‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 19 sur 86 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Comment fortune envojoit au duc diverses contrariétés.

Mais premier que venir à la récitation du cas, quoy, ne comment, il me semble licite un petit de faire cy-endroit une ouverture de langage par lequel, comme la matière se

' Ces documents existent aux archives de Liège.

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présente à estre escrite, on pourra congnoistre les sauvages et diverses bouffées de contrariétés que fortune soudainement tousjours a envoyées à ce prince pour le faire fléchir et ployer dessoubs sa menace, ou pour le faire tant plus glorieux victeur par contrester à tout. Sy faut entendre que oncques puis celuy premier jour qu'il prist à porter armes et à mener guerre constrainte çà et là, en quelconques affaires que trouvé se soit, lorsque ne pensoit que avoir l'œil à un, tousjours luy est survenu affaire pour occuper l'autre, et là où l'un souvent luy estoit dur assez et en pouvoit recevoir foulle, du second et du tiers maintes fois fortune l'en a servi pour luy donner tant plus charge, et avecques un fès pesant que porter luy couvenoit, au moins luy a chargé le dos d'adversités à maint autre invincibles, non pas tout seulement en ses premiers jours de jeunesse, ne en la hautesse de son eage moyen, mais jusques en la termination de sa vie partout et en tout là où congnu l'ay et trouvé tel. Exemple en sa première guerre que avoit encontre les Françoys, dont l'affaire et l'entendre celle part, sans plus, luy devoit peser assez, ne luy survint point l'affaire contre Hollandois et Frisons? Et là où il s'aidoit des Angles encontre ses ennemis Françoys, es marches de l'empire encontre eux s'exposa en bataille, et vaincus en Hollande les chassa vigoureusement hors de Haynaut sans perdre riens de son poindre encore en France, son affaire principal. Et maintenant contondant à conqueste sur ses si fors ennemis et sur la forte ville de Compiègne, luy sont venues défiances des Liégeois dont l'ennemisté seule estoit redoubtable assez à par elle. Sy n'est pas de taire aussi quant il meut guerre aux Englès devant Calais, qui puis luy vinrent brusler son pays en Flandres parfont, comment Bruges rebelle s'essourdoit en

Câ CHRONIQUE

son contraire et luj donna des vexations maintes. Depuis ayant le mortel estrif encontre Gantois, le plus dur qui fût onques, en un mesme temps fut constraint de pourveoir en Lucembourg que Allemans luj fortrayoient par puissance. Et derrainement tirant contre Frisons à Deventer, recheut ignoramment sur ses bras l'héritier de France, monseigneur le Daulpbin, qui oncques si grant fès ne porta, ne si dangereux pour luy, ne dont tant de menaces luy ont esté préparées obliquement. Durant lequel temps non venu encore à conclusion terminée, je suis esté escrivant ce cbappitre'. Sy m'en déporte à tant, et me suffit seulement d'avoir remonstré comment à cestui prince, tousjours avecques charge venant de devant, luy sont venues hurtées terribles de costé, dont ne se donnoit garde, et dessoubs lesquelles en un ou en autre il estoit apparent de non pouvoir, fors à très-grant difficulté, pourvoir à tout sans prendre icy ou là buffe de meschief, dont Dieu toutesvoyes et sa vertu, j'espoire, l'ont préservé , avecques sens et diligence de ses bons serviteurs.

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