurie et gens de grant fait, comme le conte de Ligny, le seigneur de Croy, messire Jehan son frère, le seigneur de Créquy, le seigneur de Santés, le seigneur de Commines, le seigneur de Masmines, les trois frères, messire Jacques, messire David et messire Florimond de Brimeu, messire le Bègue de Lannoy, tous chevaliers de l'ordre, sans les autres en grant nombre, dont les noms ne se mettent point et dont il fait bon à penser qu'il en y avoit largesse avecques un tel prince, souverainement en un tel lieu là où il estoit pour monstrer son pouvoir et effort ' ,
• Monstrelet est bien moins complet : il paraît en cet endroit et ailleurs avoir abrégé une relation plus étendue, verbale ou écrite, qui ne peut être que celle de Lefebvre-Saint-Rémy, relation conservée aver tous ses développements dans le texte de Chastellain.