‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 13 sur 86 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Comment le duc Renier d'Anjou, renforçant la querelle des François, mist le siège devant Chappes.

Comme au lez de çà, le duc de Bourgongne, veillant en la ruine de ses ennemis, pareillement les princes françoys, tous de la bende de delà, estudièrent à luy faire desplaisir aussi et à porter grief et dommage à ses adhérans, comme maintenant Renier, duc d'Anjou et de Bar, frère second de la royne de France et duc de Lorraine par mariage, ayant fait son ban par tous ses pays, s'estoit mis sus en intention de renforcer la querelle du roy et de pourchasser le dommage des Bourgongnons, contre l'ordonnance toutesvoies et conseil de son beau-père le duc de Lorraine, qui en son lit de la mort luy requist que jamais, s'il vouloit vivre heureux et puissant, il n'entreprist riens à l'encontre du duc de Bourgongne et de son pays ; car en l'amitié des Bourgongnons, ses voisins, gisoit son salut et son grant bien, et le contraire tout et outre, quant autrement en feroit.

Or y avoit en Champaigne, emprès Troyes, tirant vers Barrois, une place nommée Chappes, qui moult longuement avoit esté anuyeuse au duc barrois', et appartenoit à un noble homme du pays nommé le seigneur d'Aumont, homme de grant et bon hostel. Sy porta ainsy le conseil de cestuy duc, qui emprès luy avoit le vaillant chevalier moult renommé en son temps, Barba-

' Anut/euse, anoyeuse, qui tourmente, qui contrarie.

san, sailly nouvellement assez de la prison desEnglois V, qu'il iroit mettre le siège devant ceste place de Chappes, qui moult avoit fait de maux et de travaux à ses pays. Sy y alla de fait, et accompagnié environ de trois mille combattans, y mist le siège et y fit livrer de durs assauts beaucoup, desquels ceux de dedens estoient assez traveilliés et en très-mauvais party ; parquoy, voyans ladiiElculté de la non pouvoir tenir longuement sans secours, envoyèrent quérir secours en Bourgongne, là où le seigneur du lieu estoit puissant de parenté des plus grans du pays. Sy se disposèrent les Bourgongnons pour j aller en belle compagnie, comme messire Antlioine de Toulongeon, mareschal du pays, le conte de Joigny, messire Anthoine et messire Jeban de Vergy, le seigneur de Jonvelle, le seigneur de Cbastellu, le Veau de Bar et autres grans seigneurs beaucoup, jusques au nombre de quatre mille combattans; lesquels, assamblés soubs la conduite du mareschal de Bourgongne qui est nommé dessus, vinrent jusques auprès du logis du duc barrois, à intention de le combattre.

Or estoit adverty le duc de Bar de la venue des Bourgongnons. Sy se mist en ordonnance tantost bien asseurement, et délibéra de les attendre, car moult estoit vaillant clievalier et de grant cœur, et estoit encore en son grant venir, par quoy tant plus se devoit monstrer fier et courageux. Et les Bourgongnons qui oncques nulle part, par coustume dont mémoire soit faite, n'ont esté trouvé lasches, ne en train de desvoy , maintenant ne sçay de quel malheur contraire de leur condition et nature ancienne,

' Sy y estoit Barbasan, et lui avoit-on fait son procès tellement qu'il s'estoit eschapé et là venu servir aux gaiges dudit roy. [Chron. man. de La Haye.)

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se commencèrent à desvoyer et à eux monstrer abastardis en armes, par quoy le duc de Bar, soy perchevant de ce, féry en la queue de eux et en rua jus quelque soixante, que morts, que pris, sans y faire plus grant exploit; et retournèrent les Bourgongnons en leur pays dont ils estoient près, là où le duc Renier ne les vouloit sievir, car n'estoit pas fort assez pour ce faire. Sy y furent pris aucuns seigneurs et nobles hommes du party des Bourgongnons, comme le seigneur de Plancy, Charles de Rochefort et le seigneur de la place mesmes, son frère, avecques aucuns de ses gens, parce que, quant il avoit vu ses parens et amis estre venus en son secours et pour le délivrer des mains de ses ennemis, cuidant que dussent combattre à bon escient le duc son assiégeur, il party dehors avecques un nombre de gens, à intention de venir férir dedens le troupeau par derrière; par quoy, cuidant retourner à temps pour rentrer, trouva le chemin empeschié et fut pris, dont après fut constraint de rendre et abandonner sa maison à ses ennemis, qui sur pied fut démolie et toute mise à ruine.

La prise de ceste place doncques a esté le premier exploit que le duc de Bar fit oncques sur son cousin le duc de Bourgongne, dont le second cy-après, et ne demourra guères, luy coustera chier; mais m.'en tiendray à tant jusques l'heure y cherra propre, et reviens au logis du duc, principal de nostre matère, là où il estoit, à Coudun, pourgettant tousjours ses approches de plus et de plus près pour mettre son siège clos et arresté comme il appartenoit, lequel y mist sens et entendement tout pour en faire bien et convenablement et le plus à son honneur.

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